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CRITIQUES DE CONCERTS 15 octobre 2018

Nouvelle production des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner dans une mise en scène de Stefan Herheim et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.

Wagner recadré
© Vincent Pontet

Avec des idées précises sur la nécessité de révéler autre chose que la vision toujours politisée des Maîtres chanteurs de Wagner, comme l’avait déjà fait Katharina Wagner en 2007 à Bayreuth, le metteur en scène norvégien Stefan Herheim tient habilement son pari en traitant cet opéra en comédie délirante. Une scénographie très riche et un haut niveau musical l’aident à convaincre.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 01/03/2016
Gérard MANNONI
 



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  • Présentée au Festival de Salzbourg 2013 en coproduction avec l’Opéra de Paris, cette production novatrice, originale mais solide, a reçu un excellent accueil à la Bastille. Visiblement inspirée et justifiée par le grand monologue de Hans Sachs, Wahn ! Wahn ! Überall Wahn (Illusion ! Leurre ! Folie partout), qui suit les délires de la nuit de la Saint-Jean précédente, Stefan Herheim propose la vision d’un monde déjanté, dominé par la personnalité exaltée d’un Sachs-Wagner en pleine ébullition créatrice. L’idée de montrer ce dernier pendant l’ouverture dans une agitation assez frénétique mimant les élans de la musique n’est pourtant pas la meilleure idée de la soirée, mais tout s’arrange vite.

    Les Maîtres chanteurs qui prônent, c’est vrai, la supériorité de l’art allemand, ont très vite été récupérés par les nationalistes et assimilés à une sorte de nazisme artistique. Leur représentation a donc oscillé, notamment en Allemagne et surtout à Bayreuth, entre des productions prudentes, purement décoratives et conventionnelles comme celle de Rudolf Hartmann pour le Nouveau Bayreuth en 1951, vite remplacée dès 1956 sur la Colline par l’approche de Wieland Wagner, poétique, assez abstraite, jugée en un premier temps scandaleuse, mais devenue ensuite une référence par sa sobriété, sa poésie et... ses brillantes distributions.

    Lui succédèrent entre 1968 et 2001 trois productions successives signées Wolfgang Wagner, directement figuratives et que d’aucuns trouvèrent trop conventionnelles à nouveau et trop évocatrices des fêtes de la bière. Il y a quelques années, une version en concert dirigée par James Conlon dans cette même Bastille avait prouvé qu’à la limite, la musique pouvait se suffire à elle-même.

    Mais ne noyons pas notre plaisir dans trop de souvenirs contradictoires. Ici, tous les ressorts de la comédie sont largement exploités, parfois même trop, mais cela a toujours un sens et fonctionne très bien. Dans des décors surdimensionnés, surchargés d’accessoires mais imaginatifs et fort bien utilisés, avec des costumes amusants colorés et en même temps sans ambitions iconoclastes, l’histoire est en fin de compte sagement racontée.

    Les véritables enjeux du texte et de la musique sont respectés et clairement mis en scène, défense de la poésie, de l’audace en art sans en renier l’héritage du passé, sorte de lutte à la germanique des anciens et des modernes, représentations de plusieurs caractères de forte portée théâtrale : Beckmesser, David, Sachs bien sûr. Et aussi tous ces chœurs omniprésents, enrichis de cette intrusion des personnages des contes, présence aussi délirante que tout ce qui se passe dans le II et dosée avec astuce, sans excès, apportant une note de couleur et de fraîcheur supplémentaire. Bref, on s’amuse comme il le faut, autour de cette histoire d’amour qui serait convenue sans les délires des uns et des autres, et l’on ne peut nier que l’œuvre soit vraiment une comédie, même avec sa part de propos sérieux. Comme chez Shakespeare et même Molière.

    Philippe Jordan dirige cette partition monumentale avec une brillante intelligence, conscient de ses équilibres, de ses excès, conservant à l’orchestre une plastique sonore permanente d’une exceptionnelle qualité. Avec une telle mise en scène, il ne peut que jouer le jeu de l’allégement chaque fois que c’est possible, c’est-à-dire souvent, y compris en dehors des passages connus pour leur délicatesse chambriste comme le quintette du III. Les chœurs sont fantastiques de présence scénique et de perfection musicale, aussi bons comédiens que chanteurs.

    Sans que l’on puisse parler d’une grande distribution vocale, il faut reconnaître qu’elle est équilibrée et homogène. Excellent groupe de Maîtres, avec le Pogner très présent de Günther Groissböck. Gerald Finley n’est certes pas un Sachs sombre comme ceux de jadis, mais il chante à la perfection et campe un personnage extrêmement bien conçu, d’une vraie vie théâtrale. Parfait Beckmesser de Bo Skovhus, lui aussi tellement bon comédien, tout comme le David de Toby Spence et la Magdalene de Wiebke Lehmkuhl, jeune et pimpante On a connu des couples Walther-Eva aux voix plus séduisantes que celles de Brandon Jovanovich et Julia Kleiter. Faute de vrai charme, ils ont de la vaillance, de la conviction et sont très plausibles dramatiquement.

    L’ultime scène, avec ces costumes colorés, ce retour furtif des contes, est d’une belle envolée, finalement assez conventionnelle à sa manière, mais qui porte bien le message final de Sachs et l’enthousiasme général dans une folle gaîté. Une belle production, donc, dont les côtés farfelus séduisent car ils sont traités par un véritable homme de théâtre et défendus par de remarquables chanteurs comédiens. Le public a adoré et pour une fois, l’équipe de production a pu saluer sous les mêmes applaudissements que ceux réservés aux chanteurs, malgré un ou deux sifflets intempestifs que l’on oubliera bien volontiers.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 01/03/2016
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner dans une mise en scène de Stefan Herheim et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Meistersinger von Nürnberg, opéra en trois actes (1868)
    Livret du compositeur

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Stefan Herheim
    décors : Heike Scheele
    costumes : Gesine Völlm
    éclairages originaux : Olaf Freese récréées par Phoenix et Stefan Herheim
    préparation des chœurs : José Luis Basso

    Avec :
    Gerald Finley (Hans Sachs), Günther Groissböck (Veit Pogner), Dietmar Kerschbaum (Kunz Vogelgesang), Ralf Lukas (Konrad Nachtigall), Bo Skovhus (Sixtus Beckmesser), Michael Kraus (Fritz Kothner), Martin Hormich (Barthazar Zorn), Stefan Helbach (Ulrich Eisslinger), Robert Wörle (Augustin Moser), Miljenko Turk (Herman Ortel), Panajotis Icinomou (Hans Schwarz), Roman Astakhov (Hans Foltz), Brandon Jovanovich (Walther von Stolzing), Toby Spence (David), Julia Kleiter (Eva), Wiebke Lehmkuhl (Magdalene), Andres Bauer (Ein Nachtwächter).

     



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