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CRITIQUES DE CONCERTS 28 mai 2017

Nouvelles productions du Prisonnier de Dallapiccola et du Château de Barbe-Bleue de Bartók dans une mise en scène d’Aurélien Bory et sous la direction de Tito Ceccherini en ouverture de saison au Théâtre du Capitole, Toulouse.

L’illusion en temps réel
© Patrice Nin

Stimulante ouverture de saison toulousaine avec le diptyque Le Prisonnier-Le Château de Barbe-Bleue où, avant une mise en scène très mince de Bartók, le plasticien Vincent Fortemps dessine en temps réel le décor fantasmagorique de Dallapiccola. Dans les deux cas, un orchestre au cordeau et une excellente distribution raflent la mise.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 02/10/2015
Yannick MILLON
 



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  • Pour sa dernière année à la tête du Théâtre du Capitole, Frédéric Chambert avait imaginé en ouverture de saison un audacieux diptyque avec le Prisonnier de Dallapiccola en première partie du Château de Barbe-Bleue de Bartók, une solution assez rare quoique tentée récemment à Amsterdam.

    Un rapprochement très efficace à l’épreuve de la scène, la thématique de l’enfermement cimentant parfaitement la dramaturgie des deux ouvrages, malgré des musiques ô combien différentes, que le chef Tito Ceccherini cherche à rapprocher autant que faire se peut à travers la pâte sonore, en tirant celle de Bartók vers les angles impitoyables de l’orchestration École de Vienne de Dallapiccola.

    Ainsi, l’Italien offre du Prisonnier une lecture fine, tendue, anguleuse à souhait et hérissée de sonorités de cauchemar, en appuyant là où cela fait mal. Cellules rythmiques carrées et fusantes, climat entre chien et loup, constellé d’atmosphères à faire froid dans le dos, il reprendra les mêmes options dans un Château de Barbe-Bleue objectif et glacial, épuré, souvent chambriste, relativement rapide, sans lame de fond, sans le souffle sous-jacent ou la terrible présence des graves auxquels l’oreille est habituée.

    Par ailleurs, l’équipe vocale convoquée est d’une parfaite cohésion. Tanja Ariane Baumgartner se risque avec succès à chanter la Mère du Prisonnier avant Judith. Avec une émission ni italienne ni magyare, elle délivre dans un rôle comme dans l’autre une prestation très dramatique, d’un engagement jusqu’au-boutiste, avec un matériau toujours aussi à vif, timbre de tragédienne et moyens substantiels, dont un contre-ut éclatant, tenu sans faiblir à l’ouverture de la cinquième porte.

    Face à ce tempérament de feu, Barbe-Bleue prend vie avec une fragilité intéressante du point de vue dramatique sous les traits de Bálint Szabó, voix guère colossale mais format humain et déclamation d’authentique natif, avec un louré (plus qu’un véritable legato) typique de la langue hongroise à l’opéra qu’ignore son épouse. Un couple renouvelant en tout cas l’approche habituelle dominant-dominée.

    Dans le Prisonnier, Gilles Ragon confère au Geôlier toute sa saveur perverse, timbre de caractère doublé d’une projection solide, prenant la mesure de l’épouvantable trahison à venir dans cet opéra de l’espérance bafouée. Enfin, Levent Bakirci chante avec des voyelles souvent avalées mais une belle noirceur de l’émission la douleur d’un rôle-titre éminemment tragique, comme l’est la présence essentielle du chœur en coulisse, d’un impact sonore terrifiant dans ses psalmodies latines.

    Pour mettre en scène les deux ouvrages, le Capitole avait misé sur les débuts à l’opéra du Toulousain Aurélien Bory. Dans le Prisonnier, la scénographie est dessinée en temps réel par le plasticien Vincent Fortemps via la projection vidéo. Un procédé plein d’avenir au vu des possibilités évocatrices, de l’intérêt constamment éveillé chez le spectateur, plongé dans un univers à mi-chemin entre illusion et réalité, dans l’inconscient d’un Prisonnier somnambulique.

    Le Château de Barbe-Bleue reprendra là où Dallapiccola s’était arrêté, devant les cintres descendus au niveau du sol, tels une série d’obstacles à franchir d’où émergera le Barde présentant en langage des signes (relayé par le surtitrage) le prologue de l’opéra, ingénieuse idée permettant de laisser sortir de la fosse les premières tenues des cordes dans le silence, façon « il était une fois ».

    Déjà peu présent en tant que tel dans la première partie, Aurélien Bory ne prend aucun risque pour l’entrée de l’opéra de Bartók au répertoire du Capitole, face-à-face modeste et peu dirigé entre Judith et Barbe-Bleue, plus attentifs à actionner les arches gigogne tenant lieu des sept portes que d’endosser de vrais rôles dramatiques, au milieu d’éclairages colorés et d’une espèce de fond d’écran Windows évoquant le lac de larmes.

    La présence tardive en scène des épouses défuntes n’y changera rien, on a ce soir autant d’yeux pour l’excellent Orchestre du Capitole que pour la scène dans le seul faux pas de cette ouverture de saison.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 02/10/2015
    Yannick MILLON

    Nouvelles productions du Prisonnier de Dallapiccola et du Château de Barbe-Bleue de Bartók dans une mise en scène d’Aurélien Bory et sous la direction de Tito Ceccherini en ouverture de saison au Théâtre du Capitole, Toulouse.
    Luigi Dallapiccola (1904-1975)
    Il Prigioniero, opéra en un acte
    Livret du compositeur d’après la Torture par l’espérance de Villiers de l’Isle-Adam
    Béla Bartók (1881-1945)
    A kékszakállú herceg vára, opéra en un acte et un prologue op. 11
    Livret de Béla Balász

    Chœur du Capitole
    Orchestre national du Capitole
    direction : Tito Ceccherini
    mise en scène : Aurélien Bory
    scénographie : Aurélien Bory & Pierre Desquivre
    costumes : Sylvie Martucci
    éclairages : Arno Veyrat
    artiste plasticien : Vincent Fortemps
    préparation des chœurs : Alfonso Caiani

    Avec :
    Tanja Ariane Baumgartner (la Mère / Judith), Bálint Szabó (Barbe-Bleue), Yaëlle Antoine (le Barde), Levent Bakirci (le Prisonnier), Gilles Ragon (le Geôlier / l’Inquisiteur), Dongiin Ahn, Jean-Luc Antoine (deux Prêtres).

     



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