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CRITIQUES DE CONCERTS 15 décembre 2018

Récital du violoniste Nemanja Radulovic accompagné au piano par Susan Manoff au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Violon en jambes
© Eric Manas

Elles participent à ses pulsions. Nemanja Radulovic prend des risques à sa manière, brillante et personnelle. Le violoniste donne à ses émotions une priorité que n’encombre pas le souci d’être fidèle à l’œuvre devenue vecteur de sa propre humeur. À ses côtés, l’excellente chambriste Susan Manoff s’adapte et participe sans trahir les compositeurs.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 16/11/2015
Claude HELLEU
 



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  • Humainement, une très belle soirée, musicalement, une succession de moments plus ou moins réussis. Suite aux dramatiques événements, Nemanja Radulovic et Susan Manoff décidèrent, le matin de leur concert, d’inviter d’autres musiciens à les rejoindre sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées en seconde partie de leur programme.

    Radulovic a trente ans et sourit tout le temps. Arrivé en France à quatorze ans, alors qu’il est déjà une star en Serbie, son pays natal, il remporte deux Victoires de la musique. Son charme et sa chaleur contribuent à ce que les médias l’adorent. Ce qu’on sait de sa réputation de musicien extraordinaire, on le doit au dernier numéro de Cadences, car de programme de salle, il n’y avait pas, sinon une liste de dernière minute des œuvres jouées.

    « Ma mission, dit-il, c’est de faire passer aux gens un bon moment. Dans le classique, dès qu’on veut prendre un peu de liberté, on nous accuse souvent d’être trop osé ou trop émotif ». La couleur est annoncée. D’ailleurs il le précise plus loin : « En tant qu’interprète, notre rôle c’est de colorier la partition afin qu’elle reflète une envie du moment ».

    Dès lors, selon ses envies, inutile de s’étonner que Mozart soit aussi romanesque, ou Ravel aussi capricieux. Après la Romance de Pauline de Tchaïkovski, où la sentimentalité le dispute au mélo mais le moment est à la tristesse, la Sonate K. 301 de Mozart prend des accents inattendus. Certes, les grands coups d’archet ont une belle sonorité – sur quel instrument, d’ailleurs ? Elle souligne leur incongruité, avant de disparaître dès que Nemanja Radulovic joue piano.

    Heureusement Susan Manoff est là, mozartienne au jeu clair, à l’expressivité nuancée pendant que son partenaire, jambes moulées de collant et bottes noires, ses cheveux rejetés en arrière, se plie et se déploie, avance, recule, sautille, se pâme, les yeux au ciel, le sourire extatique permanent, habité d’un émerveillement étale. Derrière la netteté des attaques, prometteuses, les phrases se répètent, identiques, sans longueur d’archet pour les porter, les crescendi sont magnifiques, les decrescendi s’évanouissent.

    Bach-Schumann et Fauré se retrouvent frères de lait. Encore que l’arrangement des premiers ait droit à quelques coups de talons dont Après un rêve est épargné, même si le jeu de jambes ne cesse de souligner la passion née de notes disparues dans on ne sait quelle intériorité secrète. Pour le plus vif enthousiasme d’ « un public fidèle qui se reconnaît dans mon message », s’en réjouit l’auteur. L’aveu de son absence de trac n’étonne plus.

    La démonstration de sa virtuosité, on l’aura en deuxième partie avec un Tzigane délirant. Attaques, justesse, aisance servent un Ravel acrobate, plaisantin, coquin, léger, exalté, un inconnu surprenant aux séductions tapageuses. Le piano, là encore, suit et équilibre ce défi. Avant de se retrouver plus tard avec Véronique Gens pour deux mélodies de Reynaldo Hahn.

    Droite, immobile, la soprano a conclu d’une émotion intense et épurée cette soirée hybride mais sympathique, dont l’autre meilleur moment était dû à Henri Demarquette et Laure Favre-Kahn, autre toucher pianistique, autre chant du violoncelle pour nous porter au cœur de l’Élégie de Fauré.

    Sinon, heureux de jouer, se succédèrent Marielle Nordmann dans des arrangements pour harpe de Schubert, Patrice Fontanarosa, simplement, sobrement émouvant, avec Laure Favre-Kahn dans Méditaion de Thaïs de Massenet, et alter ego de Radulovic dans des extraits de Cinq pièces pour deux violons et piano de Chostakovitch où le héros de la soirée, solidaire de l’ancien violon solo de l’Orchestre national, ne pouvait plus maniérer librement son phrasé.

    Et a prouvé aussi qu’il pouvait jouer en simple musicien, aux côtés d’Yvan Cassar dans des airs populaires, puis tous réunis pour une aubade finale aussi spontanée que ravie en conclusion de ce défilé informel sous le signe de la gentillesse.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 16/11/2015
    Claude HELLEU

    Récital du violoniste Nemanja Radulovic accompagné au piano par Susan Manoff au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Tchaïkovski, Mozart, Fauré, Bach-Schumann, Schubert, Massenet, Chostakovitch, Fauré, John Williams, Ravel, Hahn
    Nemanja Radulovic, violon, Susan Manoff, piano, et leurs invités

     


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