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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2018

Concert anniversaire de l’orchestre les Dissonances avec la participation du violoniste David Grimal à l’Auditorium de Dijon.

Antidote à la routine
© Benoît Linero

Beau programme et interprétation festive pour célébrer les dix ans de l’orchestre sans chef les Dissonances, qui triomphe tant dans Enesco que Beethoven, et plus encore dans une Mer de Debussy donnant d’un bout à l’autre l’impression d’une totale absence de routine. Une joie de jouer faisant autant plaisir à voir qu’à entendre.
 

Auditorium, Dijon
Le 09/10/2015
Yannick MILLON
 



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  • Avec comme seul précédent durable l’Orpheus Chamber Orchestra, fondé en 1972 pour jouer sans chef un répertoire à effectif limité, l’orchestre les Dissonances, à visée symphonique, contrairement à l’ensemble chambriste américain, placé dès sa formation sous l’égide du violoniste David Grimal, fête sa dixième saison.

    Installation réussie dans le paysage orchestral si l’on en juge par la confiance, l’aisance, l’assise rythmique et le plaisir contagieux des musiciens sur scène, loin des angoisses que génère souvent l’absence d’un sémaphore réglant la circulation pour les instrumentistes.

    Après des débuts dans du répertoire simple au niveau rythmique comme les symphonies de Beethoven, auquel la formation revient pour ce concert anniversaire à Dijon où elle est en résidence, les Dissonances ont tenté le pari un peu fou de se frotter au rubato subtil d’une musique beaucoup plus mouvante comme la Mer de Debussy, véritable gageure en ouverture de programme.

    Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’orchestre avale les difficultés avec une aisance déconcertante, chaque pupitre prenant à tour de rôle la direction, le premier violon simple relais parmi d’autres, les deux chefs d’attaque des violoncelles lui disputant sans cesse, et avec une jubilation non dissimulée, l’habituelle prééminence du Konzertmeister.

    En découle un Debussy aux contours très définis, d’une insolente clarté, donnant à entendre une multitude de détails sans qu’à aucun moment le sentiment de naturel des entrées ne flanche, avec bien au contraire une évidence dans la souplesse assez inouïe dans ces conditions d’exécution.

    Yeux fermés, le seul indice de l’absence d’un chef au pupitre serait une netteté accrue des voix intermédiaires, ciselées avec une attention toute particulière, presque solfégique, dénotant une volonté de faire percevoir la trame rythmique à tout l’orchestre, nécessaire balise en l’absence de chef.

    Ce sentiment d’avoir devant les yeux une immense fresque dont on peut voir chaque détail sans faire la mise au point avec l’œil permet une approche aussi passionnante qu’inédite dans une partition foisonnante, faisant ici la part belle à un pupitre de percussions aux couleurs variées et à l’échelle dynamique élargie, propulsée par un timbalier véritable meneur.

    On ne peut d’ailleurs que donner raison au premier violon d’assurer une page aussi redoutable que Jeux de vagues en donnant pour lancer ses collègues une mesure à trois temps à vide afin de bien caler le tempo, d’assurer la stabilité à ce tableau si souvent tâtonnant et approximatif.

    Des qualités qu’on retrouve dans l’accompagnement du Caprice roumain d’Enesco, véritable concerto pour violon irrigué de rythmes endiablés et atmosphères yiddish hérissées de dissonances (la partie soliste de haute voltige, tenue par un David Grimal exemplaire), suscitant l’intérêt tout du long de cette partition en quatre mouvements. Bonus de choix en outre que le Melodia très ascétique de la Sonate pour violon solo de Bartók proposé en bis.

    Après l’entracte, on se surprendra à trouver l’orchestre plus fébrile dans le mouvement liminaire de la Cinquième Symphonie de Beethoven que dans la Mer, une impression qui ne résistera guère aux coups d’archets tranchants et pieds levés de Grimal, trouvant un partenaire tout aussi engagé dans un timbalier à la parfaite autorité.

    Si le Scherzo, pris à un train d’enfer, reste sans doute trop rapide pour prétendre à une parfaite articulation, l’Andante con moto distille de magnifiques effluves automnaux, tout droit venus du Concerto pour violon programmé en parallèle dans la tournée de l’orchestre, vents en apesanteur, cordes au vibrato minimal, lyrisme contrôlé, perfection de la forme et d’un climat constamment ad hoc.

    Il n’est plus qu’au Finale, mené avec une énergie roborative par une formation à la moyenne d’âge étonnamment basse, d’achever de nous convaincre que le sans chef a décidément bien des vertus, notamment un investissement personnel perceptible chez chaque instrumentiste, jusque dans les derniers rangs des cordes, parfait antidote à la routine qui asphyxie tant de nos orchestres institutionnalisés.




    Auditorium, Dijon
    Le 09/10/2015
    Yannick MILLON

    Concert anniversaire de l’orchestre les Dissonances avec la participation du violoniste David Grimal à l’Auditorium de Dijon.
    Claude Debussy (1862-1918)
    La Mer, esquisses symphoniques en trois parties
    Georges Enesco (1881-1955)
    Caprice roumain pour violon et orchestre
    David Grimal, violon
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonie n° 5 en ut mineur op. 67
    Les Dissonances

     


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