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CRITIQUES DE CONCERTS 22 août 2018

Diptyque Iolanta/Casse-Noisette de Tchaïkovski mis en scène par Dimitri Tcherniakov et les chorégraphes Sidi Larbi Cherkaoui, Edouard Lock & Arthur Pita, sous la direction d’Alain Altinoglu à l’Opéra de Paris.

La Grande salade russe
© Agathe Poupeney

En choisissant de réunir, comme lors de leur création, Iolanta et Casse-Noisette de Tchaïkovski et en confiant à trois chorégraphes contemporains les différents tableaux du ballet, on a réuni le meilleur et le pire sans donner une vraie cohérence à l’ensemble. La musique s’impose, même confrontée à des images grotesques à l’occasion.
 

Palais Garnier, Paris
Le 11/03/2016
Gérard MANNONI
 



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  • Un spectacle long, parfois lourd, où tout se côtoie, images fortes, beaux passages chorégraphiques, d’autres à jeter sans regrets, belles voix et vision convaincante de l’opéra lui-même. On se demande pourtant ce que l’on a cherché à faire. Simplement éradiquer la tradition sucrée et souvent niaise liée au ballet, exception faite de la somptueuse production Noureev de l’Opéra et de quelques rares autres dont celle de Neumeier ?

    Sous cet angle, c’est plutôt réussi, encore que certains contemporains comme Jean-Christophe Maillot aux Ballets de Monte-Carlo aient signé de belles chorégraphies en la matière. Donner une unité aux deux œuvres sous prétexte que leurs partitions ont de nombreuses similitudes musicales ? Là, c’est carrément raté, car chaque chorégraphe ayant son univers propre, de plus sans rapport avec celui de Tcherniakov qui signe une solide mise en scène de Iolanta, c’est à un kaléidoscope que l’on assiste, traversé par la malheureuse Marie à la poursuite de son Prince-Vaudémont. On comprend son désarroi, car une chatte n’y retrouverait pas ses petits.

    Concernant l’opéra Iolanta même, Tcherniakov, qui aime bien prendre les œuvres par les sens interdits, a choisi de situer l’action dans l’huis-clos d’un salon bourgeois cossu et tout blanc plutôt que dans les jardins fleuris voulus par Tchaïkovski. Pourquoi pas ? C’est une plausible illustration de l’enfermement dans lequel se trouve la jeune fille aveugle, avec ces deux suivantes-infirmières, vague évocation, peut-être, de certains hôpitaux psychiatriques d’un passé soviétique pas si éloigné.

    On y entre et on en sort aussi bien par les vastes fenêtres que par les portes, mais, une fois admis que le Roi René d’Aix-en-Provence est un riche bourgeois russe du siècle passé, tout fonctionne bien, d’autant que la direction d’acteur est très précise, chacun étant fortement caractérisé et défini dans les moindres détails de son comportement. Les voix sont toutes bonnes, celle de Sonya Yoncheva, dans le rôle-titre, sublime, les autres, ténors et basses, riches de timbre, expressives et de couleurs variées. Tout le monde joue bien et Alain Altinoglu, sans excès de délicatesse, mène rondement cette partition d’un lyrisme généreux.

    Après un entracte intervenant quelques minutes avant la fin de l’opéra, on repart du salon bourgeois pour basculer dans le rêve de Marie-Iolanta, incarnée par la danseuse Marion Barbeau, excellente même dans les passages les plus incongrus qu’elle défend avec foi. C’est l’héroïne de Casse-Noisette dans la tête de qui tout cela se passe et qui part à la recherche de Vaudémont désormais incarné à merveille par l’étoile Stéphane Bullion.

    Le chorégraphe sud-africain d’origine portugaise formé à Londres Arthur Pita n’a qu’une scène du ballet en charge, l’anniversaire de Marie. C’est une joyeuse fête à la pagaille bien organisée, avec chaises musicales, applaudissements, cris et jeux divers. Amusant, déjanté, et pas mal venu même si l’on craint à un moment de voir surgir la danse des canards. Mais non, on y échappe !

    Pour tenter d’être être clair, saluons la très grande qualité de toutes les vidéos et regroupons les interventions des deux autres chorégraphes. Celles signées Edward Lock, qui fut créateur en 1980 du groupe La La La Human Steps, concernent les séquences de la Nuit (alias bataille des rats), plus tard de la Forêt et du Divertissement correspondant au Voyage dans la version originale.

    C’est pathétiquement grotesque, vulgaire et sans la moindre inspiration. Danseurs agités de mouvements hystériques et convulsifs, danseuses qui se grattent le corps partout partout à pleines mains et relèvent leur jupe pour montrer leurs jambes, aussi risible que répétitif et plat. Cette pauvre Marie perdue dans une superbe forêt virtuelle pourtant totalement magique semble prise d’une crise d’urticaire. À oublier au plus vite.

    À retenir, en revanche, les passages signés Sidi Larbi Cherkaoui, originaux, bien imaginés, mêlant les générations dans une gestuelle élégante, fine, et originale pour la Valse des fleurs, situant celles des Flocons dans un univers glacial et désespéré perdu dans une virtuelle et effroyable tempête de neige et surtout créant deux magnifiques pas de deux dont celui de la fin, fluide, sensuel, aérien, bien dans la musique, à faire oublier les prouesses techniques des versions traditionnelles. Il se tire moins bien des variations, mais le reste est tellement beau qu’il est pardonné.

    Pas facile pour Alain Altinoglu de diriger une musique illustrée par des images aussi différentes. Il a certes tendance à ne pas estomper les aspects parfois un peu clinquants de cette magnifique partition, mais l’ensemble a de la vie, et chaque pupitre met en valeur l’étonnante orchestration de Tchaïkovski. Un spectacle complexe, riche, qui manque en partie son but, mais propose de bien beaux moments de chant, de musique et aussi de danse.




    Palais Garnier, Paris
    Le 11/03/2016
    Gérard MANNONI

    Diptyque Iolanta/Casse-Noisette de Tchaïkovski mis en scène par Dimitri Tcherniakov et les chorégraphes Sidi Larbi Cherkaoui, Edouard Lock & Arthur Pita, sous la direction d’Alain Altinoglu à l’Opéra de Paris.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Iolanta/Casse-Noisette
    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Alain Altinoglu
    mise en scène et décors : Dmitri Tcherniakov
    chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui, Edouard Lock & Arthur Pita
    costumes : Elena Zaitseva
    éclairages : Gleb Filshtinsky
    video : Andrey Zelinin
    préparation des chœurs : Alessandro di Stefano

    Avec :
    Iolanta : Alexander Tsymbalyuk (Le Roi René), Sonya Yoncheva (Iolanta), Arnold Rutkowski (Vaudémont), Andrei Jilikovschi (Robert), Vito Priante (Ibn-Hakia), Roman Shulakov (Almeric), Gennady Bezzubenkov (Bertrand), Elena Zaremba (Martha), Anna Patalong (Brigitta), Paolo Gardina (Laura).
    Casse-Noisette : Marion Barbeau (Marie), Stéphane Bullion (Vaudémont), Nicolas Paul (Drosselmeyer), Aurélien Houette (Le Père), Alice Renavand (La Mère), Takeru Coste (Robert), Caroline Bance (La Sœur).

     



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