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CRITIQUES DE CONCERTS 18 novembre 2018

Nouvelle production d’Orfeo de Rossi dans une mise en scène de Jetske Mijnssen et sous la direction de Raphaël Pichon à l’Opéra de Nancy.

Cet obscur objet de désir

Créé devant la cour de Louis XIV en 1647, l'Orfeo de Rossi fut historiquement le premier opéra donné en France. Cette brillante réalisation nancéienne bénéficie d'un plateau vocal de premier plan et de la direction enlevée de Raphaël Pichon. Malgré une mise en scène assez austère, ce spectacle figure parmi les belles réussites de cette saison.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 06/02/2016
David VERDIER
 



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  • En 1644, à la mort de son protecteur le pape Urbain VIII, Luigi Rossi se réfugie en France à l'invitation de Mazarin. Trois ans plus tard naîtra ce qui restera dans l'Histoire comme le premier opéra donné hors de la péninsule. D'une durée de près de six heures, cette commedia per machina est l'occasion d'une débauche de moyens à commencer par l'emploi (inédit) des voix de castrats et des supplémentaires italiens pour seconder les déjà luxueux vingt-quatre violons du Roi. Sur scène, les machineries de Giacomo Torelli répondent alors à la chorégraphie de Giovanni Battista Baldi pour former la plus parfaite démonstration du pouvoir esthétique et politique dont rêvait Mazarin pour le jeune Louis XIV.

    Le livret de Francesco Buti ne se contente pas de reprendre le mythe d'Orphée et d'Eurydice dans la version d'Alessandro Striggio qu'avait utilisée Monteverdi en 1607. La trame fourmille ici de nombreux personnages et intrigues parallèles, que la reconstitution de Miguel Henry et Raphaël Pichon débarrassera fort heureusement de ses ajouts les plus improbables. On se passera aisément par exemple du prologue à la grandeur militaire de la France, ainsi que des interminables scènes de ballet et personnages secondaires. Ceci étant, les deux premiers actes traversent plusieurs tunnels dont la longueur varie en fonction de la faible densité dramatique des noces du jeune couple. L'irruption d'Aristée, amoureux transi et mal conseillé, donne un relief inattendu à une intrigue qui menaçait dangereusement de s'enliser.

    Dans des décors assez uniformément froids (signés Ben Baur), la scénographie de Jetske Mijnssen déploie dans la première partie le charme discret d'une bourgeoisie surannée avec chapeaux emplumés et discussions à l'heure du thé. La morsure du serpent précipite en un tournemain l'intrigue et le climat de fête. Apparaissent d'inquiétants personnages mi-humains mi-oiseaux de nuit, inspirés par Buñuel, Goya ou Leonor Fini. La descente aux enfers est traitée comme une nuit de Walpurgis dans laquelle surgissent les visions hallucinées d'une femme à tête de poisson et d'autres monstres marins plus indéfinissables encore, magnifiés par les costumes de Gideon Davey.

    Le plateau est dominé par la pétulante Francesca Aspromonte, Eurydice monteverdienne le mois dernier sous les ors de Versailles avec John Eliot Gardiner. La liberté du phrasé se conjugue à merveille avec un timbre très aéré, aux couleurs melliflues. Judith Van Wanroij est un Orphée qui sait faire oublier une présence scénique empotée, quand arrive le moment de déclamer sa douleur et de dérouler ses tristes phylactères de notes.

    Aristée de grande classe, Giuseppina Bridelli plonge dans la folie amoureuse avec le désespoir subtil et tendre de celui qui sait sa perte certaine. Des lauriers également pour les excellents rôles secondaires, à commencer par l'impayable Dominique Visse, dont la marâtre rombière l'emporte sur le statique Ray Chenez (Nourrice) ou le falot Victor Torres (père et Charon). Parfaits en mauvais garçons, Marc Mauillon (Momus) et Renato Dolcini (Satyre) se disputent la palme de l'abattage et de la verve assassine. Luigi de Donato (Pluton / Augure) et Giulia Semenzato (Vénus) complètent cette belle galerie de portraits pittoresques.

    La fosse tour à tour rugit, pleure, étincelle… s'ébrouant dans une palette d'affects et de textures proprement confondantes. On tient avec l'Ensemble Pygmalion la phalange idéale pour rendre à ce répertoire la vivacité de ses couleurs et la fierté de ses accents. Coproduit par l'opéra de Bordeaux, le Théâtre de Caen et le l'Opéra royal de Versailles, ce spectacle sera également accessible sur Internet dans le cadre d'une captation officielle.




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 06/02/2016
    David VERDIER

    Nouvelle production d’Orfeo de Rossi dans une mise en scène de Jetske Mijnssen et sous la direction de Raphaël Pichon à l’Opéra de Nancy.
    Luigi Rossi (1597-1653)
    Orfeo, tragicomédie en trois actes (1647)
    Livret de Francesco Buti
    Chœur de l'Ensemble Pygmalion
    Ensemble Pygmalion
    direction : Raphaël Pichon
    mise en scène : Jetske Mijnssen
    décors : Ben Baur
    costumes : Gideon Dravey
    éclairages : Bernd Purkrabek

    Avec :
    Judith van Wanroij (Orfeo), Francesca Aspromonte (Eurydice), Giuseppina Bridelli (Aristeo), Giulia Semenzato (Venere / Proserpina), Luigi de Donato (Augure / Plutone), Ray Chenez (Nutrice / Amore), Renato Dolcini (Satiro), Dominique Visse (Vecchia), Victor Torres (Endimione / Caronte), Marc Mauillon (Momus), David Tricou (Apollo), Alicia Amo, Violaine Le Chenadec, Lucile Richardot (Les trois Grâces), Guillaume Gutiérrez, Olivier Coiffet, Virgile Ancely (Les trois Parques).

     



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