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CRITIQUES DE CONCERTS 22 mai 2018

Concert du Lucerne Festival Orchestra sous la direction d’Andris Nelsons avec la participation de la pianiste Martha Argherich à la Philharmonie de Paris.

Tempéraments de feu
© Marco Borggreve

Elle est unique. Lui se révèle, se confirme parmi les grands. À la tête du Lucerne Festival Orchestra, Andris Nelsons accompagne l’interprétation hors toute référence du Troisième Concerto de Prokofiev par Martha Argerich. Et ose tous les excès d’une Cinquième de Mahler passionnée et lumineuse en hommage à Claudio Abbado.
 

Philharmonie, Paris
Le 10/11/2015
Claude HELLEU
 



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  • Pour le concert qu’il organisait en hommage à Abbado, André Furno, producteur de Piano****, demandait à la grande Martha Argerich de rejouer avec le Lucerne Festival Orchestra le Troisième Concerto de Prokofiev qu’elle avait donné avec le chef italien en 1969 au TCE. Quarante six ans plus tard, la prodigieuse virtuosité de la pianiste, l’intelligence et la richesse de son toucher demeurent hors normes dans les prouesses d’une partition d’une rare véhémence.

    Saisissante entrée dans l’Allegro initial. La détermination d’emblée jubilatoire traverse le bouillonnement orchestral, les accords bondissent. Staccato aussi souple que précis, percussion élastique, couleurs changeantes personnalisent leur aisance. Quelle que soit leur puissance, jamais ils ne perdront cette séduction charnelle exceptionnelle. Les traits éblouissent, les harmonies se densifient quand la véhémence se calme, gardent leur clarté quand elle se déchaîne à nouveau. L’ivresse n’a de cesse, sinon celle d’un silence abrupt.

    L’énigme née de la flûte et de la clarinette créent l’atmosphère du deuxième mouvement. La stridence de la trompette, la pénétration du cor, le jeu des vents entourent un piano à l’écoute de toutes les sonorités. Leurs résonnances s’interfèrent au cours de variations dans lesquelles il s’élance, joueur et volubile. Les attaques, les accents à contretemps, les notes solitaires couronnées de brefs traits insolemment giflés repris par des bois sans le même persiflage, les courses d’arpèges, les martèlements d’octaves ironisent, méditent, provoquent, excitent, exaltent, nuancent à l’extrême un lyrisme flamboyant.

    L’Allegro final est tout simplement grisant. La profusion de fulgurances possibles et impossibles coupe le souffle. Un tel déchaînement de forces telluriques, somptueusement maîtrisé, magnifie notre émerveillement. Totalement liés, Martha Argerich et ses partenaires passionnent la surenchère de leurs défis. Dont la conclusion, nette et catégorique, est aussitôt suivie des acclamations d’une Philharmonie comble, public debout.

    Henry-Louis de la Grange voit une noble résignation dans la Marche funèbre qui débute la Cinquième Symphonie de Mahler. Andris Nelsons nuance sa gravité, glorieusement annoncée par la trompette soliste, d’une espérance combattive. Le désespoir est refusé. La mort s’accepte, immanente à la vie.

    Et cette vie se passionne. Rien ne saurait anéantir ses élans. Dynamisme des cors entourés de cuivres déterminés, fièvre des cordes portent à l’extrême leur intrépide combat. Furie éruptive de tout l’orchestre, paroxysme de violence expressionniste. De ce torrent de lave incandescente sourd un solo pianissimo magique de la timbale, prélude à l’apaisement des violons.

    La complexité de Mahler s’entend là, optimisme et drame joints, révolte et victoire, angoisse et combattivité indissociables. La profondeur des cordes graves, le chant des violoncelles, les bois volontaires, les cuivres déchirants, la trompette revenue, bouleversée, disent l’homme écartelé entre ses pulsions de vie et de mort, là aussi, là encore. Le mystère s’en prolonge dans un silence prodigieux.

    Acier du Scherzo central sous la baguette du jeune chef dont le corps suit les bras, à la fois vibrant et stable, jambes écartées solidement ancrées. La gaîté factice, les provocations sonores, les rythmes audacieux se conjuguent en fabuleuses exagérations de dérision et de plaisir. Ce sont les pizzicati des violons du Ländler central qui sont tristes dans cette atmosphère d’une dualité outrancière.

    Cordes et harpe, douleur et pudeur de leur plainte. Du recueillement de cet Adagietto un souffle monte vers l’infini. Les couleurs de chaque pupitre se relaient et se fusionnent, lignes mélodiques ciselées. L’inspiration suspend le temps. Andris Nelsons l’irradie tout naturellement. Comme il emporte avec la même évidence le Lucerne Festival Orchestra à travers la multitude des évocations du Rondo-Finale vers une euphorie exacerbant triomphalement des états proches de la transe.




    Philharmonie, Paris
    Le 10/11/2015
    Claude HELLEU

    Concert du Lucerne Festival Orchestra sous la direction d’Andris Nelsons avec la participation de la pianiste Martha Argherich à la Philharmonie de Paris.
    Sergei Prokofiev (1891-1953)
    Concerto pour piano n° 3 en ut majeur op. 26
    Martha Argerich, piano
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 5 en ut# mineur
    Lucerne Festival Orchestra
    direction : Andris Nelsons

     


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