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CRITIQUES DE CONCERTS 20 septembre 2017

Nouvelle production de l’Affaire Makropoulos de Janáček dans une mise en scène de David Hermann et sous la direction de Donald Runnicles à la Deutsche Oper, Berlin.

Herlitzius ne fait pas l’affaire
© Bernd Uhlig

Dix jours à peine après la reprise du spectacle de Robert Carsen à Strasbourg, la Deutsche Oper Berlin présente une nouvelle production de l’Affaire Makropoulos. Evelyn Herlitzius y tient le rôle-titre avec un véritable talent d’actrice, qui n’arrive pas à occulter une voix abîmée et trop peu colorée, ni une mise en scène sans tension ni tempérament de David Hermann.
 

Deutsche Oper, Berlin
Le 19/02/2016
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Evelyn Herlitzius n’a pas les 337 ans du personnage qu’elle interprète, mais la coupure faite depuis son Isolde de Bayreuth l’été dernier ne semble pas avoir suffi à redonner à la voix toute sa vigueur ni tout son métal. Les deux premiers actes passent grâce au talent d’une actrice charismatique et éblouissante, mais le dernier et surtout le monologue final ne permettent plus de masquer une ligne abstraite aux notes parfois gommées ou une absence de couleurs dans l’aigu, loin des exigences vocales du rôle.

    Lui répond l’Albert Gregor de Ladislav Elgr, également bon acteur mais aussi sous-dimensionné pour donner du poids et du lyrisme à son personnage, malgré une bonne projection. On se tourne donc plus facilement vers les deux autres ténors de Paul Kaufmann (Vitek) et Gideon Poppe (Janek) issus de la troupe, et vers les voix plus graves : le Docteur Koletaný engagé de Seth Carico et surtout le Baron Jaroslav Janus très présent de Derek Welton, vocalement clair et coloré. Également dans l’ensemble de Berlin, Jana Kurucová serre parfois ses aigus mais donne une belle ligne à Krista, et le Chor der Deutschen Oper Berlin intéresse dans sa dernière intervention en coulisse.

    L’orchestre n’oublie pas un style germanique dans lequel les coloris manquent de nuances, malgré les remarquables interventions du piccolo. Donald Runnicles approche l’ouverture sans grande légèreté et affine ensuite sa direction pour trouver de beaux climats au dernier acte, et porter superbement tous les thèmes d’amours de la fin du II, réutilisés en 1928 par le compositeur dans son ultime Quatuor Lettres Intimes. Le chef ne va pas jusqu’à imposer la viole d’amour en fosse, comme l’avait proposé Janáček, mais fait superbement ressortir l’alto à sa place, tandis que sur scène, rien ne touche à l’émotionnel.

    David Hermann propose une lecture simpliste de cet avant-dernier chef-d’œuvre lyrique du compositeur tchèque de 71 ans. Au I, une séparation de la scène pour montrer sur le tiers gauche, dans une pièce incendiée, la partie historique de l’histoire d’Elina Makropoulos, par l’intermédiaire d’un double muet en costume d’époque échangeant parfois sa place avec Evelyn Herlitzius dans l’univers de droite. Au II, cinq femmes représentant toutes les vies passées d’Emilia Marty, toutes costumées selon différentes époques, toutes rousses et toutes parées de robes rouges satinées.

    Ces vies réanimées demeureront jusqu’à la scène finale, assistées par leurs doubles amoureux masculins, arrivés eux aussi au II par cinq rideaux différents tout autour de la scène, et semblant jouer une scène porno avec l’héroïne au milieu, avant que l’assistance vidéo de Martin Eldenberger ne crypte une image projetée du décor, à la manière des films pour les non abonnées des chaînes payantes dans les années 1990.

    Ce brouillage revient au dernier acte lors d’une nausée d’Emilia, sans parvenir à créer ni tension ni malaise chez un spectateur gardé à distance par un travail trop réducteur et trop peu millimétré, à l’instar du sigle E.M. développé sur le mur du fond avec tous les noms alternant à vitesse rapide, ou à l’exemple des corps de femmes en transes caricaturales lors du dernier tableau, loin de la sensation des mondes atrophiés ou fanatisés qui bouleversaient chez Marthaler et Warlikowski dans le même ouvrage.




    Deutsche Oper, Berlin
    Le 19/02/2016
    Vincent GUILLEMIN

    Nouvelle production de l’Affaire Makropoulos de Janáček dans une mise en scène de David Hermann et sous la direction de Donald Runnicles à la Deutsche Oper, Berlin.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Věc Makropulos, opéra en trois actes
    Livret du compositeur d’après la comédie de Karel Čapek

    Statisterie und Opernballett der Deutschen Oper Berlin
    Chor der Deutschen Oper Berlin
    Orchester der Deutschen Oper Berlin
    direction : Donald Runnicles
    mise en scène : David Hermann
    décors & costumes : Christof Hetzer
    éclairages : Ulrich Niepel
    vidéos : Martin Eldenberger
    préparation des chœurs : William Spaulding

    Avec :
    Evelyn Herlitzius (Emilia Marty), Ladislav Elgr (Albert Gregor), Paul Kaufmann (Vitek), Jana Kurucová (Krista), Derek Welton (Baron Jaroslav Prus), Gideon Poppe (Janek), Seth Carico (Docteur Kolenatý), Andrew Harris (Un machiniste).

     



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