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CRITIQUES DE CONCERTS 09 avril 2020

PremiĂšre Ă  l’OpĂ©ra des Flandres d’Anvers de TannhĂ€user de Wagner dans la mise en scĂšne de Calixto Bieito, sous la direction de Dmitri Jurowski.

TannhÀuser au Paradis
© Annemie Augustijns

Passionnant du dĂ©but Ă  la fin tant sur le plan scĂ©nique que musical, l’OpĂ©ra des Flandres clĂŽt triomphalement Ă  Anvers sa production de TannhĂ€user Ă©trennĂ©e Ă  Gand. Calixto Bieito prend Ă  revers le livret pour questionner les notions de bien et de mal, en regard du monde rĂ©el et de la religion, dans une production transcendĂ©e par la distribution.
 

Opéra des Flandres, Anvers
Le 17/10/2015
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Des deux versions de TannhĂ€user, le programme prĂ©cise qu’a Ă©tĂ© choisi le premier acte de Paris et les deux suivants de Dresde ; rĂ©sumĂ© certainement trop sommaire puisque si l’on semble bien intĂ©gralement dans la version parisienne au I (1861), il faut comprendre par le retour sur scĂšne de Venus au III qu’il s’agit ensuite de la version remaniĂ©e de Dresde (1848), et non de celle de la crĂ©ation de 1845.

    De ces choix toutefois trĂšs cohĂ©rents, Calixto Bieito tire une lecture d’une rare intelligence sur laquelle il appose son gĂ©nie. Ainsi, au lieu de l’habituelle dualitĂ© bien-mal du monde chrĂ©tien-Venusberg, l’Espagnol pose des questions immanentes au livret et Ă  ses zones d’ombre, prenant au passage totalement Ă  contrepied les spectateurs les plus avertis sur l’Ɠuvre et l’artiste, dans une vision oĂč la rĂ©demption n’est plus dans la religion grĂące Ă  Elisabeth, mais dans le Paradis de VĂ©nus.

    Pendant la Bacchanale, cette derniĂšre s’affole au milieu d’un sublime ballet de branches suspendues au-dessus du plateau noir et nu. Les orgies ne sont plus infectes mais liĂ©es aux plaisirs du Paradis biblique, symbolisĂ© par la nature. TannhĂ€user et VĂ©nus s’y adonnent aux bienfaits de la vie tels Adam et Ève, avant que le Landgraf et ses sbires n’apparaissent pour projeter TannhĂ€user dans le monde terrestre, au travers d’une naissance reprĂ©sentĂ©e par du sang enduit sur le torse nu de l’anti-hĂ©ros.

    Au II, un dĂ©cor rigide de poutres droites symbolise le nouveau monde, crĂ©Ă© par une superbe explosion de lumiĂšre relative Ă  la CrĂ©ation. De ce dĂ©cor froid et neutre sort un chƓur en tenue d’apparat, prĂȘt Ă  assister Ă  une rĂ©ception qui tournera Ă  la dĂ©cadence, Ă  l’instar des visages des protagonistes : tous sont bafouĂ©s de rouge Ă  lĂšvres, rappelant les fĂȘtes des peintures maladives de James Ensor.

    Le III ouvre sur un magnifique dĂ©cor, mĂ©lange des poutres du II et des branches du I, la nature ayant repris ses droits sur la civilisation, Ă  l’image du tableau les Ruines d’Eldena de Caspar David Friedrich. Au final, TannhĂ€user ne meurt pas mais frappe violemment une poutre du monde dont il ne peut plus s’échapper, dĂ©sabusĂ© et profondĂ©ment meurtri d’avoir Ă©tĂ© suivi dans son idĂ©al par une population zombifiĂ©e, laissant ouverte la question de l’artiste et de son besoin ou non d’ĂȘtre compris.

    De cet univers magique ressort le TannhĂ€user hallucinant d’Andreas Schager, qui prouve Ă  Anvers que sa voix est dĂ©jĂ  trop puissante pour ce type de salle. S’il parvient Ă  ne pas s’abĂźmer, difficile de ne pas voir en lui le grand tĂ©nor wagnĂ©rien des cinq ou dix prochaines annĂ©es (il est dĂ©jĂ  programmĂ© en Siegfried Ă  Berlin et Bayreuth), car mĂȘme dans cette partition si complexe, tout lui semble d’une facilitĂ© dĂ©concertante : pas une note escamotĂ©e, un timbre lĂ©gĂšrement nasalisĂ© sans aucune aigreur et une vaillance Ă  couper le souffle.

    Il forme un magnifique duo avec l’Elisabeth puissante de Liene Kinča, mais couvre malheureusement la magnifique VĂ©nus d’Ausrine Stundyte, magnĂ©tique de prĂ©sence scĂ©nique et d’engagement vocal. Hormis le Landgraf aux graves chauds d’Ante Jerkunica, le reste du cast est lĂ©gĂšrement plus faible, bien que Wolfram soit bien dĂ©fendu par Daniel Schmutzhard. Le Koor Opera Vlaanderen trouve lorsqu’il est en coulisse une superbe mystique, et magnifie son intervention finale par un choral fĂ©minin chantĂ© au ras de terre.

    Le Symfonisch Orkest Opera Vlaanderen passionne de bout en bout, emmenĂ© par la battue prĂ©cise et fluide de Dmitri Jurowski. À peine pourra-t-on se plaindre du manque de charpente des cordes graves (trois contrebasses seulement en fosse) lors de la confrontation VĂ©nus-TannhĂ€user, ou d’une conclusion du I brouillonne dans sa partie la plus dynamique. Pour le reste, le lyrisme, la clartĂ© et la beautĂ© des couleurs des premiers violons, les timbres fruitĂ©s des bois et cristallins des harpes, les interventions lumineuses des violoncelles, tout accompagne avec splendeur la mise en scĂšne et le plateau.

    Coproduit avec Berne, GĂȘnes et Venise, espĂ©rons que les distributions changent peu et que le miracle s’y reproduise ; l’occasion pour les plus fervents de refaire le pĂšlerinage !




    Opéra des Flandres, Anvers
    Le 17/10/2015
    Vincent GUILLEMIN

    PremiĂšre Ă  l’OpĂ©ra des Flandres d’Anvers de TannhĂ€user de Wagner dans la mise en scĂšne de Calixto Bieito, sous la direction de Dmitri Jurowski.
    Richard Wagner (1813-1883)
    TannhÀuser oder der SÀngerkrieg auf Wartburg, opéra romantique en trois actes (1845)
    Livret du compositeur,
    Versions Paris (acte I) et Dresden (acte II & III)

    Koor Opera Vlaanderen
    Symfonisch Orkest Opera Vlaanderen
    direction : Dmitri Jurowski
    mise en scĂšne : Calixto Bieito
    décors : Rebecca Ringst
    costumes : Ingo KrĂŒgler
    Ă©clairages : Michael Bauer
    prĂ©paration des chƓurs : Jan Schweiger

    Avec :
    Andreas Schager (TannhĂ€user), Ausrine Stundyte (VĂ©nus), Liene Kinča (Elisabeth), Ante Jerkunica (Landgraf Hermann), Daniel Schmutzhard (Wolfram von Eschenbach), Adam Smith (Walther von der Vogelveide), Leonard Bernad (Biterolf), Stephan Adriaens (Heinrich von Zweter), Patrick Cromheeke (Reinmar von Zweter), Katrijn van Cauwenberghe (Jeune PĂątre).

     



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