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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Jakub Hrůśa, avec la participation du violoncelliste Johannes Moser à la Maison de la Radio, Paris.

Autour de Martinů
© Zbynek Maderyc

Dans la continuité du superbe concert de la semaine précédente, donné dans la même Maison de la Radio et composé de Roussel et Martínů, le chef tchèque Jakub Hrůśa récidive pour un deuxième programme à la tête du Philharmonique de Radio France, encore dominé par Martinů, mais cette fois accompagné de son compatriote Josef Suk et du Russe Igor Stravinski.
 

Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
Le 15/01/2016
Vincent GUILLEMIN
 



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  • De même qu’on invite souvent les chefs français à l’étranger pour diriger leur répertoire, on attend encore du jeune Jakub Hrůśa qu’il alterne entre Janáček et Dvořák, et c’est avec Rusalka que Paris l’a découvert la saison passée à l’Opéra. Aussi a-t-il eu l’intelligence pour son premier concert avec l’Orchestre philharmonique de Radio France de proposer la semaine dernière un programme dominé par le Tchèque Martínů, associé à son maître français Roussel, avant ce second programme presque intégralement tchèque.

    Nous entrons dans cette soirée au travers d’une pièce facile d’une quinzaine de minutes, le Scherzo fantastique op. 25 de Josef Suk père. Le premier thème au hautbois et basson augure de beaux moments mélodiques et une interprétation d’excellent niveau, bien que la pièce retombe un peu par sa longueur, tenue seulement par un second thème lancé aux violoncelles et repris aux premiers violons, répété de nombreuses fois.

    Plus travaillé, le premier Concerto pour violoncelle de Martinů permet de vérifier les multiples influences du compositeur, partagé entre la France et la Tchécoslovaquie au début des années 1930, puis à mesure entre la France et les États-Unis pendant les révisions de 1939 et 1955. La version définitive de 1955 entendue ce soir oscille entre le Martinů à point et celui de l’extrême maturité, avec toujours et très en finesse de nombreux changements de rythmes et une forme syncopée très travaillée.

    L’orchestre y accompagne sans jamais trop se mettre en valeur le violoncelliste Johannes Moser, dont on aimerait parfois une sonorité plus colorée et plus chaleureuse, là où son intégrité musicale et sa discrétion, ajoutées à la raucité de son instrument, portent surtout un Andante moderato dans lequel se démarque également le premier alto de l’orchestre. On retrouve la même intégrité dans la Sarabande de la Première Suite de Bach donnée en bis.

    La seconde partie ouvre à nouveau avec un Scherzo fantastique, cette fois l’opus 3 d’un Stravinski de vingt-six ans. Jouée ici à la française avec un son d’une transparence qui rappelle Ravel, la pièce qui a servi très vite de ballet n’est pas censée être basée sur un programme, mais reste de l’aveu du compositeur inspirée par le Vol des abeilles de Maurice Maeterlinck, en plus d’évoquer le Vol du bourdon de Rimski-Korsakov dans le traitement des cordes.

    Retour enfin à Martinů avec l’un de ses principaux chefs-d’œuvre, la Sixième (et dernière Symphonie, créée pour et par le Boston Symphony Orchestra et son directeur de l’époque Charles Munch. Ici, les rythmes et les climats ne doutent plus et s’installent avec puissance et clarté. L’auditeur expérimenté reconnaîtra ce que le monde musical a entendu plus tôt chez Honegger dans la dynamique répétitive ou chez Ives dans l’installation d’une atmosphère éthérée, mais la couleur et le style global de l’œuvre ne peuvent appartenir qu’au Tchèque.

    La densité des cordes montre que ce morceau a été le plus travaillé en répétition et qu’il faut maintenant en faire ressortir le moindre détail sans jamais perdre l’orchestre. Pour qui a en tête les plus grands enregistrements, il manque encore un peu de souffle et une véritable personnalité à cette lecture tout de même impressionnante de lyrisme et de tenue, pour laquelle il faut louer la magnifique intervention solo du premier violon et le travail d’un chef qu’on espère revoir très vite en fosse comme au concert.




    Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
    Le 15/01/2016
    Vincent GUILLEMIN

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Jakub Hrůśa, avec la participation du violoncelliste Johannes Moser à la Maison de la Radio, Paris.
    Josef Suk (1874-1935)
    Scherzo fantastique op. 25
    Bohuslav Martínů (1890-1959)
    Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1, H.196
    Johannes Moser, violoncelle
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Scherzo fantastique op. 3
    Bohuslav Martínů (1890-1959)
    Symphonie n° 6 (Fantaisies symphoniques)
    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Jakub Hrůśa

     


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