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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Nouvelle production de Moïse et Aaron de Schoenberg dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.

Le Veau d’or est toujours debout
© Bernd Uhlig

Véritable manifeste quant au retour du théâtre à l’Opéra de Paris, bien chiche en la matière depuis six ans, le spectacle inaugural de Stéphane Lissner expose le rare Moïse et Aaron de Schoenberg dans une mise en scène aux magnifiques images mais au propos réfrigérant de Romeo Castellucci, tandis que la musique triomphe de bout en bout.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 20/10/2015
Yannick MILLON
 



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  • Quelle meilleure rupture avec le conservatisme de son prédécesseur pouvait oser Stéphane Lissner pour inaugurer son mandat à la tête de l’Opéra de Paris ? En proposant comme première nouvelle production le redoutable et passionnant Moïse et Aaron de Schoenberg, le nouveau patron des lieux affirme haut et fort un salutaire changement de cap.

    Confiée initialement au regretté Patrice Chéreau, la production a échu finalement à l’Italien Romeo Castellucci, metteur en scène lyrique depuis peu et déjà salué pour son Parsifal de la Monnaie de Bruxelles, emblématique de la modernité théâtrale que Nicolas Joel avait écartée de la Grande Boutique.

    Pour aborder l’opéra inachevé de Schoenberg, traitant de l’indispensable incarnation par la parole (Aaron) de la pensée (Moïse) pour dépasser la réticence des Hébreux à désavouer leurs anciens Dieux matériels au profit d’un unique Invisible, Castellucci a choisi l’épure et un traitement de l’espace confinant à l’abstraction, à la sphère du songe, multipliant tulles et matières vaporeuses des costumes des choristes, perdus dans un désert laiteux, mettant même potentiellement en doute la réalité de la révélation du Buisson ardent.

    Le livret du compositeur, d’après l’Exode, renforcé par son retour au Judaïsme en 1933, ne manque pas d’hermétisme, justifiant l’absence de repères temporels comme géographiques de la mise en scène, qui présente comme seul élément familier le sommet d’une montagne à travers une gigantesque toile peinte qu’escaladeront les fidèles au dernier tableau.

    La souillure du peuple sera d’ailleurs la même matière qui avait symbolisé la lèpre lors des trois miracles, opérés dans le futur technologique d’une capsule spatiale, un pétrole noir et visqueux dont seront recouverts les infidèles dans un tableau du Veau d’or (un placide charolais en chair et en os), avant un épisode d’idolâtrie tenant du ballet amorphe d’oiseaux mazoutés en opposition assez marquée avec une musique alors motorique.

    © Bernd Uhlig

    Le noir et blanc comme seul viatique du bien et du mal a d’ailleurs quelque chose de manichéen, comme ce défilé de mots façon dictionnaire aléatoire, sans oublier que cette approche scénique très distante, parfois anesthésiante, reste d’une froideur qui ne facilite certes pas l’accès à un univers dramatique déjà assez austère en soi.

    Si la scène suscite donc quelques interrogations, la musique, elle, triomphe sur toute la ligne, grâce à une impeccable cohésion autour de la direction de Philippe Jordan. Le directeur musical de l’Opéra sait rendre limpide chaque motif, chaque dédale d’une partition dodécaphonique d’une redoutable difficulté.

    La première demi-heure du I sacrifie sans doute par trop à l’hédonisme, dans une esthétique post-mahlérienne ignorant la dureté, les chocs de timbres, l’âpreté de la pâte sonore ; une fois chauffé, le chef suisse opère des miracles dans un II admirablement tenu, épisodes instrumentaux d’une certaine alacrité (Danse des bouchers, Orgie érotique), silences habités et dernier monologue mourant sur une ultime tenue de cordes infinitésimale.

    La netteté de la battue opère aussi des miracles sur le chœur, véritable personnage principal de l’ouvrage, ayant nécessité plus d’une année de préparation pour un résultat bluffant de précision de l’allemand, de sécurité sur les hauteurs et de maîtrise des tessitures (les sopranos), recevant l’une des plus belles ovations aux saluts.

    Par-delà des rôles secondaires impeccables (le Prêtre de Ralf Lukas, le Jeune homme du ténor Nicky Spence, qui pourrait sans peine aborder Aaron), on saluera avant tout l’autorité impeccable du Sprechgesang de Thomas Johannes Mayer, d’une authentique stature biblique, face au Aaron au vibrato accusé et aux aigus passant trop souvent en falsetto d’un John Graham-Hall saisissant dans sa dernière confrontation avec son frère.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 20/10/2015
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Moïse et Aaron de Schoenberg dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.
    Arnold Schoenberg (1874-1951)
    Moses und Aron, opéra en deux actes (1954)
    Livret du compositeur

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène, décors, costumes & éclairages: Romeo Castellucci
    préparation des chœurs : José Luis Basso & Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Thomas Johannes Mayer (Moses), John Graham-Hall (Aron), Julie Davies (Ein junges Mädchen), Catherine Wyn-Rogers (Eine Kranke), Nicky Spence (Ein junger Mann), Michael Pflumm (Der nackte Jüngling), Chae Wook Lim (Ein Mann), Christopher Purves (Ein anderer Mann / Ephraimit), Ralf Lukas (Ein Priester), Julie Davies, Maren Favela, Valentina Kutzarova, Elena Suvorova (Vier nackte Jungfrauen), Shin Jae Kim, Olivier Ayault, Jian-Hong Zhao (Drei Älteste), Béatrice Malleret, Isabelle Wnorowska-Pluchart, Marie-Cécile Chevassus, John Bernard, Chae Wok Lim, Julien Joguet (Sechs solostimme).

     



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