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CRITIQUES DE CONCERTS 14 juillet 2020

Première à l’Opéra de Lyon de Lady Macbeth de Chostakovitch dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov, sous la direction de Kazushi Ono.

Seule contre tous
© Jean-Pierre Maurin

Événement que le passage à l’Opéra de Lyon de l’un des metteurs en scène les plus demandés du moment, le Russe Dmitri Tcherniakov, qui signe une Lady Macbeth de Chostakovitch centrée sur la solitude de Katerina, peu dramatique jusqu’à un dernier tableau crucifiant tandis qu’en fosse, Kazushi Ono privilégie la noirceur à l’électricité.
 

Opéra national, Lyon
Le 27/01/2016
Yannick MILLON
 



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  • La prĂ©sence de Dmitri Tcherniakov Ă  l’OpĂ©ra de Lyon dit assez la place de choix qu’occupe l’institution dirigĂ©e par Serge Dorny dans le paysage lyrique français contemporain, car mĂŞme si cette Lady Macbeth n’est que la refonte d’un spectacle de 2008 pour DĂĽsseldorf inaugurĂ©e en octobre (et en anglais) Ă  l’English National Opera, la Ville lumière peut se targuer d’être Ă  la pointe de la recherche théâtrale.

    On sait les éclairs de génie du metteur en scène russe, mais aussi les limites d’une démarche tirant parfois considérablement le texte, jusqu’à redéfinir radicalement les rapports entre les personnages ou la chronologie des intrigues. D’où dans un premier temps un relatif étonnement face à ce spectacle sobre, voire aseptisé.

    Les trois premiers actes durant, les éléments les plus scabreux sont même peints avec une certaine désinvolture, surtout si l’on se souvient du spectacle cataclysmique de Martin Kušej. On suit donc d’abord avec autant d’intérêt que d’absence de frissons cette mécanique parfaitement huilée dans le décor unique d’un hangar de start-up où grouillent employés et secrétaires délurées autour du bunker douillet d’une Katerina comme statufiée, vêtue d’un costume traditionnel.

    Cette Lady Macbeth évoluera constamment à l’écart du monde qui l’entoure, jusqu’au-boutiste dans sa recherche à tout prix du bonheur, quitte à en passer par le meurtre. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir l’autorité avec laquelle elle fait cesser les exclamations des invités à son mariage pour comprendre le caractère d’acier trempé de la jeune femme.

    D’où sans doute une volonté pour le metteur en scène, désireux de réserver le plus fort pour la fin, d’atténuer certaines scènes-clé de l’ouvrage, comme le viol d’une Aksinia presque consentante, le passage à tabac faiblard de Sergeï ou encore la non-découverte du cadavre de Zinovy par un Balourd miteux cantonné au comique lourdingue.

    Car lorsqu’au neuvième et ultime tableau, le décor cède la place à une minuscule cellule de prison ravagée, soudain frappe le drame jusqu’ici cantonné au tragi-comique. Dans l’espace claustrophobe qu’elle partage avec une Sonietka de très petite vertu, Katerina doit endurer la vision de Sergeï besognant sa nouvelle conquête ; humiliation ultime d’une héroïne enragée plongeant sa tête dans le lavabo le plus insalubre du monde avant d’étrangler sa rivale, puis de mourir sous les coups de ses geôliers.

    Jusqu’alors, c’était durant les interludes instrumentaux que l’on admirait le plus la mise en scène, captivante lorsqu’elle révélait la nature profonde des sentiments de Katerina, d’abord d’une extrême raideur, découvrant petit à petit son corps avant de se laisser aller à la transe, puis se livrant à une séance de purification de toute beauté pour panser les plaies de son amant.

    Moins dans le mélange des genres que la scène, la fosse privilégie la gravité grâce à la lecture assez lente de Kazushi Ono qui, s’il peine parfois à enflammer la texture orchestrale dans des passages déjantés manquant de tranchant (ainsi que d’une partie des effectifs de cuivres requis), scrute, creuse et burine la matière avec une magnifique noirceur et des râles de contrebasses faisant froid dans le dos dans les passages nocturnes.

    Sans oublier quelques climax assénés avec une puissance terrible et un appui des dissonances qui valent au chef japonais la plus belle salve d’applaudissements aux saluts. Des compliments qu’on adressera tout autant à des chœurs maison transcendants, qui n’ont rien perdu de leur éloquence depuis le départ d’Alan Woodbridge.

    Le plateau, enfin, offre quelques belles individualités à défaut de prestations vraiment inoubliables. Ausrine Stundyte, investie dans le rôle-titre de toutes ses fibres, d’une présence physique extraordinaire, pèche par une voix qui bouge, une intonation flottante et une émission trop constamment monobloc, ne laissant filtrer aucune lumière et insistant par trop sur la dureté du personnage.

    En Boris, Vladimir Ognovenko expose les débris d’une technique rudimentaire et une vilaine voix dans le goitre vite absorbée par l’orchestre, malgré un timbre typiquement russe et une vraie authenticité du texte. Il est éclipsé par le Pope de Gennady Bezzubenkov, apportant la même émission puissante et égale, au magnifique creux, à un Vieux bagnard bouleversant de détresse.

    Enfin, si le Zinoviy presque châtié de Peter Hoare et le Sergeï de John Daszak ne sonnent pas très russes, du moins ce dernier assume-t-il l’ambivalence d’un personnage guidé par son entrejambe, tour à tour indolent et conquérant, aux éclats du troisième registre faisant frémir toute créature féminine sur son passage, jusqu’à une Aksinia acidulée et une Sonietka idéalement vulgos, parfaitement en phase avec la scène finale.




    Opéra national, Lyon
    Le 27/01/2016
    Yannick MILLON

    Première à l’Opéra de Lyon de Lady Macbeth de Chostakovitch dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov, sous la direction de Kazushi Ono.
    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Lady Macbeth de Mzensk, opéra en quatre actes et neuf tableaux (1936)
    Livret du compositeur d’après la nouvelle de Nikolaï Leskov

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Lyon
    direction : Kazushi Ono
    mise en scène & décors : Dmitri Tcherniakov
    costumes : Elena Zaytseva
    Ă©clairages : Gleb Filshtinsky
    préparation des chœurs : Philip White

    Avec :
    Ausrine Stundyte (Katerina), Vladimir Ognovenko (Boris), Peter Hoare (Zinoviy), John Daszak (Sergeï), Clare Presland (Aksinia), Jeff Martin (le Balourd miteux), Gennadi Bezzubenkov (le Pope), Almas Svilpa (le Chef de la police), Michaela Selinger (Sonietka), Kwang Soun Kim (un Boutiquier), Paolo Stupenengo (le Portier / l’Employé du moulin / une Sentinelle), Yannick Berne, Brian Bruce, Philippe Maury (trois commis), Philippe Maury (le cocher), Paul-Henry Vila (un Policier / un Sergent), Didier Roussel (le Maître d’école), Hidefumi Narita (un invité ivre).

     



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