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CRITIQUES DE CONCERTS 18 février 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation de la pianiste Yuja Wang au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Dans la douleur
© Marco Borggreve

Le tandem Gergiev-Vienne fait partie de ces affiches qui font d’emblée saliver lorsqu’on se souvient de concerts faramineux donnés cette dernière décennie aux quatre coins du globe. Las, ce soir au TCE, l’électricité peine à affleurer tant dans un Tchaïkovski aux instants magiques trop rares que dans un Mozart desservi par la pianiste Yuja Wang.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 12/02/2016
Yannick MILLON
 



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  • Au moment d’écrire quelques lignes désagréables, on rappellera que l’on tient les Wiener Philharmoniker pour LA formation d’exception, le plus bel instrument du monde lorsqu’il est convenablement dirigé, et l’orchestre à qui l’on doit, et de loin, nos plus belles heures au concert, comme peuvent témoigner tant de papiers écrits au cours de ces quinze dernières années, notamment chaque été au festival de Salzbourg.

    On va finir par croire pourtant à la réputation qu’a la Démocratie des rois de ne jamais jouer aussi bien qu’à domicile, c’est-à-dire au Musikverein de Vienne ou au Grosses Festspielhaus de Salzbourg. Le souvenir de moments miraculeux délivrés par cet orchestre de légende avec le tsar de la baguette Valery Gergiev promettait quoi qu’il en soit une soirée électrique, et notamment une Symphonie Manfred de Tchaïkovski à grimper aux rideaux.

    Quelle déception donc devant cette lecture brouillonne, aux strates indistinctes, où le matériau thématique dévolu aux cuivres ne parvient jamais à émerger d’une pâte sonore épaisse – les interventions de trompette et de trombones, noyées dans la masse des cordes –, donnant constamment l’impression de lutter contre la partition !

    D’emblée, l’énoncé laborieux du premier thème du Lento lugubre, comme dévitalisé, annonce la couleur, poussif, sans énergie vitale, de même que des Wiener cherchant leur assise rythmique. C’est que Manfred reste probablement la symphonie la plus libre, la moins aisée de Tchaïkovski techniquement parlant, avec ses jeux d’aller-retour permanents entre premiers et seconds violons, ses parties de bois staccato dentelées à la Mendelssohn, ici indifférentes dans un Vivace con spirito traînard et indolent.

    Surtout, on se demande qui sont toutes ces nouvelles tête dans l’harmonie de cet orchestre que l’on suit régulièrement et dont on croyait avoir assimilé les nouveaux titulaires depuis quelques mois. Car certains pupitres, qu'on pourrait prendre pour des remplaçants dans cette tournée, s’avèrent très en deçà de ce que l’on est en droit d’attendre des Wiener – une clarinette tout sauf gracieuse.

    Pourtant, l’association Gergiev-Vienne, même dans les soirs sans, réserve toujours quelques instants magiques, comme ce torrent de cordes dans la coda du premier mouvement, ces thèmes féminins en sourdine semblant peindre la vie intérieure de la Tatiana d’Eugène Onéguine, ce chant de hautbois mélancolique dans l’Andante con moto ou certaines pages cravachées du Finale, mais toujours ce soir avec l’impression d’un accouchement dans la douleur, très inhabituel pour ces monstres sacrés – le Panorama de la Belle au bois dormant lentissime, presque amorphe, proposé en bis.

    Même si l’on savait pertinemment venir pour cette deuxième partie, l’entrée en matière dévolue au Concerto Jeunehomme de Mozart n’était pas franchement à la fête non plus, avec un orchestre manifestement sous préparé, d’un laisser-aller ne soutenant en rien le jeu sans colonne vertébrale d’une Yuja Wang tâchant de faire sobre malgré quelques coquetteries tenant lieu de rubato, et des coups de patte de la main gauche faisant claquer le clavier au moindre forte.

    C’est que la virtuose chinoise au physique de top model, dans sa robe-fourreau de sirène étincelante façon boule à facettes, s’ennuie ferme dans Mozart, sauf lorsque ce dernier est arrangé, pour des doigts diaboliques, dans la Marche turque délirante selon Arcadi Volodos présentée en bis, après une jolie Mort d’Orphée de Gluck et un incongru Tea for two (version Art Tatum) déclenchant les huées d’un spectateur du balcon. Décidément, même les quelques moments de plaisir de cette soirée devaient être contrariés.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 12/02/2016
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation de la pianiste Yuja Wang au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Concerto pour piano n° 9 en mib majeur K. 271
    Yuja Wang, piano
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie Manfred en si mineur op. 58
    Wiener Philharmoniker
    direction : Valery Gergiev

     


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