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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg sous la direction de Yuri Temirkanov, avec la participation du baryton Mathias Goerne au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Un Mahler de légende

Yuri Temirkanov, du haut de ses 77 ans et de sa fusion avec l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg, qu’il dirige depuis 1988, a mis son génie dans celui de Gustav Mahler pour une interprétation rarissime de la Symphonie n° 1, après avoir partagé avec Matthias Goerne la résurrection bouleversante des Kindertotenlieder.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 23/10/2015
Claude HELLEU
 



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  • Un concert en état de grâce. Où l’émotion nait à chaque instant, jumelle de l’admiration. Où Yuri Temirkanov épure avec une simplicité étonnante et sans le moindre relâchement la tension d’une musique des plus complexes. Où l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg lui est fusionnel. Où Matthias Goerne s’unit à eux dans l’inspiration de Mahler.

    Kindertotenlieder : cinq Chants pour les enfants morts, cinq éclairages sur la même souffrance. Une sorte d’innocence préserve de toute insistance l’évocation du malheur. Une lampe s’est éteinte sur ma demeure, mais gloire à la lumière éternelle. La pudeur est à la mesure de la douleur. La profondeur et la plénitude du timbre de Matthias Goerne sur la clarté des vents, son phrasé né de l’âme porté par les cordes projettent une émotion qui ne cessera de vivre, creusée, amplifiée, apaisée, dans une complémentarité idéale avec l’orchestre.

    Aussi triste mais différemment, le deuxième lied ajoute les nuances d’un regret responsable, …ces yeux où tu ne perçois rien en ces jours ne seront plus que des étoiles dans la nuit. Cor et basson sublimes, pizzicatos du violoncelle en prière, le troisième lied témoigne d’une verve populaire spontanément sincère.

    Le corps intégré aux pulsions de l’orchestre, le regard perdu dans le monde qu’il pénètre si naturellement, Matthias Goerne sourit à la petite fille rayonnante de joie et pleure son souvenir. On ne détaille pas la perfection de la ligne vocale, sa droiture, sa pureté, son souffle, sa richesse de couleurs, on la reçoit et la bénit.

    Souvent je me dis qu’ils sont seulement sortis… Doublée de la dramatique certitude d’un rêve, l’espérance du quatrième lied est de courte durée. Calme illusoire, puissance de la rébellion à pleine voix. Combien sommes-nous, dans le TCE comble, à retenir notre souffle parce que pris dans le drame qui se vit là ?

    Intensément émue, la voix somptueuse dans les graves s’élève dans les aigus sans rien perdre de sa beauté, indivisible des instruments habités de la même expressivité. Les déchirements d’harmonies, la passion, l’ouragan du cinquième lied s’apaisent, acceptant la fatalité. Les enfants maintenant reposent comme dans le sein de leur mère. Et nous demeurons dans la gravité sereine de cet adieu.

    Autre miracle, la Symphonie n° 1. D’où émane ce chant immobile, son attente mystérieuse ? De quel monde naissent les clarinettes ? Qui suscite cette éclosion de timbres dans la pureté de leur nudité ? Un simple coucou s’y mêle. La nature s’éveille, s’anime.

    Légèreté de l’air, innocence, des violoncelles se projette une ombre, son mystère assombrit à peine la clarté qui baigne les apparitions de vents et de cordes, maintenant l’union tisse un tissu orchestral transparent, foisonnant. Yuri Temirkanov se refuse au moindre effet : les sons se suffisent, ainsi heureux de vivre, simplement, naturellement, séparément ou réunis – et si beaux.

    L’allégresse s’humanise au deuxième mouvement. Le rythme de danse populaire se fait provocateur sans qu’il soit besoin d’appuyer lourdement les trois temps de la valse lente. Il suffit d’en éveiller la sensualité, son érotisme ainsi contrôlé provoquant un trouble plus subtil, parallèle à la rusticité soulignée par les trompettes voulues vulgaires.

    Et c’est l’étonnant troisième mouvement, son entrée grave telle une marche funèbre sur l’air de Frère Jacques. Sinistre, insondable avant que le hautbois ne se moque. L’ironie prend le pouvoir, parodie la tristesse vaine, bouffonnerie, calme et drame s’enchainent.

    Temirkanov, toujours imperturbable, intensifie l’émotion sans rien changer à la netteté des phrasés, qu’ils soient poignants ou sarcastiques, et nous garde suspendus à leur audace insolite. Les contradictions complexes réclament une expressivité d’autant plus sobre. Le moindre débordement de sonorité tel un mot en trop créerait la confusion. Et nuirait à l’ambigüité de l’inspiration.

    Choc et contrastes du quatrième mouvement. Fureur, affrontement le déchaînement orchestral lance ses assauts. Éclairs pénétrants, lumière ensuite, le cycle n’a de cesse. Optimisme, retombées tragiques, reconquêtes, l’éloquence des vents commande, fanfares impérieuses des cuivres en tête, paix à nouveau. Durable ? Coups d’archets anxieux. Un suspense angoissé précède le triomphe d’un orchestre à la hauteur du chef qui le dirige et du compositeur qu’ils incarnent.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 23/10/2015
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg sous la direction de Yuri Temirkanov, avec la participation du baryton Mathias Goerne au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
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    Pavane pour une infante défunte
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Kindertotenlieder
    Matthias Goerne, baryton
    Symphonie n° 1 en ré majeur « Titan »
    Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg
    direction : Yuri Temirkanov

     


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