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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Jakub Hrůša à l’Auditorium de la Maison de la radio, Paris.

Magnifiques nappes sonores
© Pavel Hejnz

Ils étaient amis. Les réunir a permis à un public enthousiaste de découvrir ou mieux connaître Bohuslav Martinů et Albert Roussel, trop rarement programmés. Sous la direction lumineuse de Jakub Hrůša, le Phiharmonique de Radio France leur a donné vie dans cet auditorium de la Maison de la radio dont l’acoustique se confirme la meilleure des salles parisiennes.
 

Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
Le 08/01/2016
Claude HELLEU
 



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  • 1938 : Martinů compose le Double concerto pour deux orchestres à cordes. 1930-1933 : Roussel compose Bacchus et Ariane. 1926 : Martinů compose la Bagarre. 1930 : Roussel compose la Symphonie n° 3. Quatre œuvres de l’entre-deux guerres dont les nappes sonores se sont richement opposées à la pièce de Boulez, composée de 1961 à 1968, jouée en ouverture de concert.

    Un hommage au compositeur récemment décédé gravement interprété par le clarinettiste solo de l’Orchestre philharmonique de Radio France, Nicolas Baldeyrou, allant d’un pas religieux d’un pupitre à l’autre des six partitions autour de lui éclairées telles des étapes, sons, souffles, silences hachés dans le noir environnant.

    L’École de Vienne n’a nullement influencé la musique française, a-t-on envie de dire, des deux compositeurs programmés ensuite. Si Bohuslav Martinů est d’origine tchèque, c’est à Paris qu’il se fixe en 1923 et devient l’élève de Roussel, sans renier pour autant le folklore de son pays natal.

    À la tête du Philharmonique de Radio France, c’est le Tchèque Jakub Hrůša qui a magnifié la modernité, l’originalité et le classicisme du Double concerto de Martinů, sorte de concerto grosso perpétuellement captivant. Dès les premières mesures, la battue nette et sobrement passionnée souffle le feu sur l’entrecroisement des cordes de toutes tessitures. Piano et timbales ponctuent ici et là l’intensité de tutti où chaque pupitre garde sa voix.

    La rage, le courage enflent l’indignation sous-jacente à l’inspiration d’une œuvre composée dans les menaces de la guerre, exaltent sa résolution combative. La décence de la douleur élève un Largo bouleversant, porté par les deux orchestres de chambre face à face et fusionnels. Entre les quatre contrebasses, deux à sa droite, deux à sa gauche, le piano à un moment soliste semble protester contre la tragédie imminente.

    Déchirante méditation, crescendo épouvanté, désespoir et résignation s’imposent avant que le Finale n’en reprenne la tension jusqu’à l’amertume de sa conclusion incertaine. Une musique dont la violence admirablement maîtrisée bouscule l’écoute sans que rien de sinistre ni de morbide n’entache la clarté de son écriture.

    Autres flots sonores, ceux de la Deuxième Suite de Bacchus et Ariane, soulevés dans toute leur puissance par Jakub Hrůša. La direction rigoureuse et pulsative dédaigne tout effet grandiose pour mieux porter à leur incandescence les excès d’une rencontre passionnée entre l’Ariane abandonnée sur son île et Bacchus le potentat surgi des eaux.

    Dansantes, bientôt orgiaques, provocantes, bouffonnes aussi, séductions et provocations multiplient les interventions jouissives de musiciens engagés dans un plaisir chaudement renouvelé. Harmoniques des violons tissant le fil d’Ariane, traits de la flûte, de la clarinette, du hautbois, du basson, polyphonie des bois à la fête, autorité des cuivres enflammés, sensualité repue après les jeux, enchantement dionysiaque… et reprise !

    Après l’entracte, déchaînement immédiat d’un tutti remarquablement organisé. La Bagarre de Martinů impose d’emblée sa force telle une victoire, peu importe sur quoi. Les dissonances des vents, les basses omniprésentes, les rythmes populaires, serrés, renouvellent l’héroïsme d’ « un grand contrepoint où tous les intérêts, petits et grands, des individus, se perdent comme des motifs secondaires », explique le compositeur. En résultent neuf minutes d’un même élan.

    Dans une expressivité radieuse, la Symphonie n° 3 de Roussel conclut ce concert hors normes. Héros d’un monde en pleine explosion toujours prêt à renaître aussi vivant et différent, bois et cuivres alternent leurs directives.
    Energie et sérénité relèvent d’une même spontanéité.

    Les harmonies de couleurs nappent un dynamisme constant, irisent de reflets dorés les moments de calme, étincellent dans la truculence ou l’ironie du Scherzo, irradient l’Allegro con spirito où s’élance un orchestre guidé par le violon solo en osmose avec la clarinette, le basson et les cors. Allégresse, véhémence, insolence, fusent en trouvailles harmoniques. La hardiesse d’un tel périple s’épanouit sous celle du chef. Galvanisé, l’orchestre ne pouvait mieux nous en éblouir.




    Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
    Le 08/01/2016
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Jakub Hrůša à l’Auditorium de la Maison de la radio, Paris.
    Pierre Boulez (1925-2016)
    Domaines, In Memoriam
    Nicolas Baldeyrou, clarinette
    Bohuslav Martinů (1890-1959)
    Double concerto pour deux orchestres à cordes, piano et timbales
    Albert Roussel (1869-1937)
    Bacchus et Ariane, suite n°2
    Bohuslav Martinů (1890-1959)
    La Bagarre (Vrava)
    Albert Roussel (1869-1937)
    Symphonie n° 3 en sol mineur op. 42
    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Jakub Hrůša

     


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