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CRITIQUES DE CONCERTS 22 mai 2018

Concerts du London Symphony Orchestra sous la direction de Valery Gergiev à la Philharmonie de Paris.

Érosion symphonique
© Joachim Ladofaged

À la tête d’un LSO d’une magnifique plasticité, au rang de cuivres d’une puissance renversante, Valery Gergiev apparaît tel qu’en lui-même, d’une irrégularité proverbiale : neutre et atone le premier soir, il se transcende le lendemain au point de renouveler son Oiseau de feu miraculeux qui avait marqué les esprits il y a quinze ans à Salzbourg.
 

Philharmonie, Paris
Le 17/10/2015
Yannick MILLON
 



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  • Le jour et la nuit, ou pour être plus exact la nuit et le jour que ces deux concerts, où un Valery Gergiev transcendant succède à un Valery Gergiev absent dans deux programmes consacrés à Stravinski et Bartók dans le cadre du week-end Chagall et la musique de la Philharmonie de Paris. Le premier soir, on ressort de la salle mitigé face à ce qu’il conviendrait d’appeler un excellent concert moyen. Excellent car le LSO ne démérite à aucun moment, rigoureux, ultra professionnel et affûté ; moyen en raison de la présence très neutre du chef ossète, la tête ailleurs, mécanique, froid.

    D’abord dans la Symphonie en ut de Stravinski, petit bijou souvent regardé avec mépris, ouvrage de dentelle néoclassique grouillant de courtes formules et de savantes couleurs par petites touches d’orchestration qu’Ernest Ansermet ou le compositeur lui-même savaient transformer en un festival de timbres. La direction en noir et blanc de Gergiev tient l’œuvre à distance, privée de tout humour, de toute caractérisation gourmande, laissant l’orchestre britannique faire étal de rouages parfaitement huilés, sans âme ni tendresse.

    Dans le Chant du rossignol, on se raccroche à quelques saillies des cuivres qu’on est en droit d’attendre d’un maestro pouvant être volcanique, donnant à la première trompette de Philip Cobb le loisir d’exhiber un tranchant hors du commun, un détaché d’une furieuse précision. Comme souvent, si le LSO possède une image sonore de tutti de rêve, aucun de ses pupitres individuels n’a la poésie de ceux des meilleures formations occidentales, de Vienne à Berlin en passant par Amsterdam. Reste une discipline globale de choc, et des nuances, des gerbes sonores jubilatoires dans le Rossignol mécanique comme dans la Fête au Palais.

    Connaissant bien l’approche problématique du Sacre du printemps de Gergiev, tant au disque qu’en concert, on craignait que le ballet occupant la deuxième partie enterre davantage ce premier concert dans une forme de grisaille de luxe. Pari gagné face aux excentricités intactes du chef, alourdissant ce chef-d’œuvre de la modernité plus que de raison, n’en retenant qu’une forme d’archaïsme volontiers vulgaire dans ses éructations grasses, comme ces accords finaux de chaque partie baveux, piétinés de la semelle.

    Le bouillant ossète y joue des contrastes extrêmes entre exécution quasi à l’arrêt des passages lents (Introductions floues et poisseuses, façon marécage gluant ; Rondes printanières), où il démembre, charcute et dissèque chaque motif avec un rubato insensé, des points d’arrêts arbitraires, et embardées fonçant dans le tas sans ménagement – les Augures printaniers, si rapides que les cordes n’ont même pas le temps d’accrocher convenablement leurs attaques au talon. En somme, rien de neuf sous le soleil, sinon une Marche de l’Amour des trois oranges expédiée et clinquante en bis.

    Le lendemain, on se pince dès le premier roulement ouvrant la Suite de danses de Bartók tant Gergiev paraît d’emblée transfiguré, à cent pour cent investi, assumant ses audaces (la lenteur des danses de demi-caractère) avec succès, passionnant d’un bout à l’autre, le rythme ciselé, chaque solo divinement accompagné, chaque rupture de tempo exécutée à la perfection.

    Le même élan traverse un Mandarin merveilleux chauffé à blanc, trombones et trompettes incandescents, seconds violons rugueux à souhait dans les gammes ouvrant la partition, percussion revenue à une magnifique poigne quand le génial Nigel Thomas était contraint la veille à écraser plus qu’à frapper ses timbales. Et même si certains chefs sont allés plus loin dans le délire de la traque infernale qui clôt la suite d’orchestre, la musique fuse avec une efficacité dramatique imparable.

    Restait la pièce de résistance de ce deuxième concert, le premier ballet de Stravinski dans sa version intégrale originale de 1910. L’Oiseau de feu de notre vie, Gergiev nous l’avait déjà donné il y a quinze ans à Salzbourg, un dimanche matin d’août 2000 dont les caméras de la télévision autrichienne ont gardé le souvenir au DVD, expliquant notre déception devant le remake affaibli de 2009 au TCE, toujours avec les Wiener.

    À notre grand bonheur, même si les timbres du LSO n’atteignent pas au même sublime, le chef le plus suroccupé de la planète retrouve ce soir toute sa superbe, dans une fresque sonore captivante de relief, de maîtrise de la dramaturgie, alternant moments de pure apesanteur (Khorovod caressant à l’infini, Berceuse hypnotique) et noirs éclats dont la puissance brute renverse tout sur son passage (Danse infernale de Katscheï), avant un lever de soleil final à la lumière aveuglante – l’ultime crescendo, gigantesque, typiquement russe.

    Prêt à toutes les folies, le tsar de la direction d’orchestre moderne lance en bis des Montaigu et Capulet de Prokofiev âpres, sauvages, fidèles à sa légende que la suractivité aurait tendance à éroder.




    Philharmonie, Paris
    Le 17/10/2015
    Yannick MILLON

    Concerts du London Symphony Orchestra sous la direction de Valery Gergiev à la Philharmonie de Paris.
    16 octobre :
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Symphonie en ut
    Le Chant du rossignol
    Le Sacre du printemps
    17 octobre :
    Béla Bartók (1881-1945)
    Suite de danses
    Le Mandarin merveilleux (suite d’orchestre)
    Igor Stravinski (1882-1971)
    L’Oiseau de feu (version intégrale originale de 1910)
    London Symphony Orchestra
    direction : Valery Gergiev

     


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