altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2018

Reprise de l'Affaire Makropoulos de Janáček dans la mise en scène de Robert Carsen et sous la direction de Marko Letonja à l'Opéra du Rhin.

Le rouge est mis
© Alain Kaiser

Emilia Marty revient hanter l'Opéra national du Rhin dans la mise en scène de Robert Carsen. Parmi les bonnes surprises de cette reprise strasbourgeoise de l’Affaire Makropoulos, la torrentielle Ángeles Blancas Gulín et la direction sans compromis de Marko Letonja emportent l'adhésion dans un chef d'œuvre exigeant et complexe.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 07/02/2016
David VERDIER
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Grande musique,
    grands interprètes

  • Une leçon de piano

  • Les goûts réunis

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Cette Affaire Makropoulos a été montée il y a cinq ans dans un cycle Janáček imaginé par Marc Clémeur, directeur de l’Opéra national du Rhin, et confié à Robert Carsen. Le metteur en scène canadien signe là une de ses meilleures réalisations (cette reprise étant confiée à son assistante Laurie Feldman), en mettant en avant une utilisation caractéristique de l'espace et des personnages.

    Dans le long prélude, le croisement métaphorique du lieu et du temps théâtral se manifeste dans les nombreux et ultra rapides changements de costumes de la cantatrice Emilia Marty. Entourée d'une armée de costumières, elle se métamorphose successivement en Elisabeth de Valois, Maréchale, Tosca, Rosalinda… puis Turandot. À la présentation chronologique des rôles s'ajoute la vivacité du caractère, soulignée par la mise en abyme d'une scène inversée, avec cette héroïne marchant fièrement vers la rampe de projecteurs qui se découvre en fond de scène.

    En révélant l'artifice du théâtre, Carsen met à distance les imbroglios d'un livret très peu conventionnel. Le personnage de cette affaire judiciaire n'a d'autre identité que la longue série de noms d'emprunt qu'elle utilise depuis près de… trois cents ans. À la fois victime et cobaye d'un élixir de jouvence élaboré par son père médecin à la cour de l'empereur Rodophe II, elle cherche à tout prix à retrouver la formule magique.

    L'intrigue déroule d'infinies complications, sur fond d'héritage contesté et enquête fantastique. La métaphorique présence de Turandot en princesse cruelle et dévoreuse d'hommes sert de ligne rouge à la scénographie. Incapable d'amour, cette Emilia Marty / Elina Makropoulos / Elsa Müller… finira par marcher à la mort, débarrassée de sa perruque et s'effondrant à mi-course du rideau rouge et des projecteurs qui semblaient l'appeler une dernière fois – on pense évidemment au Capriccio de Garnier ou aux Contes d'Hoffmann de Bastille par le même Carsen.

    Ángeles Blancas Gulín écrase le rôle d'Emilia d'une autorité et d'une présence proprement étourdissantes. Tant pis si le métal de la ligne se fait saillant et si les aigus filent droit dans les cintres, la cantatrice tricentenaire trouve ici une interprète à la hauteur des difficultés redoutables du rôle. Déjà présent en 2011, Martin Bárta confirme la solidité de son Baron Prus, tandis qu’Andreas Jaeggi (Hauk-Šendorf) ou Guy de Mey (Vitek) tirent brillamment leur épingle du jeu.

    Albert Gregor en demi-teintes, Raymond Very ne fait pas oublier un rôle assez mal dimensionné pour pouvoir s'imposer facilement. Très contrastée et sonore, la Krista de Sophie Marilley n'a pas la candeur des habituelles jeunes filles qui s'illustrent d'ordinaire dans ce rôle. Enrico Casari en Janek et Enric Martinez-Castignani en avocat Kolenatý sont tous deux parfaits de jeu et d'aisance dans la projection.

    La note de programme nous renseigne sur les intentions de Marko Letonja de revenir à une édition révisée du chef-d'œuvre de Janáček. L’Orchestre philharmonique de Strasbourg est mis à dure épreuve dans une partition aussi touffue que prolixe. Mis à part quelques bavures dans les interventions des bois et des cuivres, le discours est étonnamment clair et lisible malgré la sauvagerie et la tension de la battue.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 07/02/2016
    David VERDIER

    Reprise de l'Affaire Makropoulos de Janáček dans la mise en scène de Robert Carsen et sous la direction de Marko Letonja à l'Opéra du Rhin.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Věc Makropulos, opéra en trois actes
    Livret du compositeur d’après la pièce de Karel Čapek

    Chœurs de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Marko Letonja.
    mise en scène : Robert Carsen
    décors : Radu Boruzescu
    costumes : Miruna Boruzescu
    éclairages : Robert Carsen & Peter Van Praet
    préparation des chœurs : Sandrine Abello

    Avec :
    Ángeles Blancas Gulin (Emilia Marty), Raymond Very (Albert Gregor), Martin Bárta (Jaroslav Prus), Enric Martinez-Castignani (Kolenatý), Guy de Mey (Vitek), Sophie Marilley (Krista), Enrico Casari (Janek), Andreas Jaeggi (Hauk-Šendorf), Peter Longauer (le Machiniste), Nadia Bieber (la Femme de ménage, la Femme de chambre).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com