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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Récital du pianiste Daniil Trifonov dans la série des Grands Solistes au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

La folie Trifonov

Le public en est fou. À juste raison. Car ce jeune pianiste de vingt-cinq ans, lauréat des plus grands concours, nous entraîne dans un univers musical d’un éclat et d’une authenticité irrésistibles. De la démesure, peut-être, mais au service d’un propos musical permanent, jamais dénaturé, toujours bouleversant. Une tornade dans le monde pianistique.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 07/02/2016
Gérard MANNONI
 



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  • D’emblée, tout doit être clair. Il faut d’abord reconnaître combien il est difficile de parler d’un récital comme celui-ci, tant il faut puiser dans sa réserve aux superlatifs, lesquels sont si souvent galvaudés. Et puis, il faut préciser que dans ce cas précis, si l’on parle de technique ahurissante, cela n’a rien à voir avec les mécaniques crépitantes qui hantent tant de salles de concert.

    Chez Trifonov, tout est musique, invention, imagination, plongée au cœur des partitions. Certes, les doigts sont aussi diaboliques que devaient le paraître ceux de Paganini sur les cordes de son violon. Est-ce en rêvant à pareil interprète que Brahms composa ses Variations sur un thème… justement de Paganini ? Si notes et accords déferlent en tempête ou en pluie d’étoiles, si le piano sonne comme un orchestre entier – il le fera encore dans la Première Sonate de Rachmaninov en deuxième partie – tout reste lisible, distinct, la musique coule comme un chant aux inflexions ciselées, renouvelées, toujours justes.

    Elle parle, gronde, s’exclame, se pare de mille couleurs. Rien n’est inutile, même pas la vitesse, prodigieuse dans sa limpidité et le phrasé de ses modulations qui s’appuient sur une accentuation d’une intelligence sans faille. Grande pièce de virtuosité, ces Variations se révèlent dans toute leur dimension de grande pièce romantique, aussi délirante que certaines pages de Berlioz dont l’ardeur est au-delà de toute raison.

    Tout avait débuté par la transcription pour la main gauche de la célèbre Chaconne de Bach signée par le même Brahms. Belle entrée en matière, apaisante par ses structures de cathédrale, même si jamais le piano n’égalera le violon pour en traduire toute la profondeur ni l’impact émotionnel. Suivait la Sonate en sol majeur D. 894 de Schubert. Et là, avant les variations brahmsiennes, on mesurait totalement la magnifique capacité d’expression poétique et d’intériorité pure du jeune pianiste.

    Rien de plus difficile que de traduire tous les aspects du rêve schubertien, avec ses angoisses simples et profondes, ses lueurs d’espoir, le charme de sa thématique d’apparence si simple et d’une dimension intérieure abyssale. Comment à vingt-cinq ans, né et élevé au bout de la Russie, peut-on comprendre et traduire si spontanément cela dans sa totalité ? C’est le mystère des grands interprètes. Et ici, comme un avertissement : avant les myriades de notes de Brahms et la puissance généreuse de Rachmaninov, je sais aussi habiter l’univers si opposé et si complexe d’un Schubert.

    La seconde partie du récital était consacrée à la Sonate n° 1 de Rachmaninov. Trifonov peut y libérer tout ce qu’il y a de russe en lui, dans un flamboiement de couleurs, avec une richesse de son, qui, une fois encore, illustre à son meilleur le grand piano orchestral romantique rêvé notamment par Liszt et Rachmaninov, eux-mêmes animés d’une passion démesurée pour leur instrument dont ils cherchaient à repousser à l’infini les possibilités.

    On sort d’un tel concert un peu sonné, très ébloui et surtout avec une connaissance nouvelle, enrichie, de tout ce qu’on vient d’entendre. Ce n’est pas tellement fréquent…




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 07/02/2016
    Gérard MANNONI

    Récital du pianiste Daniil Trifonov dans la série des Grands Solistes au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Chaconne de la Partita n° 2 en ré mineur BWV 1004
    Arrangement pour la main gauche de Brahms
    Franz Schubert (1797-1828)
    Sonate pour piano en sol majeur D 894
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Variations sur un thème de Paganini
    Sergeï Rachmaninov (1873-1943)
    Sonate pour piano n° 1 en ré mineur op. 28
    Daniil Trifonov, piano

     


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