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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Mise en espace de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Peter Sellars, avec le London Symphony Orchestra dirigé par Simon Rattle, au Barbican Center, Londres.

Symphonie avec voix
© Barbican Hall

Rattle porte à Londres avec l’orchestre dont il deviendra directeur en 2017 le spectacle émotionnel et réaliste du chef-d’œuvre de Debussy, créé un mois plus tôt avec les Berliner. Sa direction fait ressortir les moindres détails de cette symphonie avec voix, tandis que la mise en espace de Peter Sellars donne toute sa puissance théâtrale au texte de Maurice Maeterlinck.
 

Barbican Hall, London
Le 10/01/2016
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Chef-d’œuvre du tout début du XXe siècle, Pelléas et Mélisande est aujourd’hui encore programmé partout dans le monde dans les plus grandes maisons d’opéra. Simon Rattle l’avait lui-même dirigé en 2007 au Royal Opera House, mais choisit cette fois de prolonger l’expérience des deux Passions de Bach, dans une version semi-scénique où l’on retrouve Peter Sellars et une distribution quasi similaire.

    On découvre alors un son qui ne peut s’entendre à l’opéra, pour cette œuvre qui devient grâce au London Symphony Orchestra au grand complet une véritable symphonie, à laquelle vient s’agréger la pièce de théâtre de Maeterlinck. Loin d’être hors-sujet par la nature même de Pelléas, dont le livret a été peu retouché entre la pièce initiale et l’opéra, cette proposition fortement empreinte de réalisme touche au merveilleux.

    D’abord et avant tout grâce à Sir Simon, qui s’il peut demander trop de certains pizzicati ou dans les mises en avant des parties secondaires des altos, n’en crée pas moins tout au long du spectacle un flux symphonique ample autant que clair. Cette lecture luxuriante ne cherche pas Wagner tout en dépassant beaucoup de propositions françaises seulement basées sur la transparence. Mais surtout, elle fait ressortir tous les leitmotive et se concentre sur chaque phrase, comme les pleurs de Mélisande si caractérisés aux violons, ou des liens inédits entre les mots « main » ou « lumière » et les cellules musicales qui les accompagnent.

    Le LSO est un allié de poids dans cette proposition, où jamais aucune note impure ne vient altérer cette lecture lumineuse, et où la légèreté des cordes s’accorde parfaitement à la partition, mise en valeur aussi par une superbe petite harmonie et un premier violoncelle vibrant de tristesse. Tout aussi puissant en coulisse, Le London Symphony Chorus intervient avec la même pureté et garde une vraie teinte mystique sans s’opposer à la proposition de Peter Sellars.

    Tout de noir vêtus dans une notion d’égalité ou personne n’est ni roi ni reine d’autre chose que de son monde, les acteurs-chanteurs évoluent derrière le chef et autour de l’orchestre, entrant par les côté ou par une porte centrale arrière, de laquelle souvent Pelléas observe un univers qu’il semble ne pas comprendre. Sellars ne cherche pas à tout prix l’onirisme, mais tend à rendre ses personnages réels par leurs émotions autant que par leur chant.

    Il propose un travail bouleversant dans les duos et tente l’idée d’un Golaud impitoyable jusqu’à son meurtre, suicidaire dès le début puisqu’il fait d’abord avec son pouce sur son cou le même geste d’égorgement avec lequel il tuera Pelléas. Les chanteurs connaissent tous ou presque leurs rôles pour l’avoir déjà chanté ailleurs, à commencer par Magdalena Kožená depuis presque quinze ans.

    Elle maîtrise toujours autant sa voix et son émotion. Mes longs cheveux descendent est d’une puissance et d’un réalisme touchants, tandis que son chant fuit doucement vers la froideur de la mort au final, lorsque les néons un peu kitsch dispatchés sur le plateau se sont éteints eux aussi, et que le médecin vocalement impeccable de Joshua Bloom a lui aussi abandonné la partie. Acteur passionné et passionnel, Christian Gerhaher n’a pas la voix de Pelléas, faite pour un baryton Martin ; il occulte les aigus et change souvent la tessiture du rôle pour l’emmener vers le grave.

    Cela ne différencie peut-être pas assez sa couleur avec celle du Golaud magistral de Gerald Finley, sans doute le plus impressionnant sur le plateau ce soir par sa gravité et son engagement scénique et vocal. Yniold est magnifiquement tenu par un enfant, apeuré lorsque Golaud l’oppresse pour voir ce qu’il se passe à la fenêtre entre Pelléas et Petite Mère. Méditatif et souvent assis entre les bois et les cordes graves, l’Arkel de Franz-Josef Selig a toujours autant de profondeur et surpasse la Geneviève un peu trop jeune de Bernarda Fink.

    Déjà influencé par les articles parus sur la prestation berlinoise de décembre, on s’attendait à une belle soirée au Barbican Center, mais aucunement à un tel niveau ni à ressentir autant de sensations. Cela augure de grandes heures dans les prochaines années à Londres.




    Barbican Hall, London
    Le 10/01/2016
    Vincent GUILLEMIN

    Mise en espace de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Peter Sellars, avec le London Symphony Orchestra dirigé par Simon Rattle, au Barbican Center, Londres.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes
    Livret d’après Maurice Maeterlinck

    London Symphony Chorus
    London Symphony Orchestra
    direction : Simon Rattle
    mise en espace : Peter Sellars
    éclairages : Ben Zamora
    assistant directeur : Hans-Georg Lenhart
    préparation des chœurs : Simon Halsey

    Avec :
    Magdalena Kožená (Mélisande), Christian Gerhaher (Pelléas), Gerald Finley (Golaud), Franz-Josef Selig (Arkel), Bernarda Fink (Geneviève), Joshua Bloom (le docteur), un enfant (Yniold).

     



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