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CRITIQUES DE CONCERTS 03 avril 2020

Nouvelle production de Pénélope de Fauré dans une mise en scène d’Olivier Py et sous la direction de Patrick Davin à l’Opéra national du Rhin, Strasbourg.

Une si longue attente
© Klara Beck

Après une récente et unique apparition en version concert sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, c'est au tour de l'Opéra national du Rhin de proposer la rare Pénélope de Gabriel Fauré, dans la mise en scène d'Olivier Py. On retrouve sans surprise les éléments de son univers théâtral au service d'une œuvre qu'il peine néanmoins à tirer de son anonymat.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 23/10/2015
David VERDIER
 



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  • On salue la proposition faite par Marc ClĂ©meur Ă  Olivier Py de mettre en scène la rarissime PĂ©nĂ©lope de Gabriel FaurĂ©. L'initiative fait suite Ă  la très belle Ariane et Barbe-Bleue montĂ©e dans ce mĂŞme OpĂ©ra de Strasbourg en avril dernier. On peut voir dans la proximitĂ© des deux ouvrages la tentation d'un diptyque avec pour fil rouge le rĂ´le central de la figure fĂ©minine Ă©ponyme.

    Musicalement, ces deux opéras posent la question de l'après Wagner… avec des moyens et des enjeux totalement différents. Si Dukas proposait de retourner à l'exploration de la matière sonore pour créer une langue musicale inouïe, Fauré opte pour un format délibérément néoclassique, en partie victime d'un livret pauvrement rimaillé. La postérité de René Fauchois doit moins à Pénélope qu'à son Boudu sauvé des eaux, pièce de théâtre portée à l'écran par Jean Renoir. Sans prétendre à la poésie d'un Maeterlinck, on ne peut que regretter ces rimes plates qui enferment le mythe antique dans une gangue lexicale aux accents de boulevard.

    Créée en 1913, l'œuvre est à la fois trop tardive pour prétendre aux échos modernistes d'un Pelléas, mais également trop en décalage avec les propositions formulées par le Groupe des six au lendemain de la Grande Guerre. Pénélope assume fièrement cet alliage d'archaïsme et de noblesse, au service d'un argument à la simplicité désarmante.

    Rien de moins dramatique en apparence que de mettre en scène l'attente de l'épouse, espérant le retour de son héros de mari. Avec la collaboration de son fidèle décorateur Pierre-André Weitz, Olivier Py répond à cet enjeu par un travail centré autour d'un décor circulaire et obsédant. Une double couronne à la noirceur caractéristique pivote sur un sol recouvert d'eau, contraignant les personnages à se déplacer perpétuellement dans cette eau trouble ou monter et descendre des escaliers en synchronisation avec les rotations.

    Les prétendants en uniforme noir rappellent explicitement les exactions et les brimades fascistes sur les populations civiles. Ressassée à l'envi, cette vision manichéenne se double par la présence réitérée des marqueurs de l'univers théâtral d'Olivier Py : crânes, éclairages au néon, nudité, formes découpées…

    Le récit se complexifie d'allusions aux exploits d'Ulysse, comme ce très dispensable destrier traversant la scène en écho à la prise de Troie par l'armée grecque et sa réplique statufiée. L'ensemble n'atteint pas au parfait équilibre du théâtre musical d'Ariane ou des Dialogues des carmélites, non par défauts rédhibitoires mais par le renouvellement de formules prévisibles qui laissent percevoir l'issue dramatique. Ultime surprise, cette improbable Nikê descendue du ciel en casque et cuirasse, ne fera qu'ajouter au sentiment qu'on cherche à échapper par le trop-plein au fait de tourner en rond.

    Maîtresse des lieux comme du plateau, Anna Caterina Antonacci domine de la tête et des épaules les difficultés d'un rôle qu'elle a chanté il y a deux saisons au TCE. La densité du registre grave est remarquable, malgré des montées à l'aigu relativement prudentes. Le ténor Marc Laho campe un Ulysse moins convaincant sur le plan théâtral, faute principalement à des moyens techniques émoussés et cette impression que le chant ne décolle pas d'une lecture à fleur de notes.

    On ne trouvera pas également dans la projection en demi-teinte de la contralto Élodie Méchain (Euryclée) ou le vibrato envahissant du vétéran Jean-Philippe Lafont (Eumée), matière à s'enthousiasmer. Le groupe des prétendants est dominé par le timbre magnétique de l'Eurymaque d'Edwin Crossley-Mercer et la ligne élégante de l'Antinoüs de Martial Defontaine.

    Moins triomphant dans les massifs austères de la musique de Gabriel Fauré que dans les abstractions diffractées de Paul Dukas, l'Orchestre symphonique de Mulhouse trouve dans la direction efficace et enlevée de Patrick Davin le moyen d'exposer de belles qualités d'ensemble dans la petite harmonie et la force sensible des interventions solistes, cuivres en tête.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 23/10/2015
    David VERDIER

    Nouvelle production de Pénélope de Fauré dans une mise en scène d’Olivier Py et sous la direction de Patrick Davin à l’Opéra national du Rhin, Strasbourg.
    Gabriel Fauré (1845-1924)
    Pénélope, poème lyrique en trois actes et vingt scènes
    Livret de René Fauchois d'après l'Odyssée d'Homère

    Chœurs de l’Opéra national du Rhin
    Maîtrise de l’Opéra national du Rhin – Petits chanteurs de Strasbourg
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Patrick Davin
    mise en scène: Olivier Py
    décors & costumes: Pierre-André Weitz
    Ă©clairages : Bertrand Killy

    Avec :
    Anna Caterina Antonacci (Pénélope), Marc Laho (Ulysse), Élodie Méchain (Euryclée), Sarah Laulan (Cléone), Kristina Bitenc (Melantho), Rocío Pérez (Phylo), Francesca Sorteni (Lydie), Lamia Beuque (Alcandre), Jean-Philippe Lafont (Eumée), Edwin Crossley-Mercer (Eurymaque), Martial Defontaine (Antinoüs), Mark Van Arsdale (Léodès), Arnaud Richard (Ctésippe), Camille Tresmontant (Pisandre).

     



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