altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 31 octobre 2020

Nouvelle production d'Alcina de Haendel dans une mise en scène de David Bösch et sous la direction de Leonardo Garcia Alarcòn à l'Opéra des nations, Genève.

Ainsi soi(en)t-elle(s) !
© Magali Dougados

L'Orchestre de la Suisse Romande et la Capella Mediterranea sont réunis sous la direction énergique et emportée de Leonardo Garcia Alarcòn pour une étonnante Alcina donnée à l'Opéra des Nations. Le Ruggiero de Monica Bacelli et le Bradamante de Kristina Hammarström tirent vers le haut une production marquée par l'impitoyable et fouillée mise en scène de David Bösch.
 

Opéra des Nations, Genève
Le 21/02/2016
David VERDIER
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Saint Fran√ßois SDF

  • Chamboule-tout

  • En attendant G√∂rge‚Ķ

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • David B√∂sch a voulu son Alcina comme l'illustration de la grandeur et d√©cadence d'une femme √† la fois aimante et victime. La trame qu'il propose met en avant les ambigu√Įt√©s sexuelles, les vexations et les fantasmes de personnages pris au pi√®ge d'une complexit√© qui d√©passe le r√©cit de l'Arioste.

    Le monde qu'il nous donne à voir est sans dieux, sans magie noire ou blanche. Alcina est entourée d'une cour de personnages asexués, qu'elle mène par le bout du nez (ou du bec) et nourrit tels des roitelets avec des baies sauvages qu'elle garde dans une bonbonnière. Pas de magie transformatrice façon Katie Mitchell, mais une volière multicolore et disséminée un peu partout sur la scène, d'un sombre uniforme et fuligineux sur laquelle ils composent des petites touches de couleur. Les lumières glaciales de Michael Bauer soulignent très simplement la double circulation des protagonistes de jardin à cour et de l'arrière vers l'avant.

    Très simple et efficace également, cet ADDIO tracé à la craie par Ruggiero sur les panneaux coulissants, comme on écrirait un dernier message au rouge à lèvres sur un miroir. La conclusion de l'ouvrage est placée entièrement sous ce signe fatal. D'humiliations en brimades, le travail de David Bösch donne à voir la difficulté d'une femme à exprimer son désir. Alcina paiera le prix fort pour avoir usé d'artifices pour retenir son amant au-delà du raisonnable.

    Prisonni√®re de Ruggiero et Bradamante, elle essuiera br√Ľlures de cigarette et vexations et √©chappera de justesse au b√Ľcher auquel ils la destinaient. Quittant les oripeaux de son charme, la magicienne devient femme et c'est sur cette image magnifique de la neige tombant sur elle (telle la semence divine sur Dana√©) que se cl√īt l'op√©ra. Les puristes pourront toujours objecter que Mi restano le lagrime n'est pas la v√©ritable conclusion et d√©plorer l'absence du chŇďur final, la proposition apporte une profondeur indicible √† l'h√©sitation de Ruggiero au moment de d√©truire Alcina et son √ģle enchant√©e.

    En revanche, pas de neige mais des crachats sur la sŇďur Morgana, minaudant son d√©sir d'enfant au point de para√ģtre insupportablement niaise et d√©testable aux yeux d'Oronte. Joignant le geste √† la parole, Bradamante castre (ou fend ?) le sexe de l'infid√®le Ruggiero en marque de punition amoureuse. En marge du f√©minisme libertin et masochiste de Katie Mitchell, l'approche vise davantage √† montrer le d√©sir des personnages sous un jour explicitement d√©senchant√©.

    Antith√®se d'une Petibon ou d'une DiDonato, la bien chantante Nicole Cabell place sa voix sur une ligne paradoxalement moins expressive que son jeu d'actrice. On peine √† retrouver dans dans Ah! Mio cor! Schernito sei les infinies nuances qui permettent d'insuffler le th√©√Ętre dans les mots. Toujours √©tonnante, malgr√© quelques faiblesses dans l'endurance et le souffle, Monica Bacelli compose un Ruggiero gar√ßonne et rebelle. On oublie les ornements pr√©cautionneux de Sta nell‚Äôircana pour mieux admirer son Verdi prati, sensible et vibrant.

    Le Bradamante de Kristina Hammarstr√∂m est remarquable de bout en bout, dominant parfaitement √ą gelosia alors qu'elle doit raccourcir ses notes pour endiguer les tempi vifs-argents de Garcia Alarc√≤n dans l'impossible Vorrei vendicarmi. Siobhan Stagg peine √† convaincre en Morgana acidul√©e et contondante, affrontant les sauts d'octaves mu√©s en sauts d'obstacles dans l'aigu. Michael Adams (Melisso) emporte sans coup f√©rir la palme des voix masculines, Oronte √©tant r√©duit √† la portion congrue par les coupes pratiqu√©es dans le livret.

    On aurait pu craindre que la pr√©sence conjointe de l'Orchestre de la Suisse romande, associ√© √† des musiciens de la Capella Mediterranea, ne tourne au mariage de la carpe classique et du lapin baroque. Cette greffe √©tonnante a le m√©rite de fonctionner, au moins localement : les hautbois (admirable J√©r√īme Capeille !) se combinent bien aux vents additionnels (cors naturels et fl√Ľtes √† bec), tandis qu'au cŇďur de la fosse un continuo de deux clavecins, deux th√©orbes et viole se porte garant de la l'authenticit√© des couleurs dans les r√©citatifs.

    Les cordes p√®chent surtout par l'approximation des interventions solistes, ainsi qu'un liss√© assez raide et peu homog√®ne auquel Leonardo Garcia Alarc√≤n impulse une rythmique et une libert√© de ton peu commune chez des musiciens peu habitu√©s au r√©pertoire ancien. D'une acoustique assez mate mais tr√®s pr√©cise, l'Op√©ra des Nations ‚Äď luxueux √©crin rempla√ßant le Grand Th√©√Ętre indisponible en raison des travaux de r√©novation ‚Äď permet √† chacun de trouver ses marques et donne un relief suppl√©mentaire √† une production √©tonnante et courageuse.




    Opéra des Nations, Genève
    Le 21/02/2016
    David VERDIER

    Nouvelle production d'Alcina de Haendel dans une mise en scène de David Bösch et sous la direction de Leonardo Garcia Alarcòn à l'Opéra des nations, Genève.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Alcina, dramma per musica en trois actes (1735)
    Livret anonyme adapté de l'Isola di Alcina de Riccardo Broschi d'après l'Orlando furioso de l'Arioste

    Membres de l'Orchestre de la Suisse Romande et de la Capella Mediterranea
    direction musicale : Leonardo Garcia Alarcòn
    mise en scène : David Bösch
    costumes : Bettina Walter
    décors : Falko Herold
    éclairages : Michael Bauer

    Avec :
    Nicole Cabell (Alcina), Monica Bacelli (Ruggiero), Siobhan Stagg (Morgana), Kristina Hammarström (Bradamante), Anicio Zorzi Giustiniani (Oronte), Michael Adams (Melisso), Erlend Tvinnereim (Oberto).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com