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CRITIQUES DE CONCERTS 21 mai 2018

Deuxième et troisième concerts du Gewandhausorchester Leipzig sous la direction de Riccardo Chailly, avec la participation du violoniste Christian Tetzlaff et du clarinettiste Martin Fröst à la Philharmonie de Paris.

Un goût d’absolu
© Mat Hennek

Après une journée d’interruption pour se remettre de l’orgie sonore évoquée par Claude Helleu, l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig et Riccardo Chailly offrent deux nouvelles soirées consacrées à Mozart et Richard Strauss, où le maestro milanais fait preuve d’une maîtrise absolue d’une tradition symphonique dont la phalange saxonne porte haut les couleurs.
 

Philharmonie, Paris
Le 13/10/2015
Yannick MILLON
 



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  • L’idée de rapprocher Mozart et Richard Strauss ne date pas d’hier. Elle est même en partie à l’origine de la fondation du festival de Salzbourg, qui honore ces deux maîtres depuis bientôt un siècle. Tentante et souvent justifiée si l’on considère le revirement esthétique de Strauss vers une forme de néoclassicisme, elle peut cependant se faire aux dépens de ce dernier, dont l’inclination à l’emphase paraît souvent accentuée par le voisinage mozartien.

    Or, pour défendre un Strauss gorgé de sonorités pleines, Riccardo Chailly ne joue pas la carte du rapprochement avec ses Mozart lorgnant vers les baroqueux. Avec des bonheurs divers tenant du grand-écart entre l’exécution crispée, trop hâtive, sans vraie respiration, du Concerto pour violon n° 3 où Christian Tetzlaff accélère à chaque phrase, et un Concerto pour clarinette miraculeux le lendemain, tempi jamais bousculés, équilibre absolu des pupitres et cordes sveltes, face à l’incroyable camaïeu de sonorités et de dynamiques de la clarinette de Martin Fröst.

    Grave sonore et naturel, respiration continue dans les cadences, attaques impalpables laissant suspendu aux états d’âme mozartiens (l’ultime reprise de l’Adagio), digitalité évitant de faire cliqueter par trop le clétage de l’instrument, sens des proportions idéal, on se laisse porter par l’évidence de cette exécution où seule peut interférer la posture du clarinettiste, passant son temps à glisser d’un pied sur l’autre entre le chef et le premier violon.

    Tissant un lien des plus intelligents avec le reste du programme, le Suédois propose en bis une très courte improvisation sur le bref motif aigu et heurté dévolu à la petite clarinette dans Till l’espiègle. Transition parfaite vers des Strauss modèles de fermeté, de grandeur, de plénitude, sous la baguette toujours vive et en mouvement d’un Riccardo Chailly à son meilleur.

    On ne sait que louer le plus, d’un Mort et transfiguration soigné de transitions, en soubresauts éclatants des cuivres et de la percussion, au legato de cordes à se damner dans la conclusion mais aux coupes franches maintenant l’intérêt jusqu’à l’ultime accord, d’un Macbeth à la tension continue, à la houle orchestrale impressionnante malgré les longueurs de la partition.

    Ou encore d’un Zarathoustra qui fait vite oublier un méchant pain des trompettes pour triompher d’une Introduction aux timbales implacables, au climax à secouer les murs de la Philharmonie, attaqué après un minuscule silence, mais aussi une souplesse toute viennoise dans le Chant de la danse, où le violon solo de Frank-Michael Erben se couvre de gloire, et où Chailly extrait de l’intérieur de la polyphonie des motifs inouïs éclairés du timbre ferraillant des cuivres bouchés.

    La palme revient peut-être aux redoutables Métamorphoses, données pour les vingt-trois cordes originales, d’une logique structurelle continue, sans chute de tension ni irrégularités de la pâte sonore, assumant clairement le postromantisme de l’œuvre par un vibrato intense, démarré sur la touche avant que l’archet ne frotte la corde, grâce notamment à deux premiers violoncelles exceptionnels et à la lame de fond des trois contrebasses – l’écho de la Marche funèbre beethovénienne, émergeant littéralement des abysses.

    Sans oublier un Till l’espiègle en forme de clou du spectacle, machine sonore prête à toutes les embardées descriptives, dont le geste ne connaît aucun répit chez un maestro gardant la mesure à 6/8 constamment en ligne de mire, enchaînement grisant et sans temps mort de ces joyeuses équipées portées à leur acmé par un sens vertigineux du rythme et les timbales à la fête de Marek Stefula.

    Si la prétendue tradition straussienne authentique remonte à Rudolf Kempe et aux couleurs plus crues et plus minces de la Staatskapelle de Dresde, ce Strauss de Leipzig, symphonique quoique jamais boursouflé, d’une rondeur glorieuse, ne mérite que des éloges. Deux soirées au goût d’absolu qu’on n’est pas près d’oublier.




    Philharmonie, Paris
    Le 13/10/2015
    Yannick MILLON

    Deuxième et troisième concerts du Gewandhausorchester Leipzig sous la direction de Riccardo Chailly, avec la participation du violoniste Christian Tetzlaff et du clarinettiste Martin Fröst à la Philharmonie de Paris.
    12 octobre :
    Richard Strauss (1864-1949)
    Macbeth, poème symphonique op. 23
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Concerto pour violon n° 3 en sol majeur KV 216
    Christian Tetzlaff, violon
    Richard Strauss (1864-1949)
    Also sprach Zarathustra, poème symphonique op. 30
    13 octobre :
    Richard Strauss (1864-1949)
    Tod und Verklärung, poème symphonique op. 24
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Concerto pour clarinette en la majeur KV 622
    Martin Fröst, clarinette
    Richard Strauss (1864-1949)
    Metamorphosen, étude pour 23 cordes op. 142
    Till Eulenspiegel, poème symphonique op. 28
    Gewandhausorchester Leipzig
    direction : Riccardo Chailly

     


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