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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Nouvelle production d'Alcina de Haendel dans une mise en scène de David Bösch et sous la direction de Leonardo Garcia Alarcòn à l'Opéra des nations, Genève.

Ainsi soi(en)t-elle(s) !
© Magali Dougados

L'Orchestre de la Suisse Romande et la Capella Mediterranea sont réunis sous la direction énergique et emportée de Leonardo Garcia Alarcòn pour une étonnante Alcina donnée à l'Opéra des Nations. Le Ruggiero de Monica Bacelli et le Bradamante de Kristina Hammarström tirent vers le haut une production marquée par l'impitoyable et fouillée mise en scène de David Bösch.
 

Opéra des Nations, Genève
Le 21/02/2016
David VERDIER
 



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  • David Bösch a voulu son Alcina comme l'illustration de la grandeur et décadence d'une femme à la fois aimante et victime. La trame qu'il propose met en avant les ambiguïtés sexuelles, les vexations et les fantasmes de personnages pris au piège d'une complexité qui dépasse le récit de l'Arioste.

    Le monde qu'il nous donne à voir est sans dieux, sans magie noire ou blanche. Alcina est entourée d'une cour de personnages asexués, qu'elle mène par le bout du nez (ou du bec) et nourrit tels des roitelets avec des baies sauvages qu'elle garde dans une bonbonnière. Pas de magie transformatrice façon Katie Mitchell, mais une volière multicolore et disséminée un peu partout sur la scène, d'un sombre uniforme et fuligineux sur laquelle ils composent des petites touches de couleur. Les lumières glaciales de Michael Bauer soulignent très simplement la double circulation des protagonistes de jardin à cour et de l'arrière vers l'avant.

    Très simple et efficace également, cet ADDIO tracé à la craie par Ruggiero sur les panneaux coulissants, comme on écrirait un dernier message au rouge à lèvres sur un miroir. La conclusion de l'ouvrage est placée entièrement sous ce signe fatal. D'humiliations en brimades, le travail de David Bösch donne à voir la difficulté d'une femme à exprimer son désir. Alcina paiera le prix fort pour avoir usé d'artifices pour retenir son amant au-delà du raisonnable.

    Prisonnière de Ruggiero et Bradamante, elle essuiera brûlures de cigarette et vexations et échappera de justesse au bûcher auquel ils la destinaient. Quittant les oripeaux de son charme, la magicienne devient femme et c'est sur cette image magnifique de la neige tombant sur elle (telle la semence divine sur Danaé) que se clôt l'opéra. Les puristes pourront toujours objecter que Mi restano le lagrime n'est pas la véritable conclusion et déplorer l'absence du chœur final, la proposition apporte une profondeur indicible à l'hésitation de Ruggiero au moment de détruire Alcina et son île enchantée.

    En revanche, pas de neige mais des crachats sur la sœur Morgana, minaudant son désir d'enfant au point de paraître insupportablement niaise et détestable aux yeux d'Oronte. Joignant le geste à la parole, Bradamante castre (ou fend ?) le sexe de l'infidèle Ruggiero en marque de punition amoureuse. En marge du féminisme libertin et masochiste de Katie Mitchell, l'approche vise davantage à montrer le désir des personnages sous un jour explicitement désenchanté.

    Antithèse d'une Petibon ou d'une DiDonato, la bien chantante Nicole Cabell place sa voix sur une ligne paradoxalement moins expressive que son jeu d'actrice. On peine à retrouver dans dans Ah! Mio cor! Schernito sei les infinies nuances qui permettent d'insuffler le théâtre dans les mots. Toujours étonnante, malgré quelques faiblesses dans l'endurance et le souffle, Monica Bacelli compose un Ruggiero garçonne et rebelle. On oublie les ornements précautionneux de Sta nell’ircana pour mieux admirer son Verdi prati, sensible et vibrant.

    Le Bradamante de Kristina Hammarström est remarquable de bout en bout, dominant parfaitement È gelosia alors qu'elle doit raccourcir ses notes pour endiguer les tempi vifs-argents de Garcia Alarcòn dans l'impossible Vorrei vendicarmi. Siobhan Stagg peine à convaincre en Morgana acidulée et contondante, affrontant les sauts d'octaves mués en sauts d'obstacles dans l'aigu. Michael Adams (Melisso) emporte sans coup férir la palme des voix masculines, Oronte étant réduit à la portion congrue par les coupes pratiquées dans le livret.

    On aurait pu craindre que la présence conjointe de l'Orchestre de la Suisse romande, associé à des musiciens de la Capella Mediterranea, ne tourne au mariage de la carpe classique et du lapin baroque. Cette greffe étonnante a le mérite de fonctionner, au moins localement : les hautbois (admirable Jérôme Capeille !) se combinent bien aux vents additionnels (cors naturels et flûtes à bec), tandis qu'au cœur de la fosse un continuo de deux clavecins, deux théorbes et viole se porte garant de la l'authenticité des couleurs dans les récitatifs.

    Les cordes pèchent surtout par l'approximation des interventions solistes, ainsi qu'un lissé assez raide et peu homogène auquel Leonardo Garcia Alarcòn impulse une rythmique et une liberté de ton peu commune chez des musiciens peu habitués au répertoire ancien. D'une acoustique assez mate mais très précise, l'Opéra des Nations – luxueux écrin remplaçant le Grand Théâtre indisponible en raison des travaux de rénovation – permet à chacun de trouver ses marques et donne un relief supplémentaire à une production étonnante et courageuse.




    Opéra des Nations, Genève
    Le 21/02/2016
    David VERDIER

    Nouvelle production d'Alcina de Haendel dans une mise en scène de David Bösch et sous la direction de Leonardo Garcia Alarcòn à l'Opéra des nations, Genève.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Alcina, dramma per musica en trois actes (1735)
    Livret anonyme adapté de l'Isola di Alcina de Riccardo Broschi d'après l'Orlando furioso de l'Arioste

    Membres de l'Orchestre de la Suisse Romande et de la Capella Mediterranea
    direction musicale : Leonardo Garcia Alarcòn
    mise en scène : David Bösch
    costumes : Bettina Walter
    décors : Falko Herold
    éclairages : Michael Bauer

    Avec :
    Nicole Cabell (Alcina), Monica Bacelli (Ruggiero), Siobhan Stagg (Morgana), Kristina Hammarström (Bradamante), Anicio Zorzi Giustiniani (Oronte), Michael Adams (Melisso), Erlend Tvinnereim (Oberto).

     



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