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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Version de concert de la Ville morte de Korngold sous la direction de Marzena Diakun à la Maison de la Radio, Paris.

Rutilance et décadence

Les interprètes de cette Ville morte, Klaus-Florian Vogt et Markus Eiche en tête, ont sauvé la décadence démodée de son livret. En version de concert sous la direction de Marzena Diakun, l’opéra de Korngold privé de toute image accuse les splendides délires verbeux de ses personnages autant qu’il souligne la rutilance de son orchestration.
 

Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
Le 30/01/2016
Claude HELLEU
 



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  • La version de concert de la Ville morte proposée par l’Orchestre Philharmonique a souligné ses outrances. Sous la direction souple et précise mais sur-nuancée de la jeune Marzena Diakun, chef assistante au Philhar’ depuis septembre 2015, les interprètes n’ont pas failli aux excès de la partition.

    L’orchestre a flamboyé en nappes sonores inépuisables. Son rôle de premier plan s’impose clairement et visuellement au public alentour de l’Auditorium de Radio France. La splendeur des timbres, la richesse harmonique rutilent. La puissance des tutti, l’engagement des pupitres ne cessent d’exalter un livret écrit sous le pseudonyme de Paul Schott par le compositeur et son père, critique réputé et conservateur, livret inspiré du roman de Rodenbach, Bruges-la-morte.

    Texte projeté, la lecture d’états d’âme éperdus et glauques ne nous en épargne aucune répétition. Mais que ces affres charnelles, dans leur ivresse morbide, sont bien assumées par les chanteurs, partitions sur leur pupitre devant l’orchestre plus ou moins regardées ! Solistes et orchestre s’imbriquent dans une même surenchère de leurs lignes mélodiques, voix larges, précises, éloquentes.

    Klaus-Florian Vogt est Paul. Le timbre magnifiquement projeté, l’entrée du ténor, sans partition, donne vie à la situation auparavant évoquée par une servante quelque peu chevrotante, au vieil ami de Paul, un certain Franck qui succombera lui aussi à la sensualité de Marietta. Superbe vocalité des scènes de plus en plus dramatiques entre celui-ci, le baryton Markus Eiche naturellement convaincant, et le veuf honteusement déchiré par la résurrection de pulsions sexuelles glorifiées malgré lui par le tempérament de son remarquable interprète.

    Difficile d’imaginer l’ivresse de telles pulsions face à la sage Camilla Nylund, dont la voix se perd dans l’orchestre avant de s’épanouir dans des aigus triomphants. C’est quand elle apparaît telle une vision au sommet des gradins que la soprano se révèle. Le chant rayonne alors d’une plénitude mélancolique dont les nuances éclairent enfin le vérisme morbide.

    Heureusement ponctué ici et là d’interventions joyeuses (quatuor de copains coquins de Marietta, fête sacrilège où se pointe Robert le Diable) ou enténébré de manifestations religieuses (procession d’enfants et d’un chœur en prière, évocation onirique qui met Paul à genoux, le merveilleux Klaus-Florian Vogt en perpétuelle extase, le timbre brulant et l’élocution sans faille), le lyrisme égaré des protagonistes épuise l’écoute.

    L’absence de crescendi, la permanence des forte tient par trop à la direction, qui fait s’effondrer la tension sous sa charge. Aucune image n’ombre l’expressionnisme des épanchements. Peu de sons lointains privent du moindre mystère cette ténébreuse histoire où s’uniformisent convoitise et souffrance exacerbées. Les rêves d’un esprit tourmenté disparaissent sous l’expressivité immédiate. L’imagination de Korngold, qui composa aussi beaucoup de musiques de films, réclame plus de non-dits.




    Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
    Le 30/01/2016
    Claude HELLEU

    Version de concert de la Ville morte de Korngold sous la direction de Marzena Diakun à la Maison de la Radio, Paris.
    Erich Wolfang Korngold (1897-1957)
    Die tote Stadt, opéra en trois tableaux
    Klaus-Florian Vogt (Paul)
    Camilla Nylund (Marietta)
    Markus Eiche (Frank / Fritz)
    Catherine Wyn-Rogers (Brigitta)
    Matthias Wolbrecht (le Comte Albert)
    Dabia El Zein (Juliette)
    Yaël Raanan Vandor (Lucienne)
    Jan Lund (Victorin / Gaston)
    Maîtrise de Radio France
    Chœur de Radio France
    préparation : Sofi Jeannin
    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Marzena Diakun

     


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