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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Concert d’Anima Eterna Brugge sous la direction de Jos van Immerseel, avec la participation de la violoniste Chouchane Siranossian et de la pianiste Claire Chevallier à l’Auditorium de Dijon.

Ravel ravivé

Un Boléro historiquement informé avec le tempo d’un Celibidache. Vous en rêviez ? Immerseel l’a fait ! Soirée d’orchestre grisante à l’Auditorium de Dijon où le chef flamand remodèle les couleurs vives et scrute les zones d’ombre de l’orchestration ravélienne, réinventant pour des tubes du répertoire une dramaturgie plus complexe, moins uniment solaire.
 

Auditorium, Dijon
Le 11/03/2016
Yannick MILLON
 



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  • Ravel orchestrateur de génie, on connaît la chanson. Ravel maître des textures instrumentales solaires, on le savait aussi. Et alors que le recours aux instruments anciens permet souvent de retrouver la franchise des couleurs sous la patine du temps, telle la Chapelle Sixtine avant et après restauration, on se demandait quelle révélation pourrait nous frapper lorsque Jos van Immerseel et son orchestre sur instruments d’époque Anima Eterna allaient s’attaquer à ce répertoire pas si éloigné de nous.

    Par un judicieux effet de renversement, ce n’est pas tant l’éclat des couleurs qui saisit que la redécouverte de tout un pan de sonorités souvent étouffées dans les graves affleurant soudain en un sentiment de malaise redéfinissant le sens même de la dramaturgie ravélienne, porteuse in fine d’un message plus ambigu. Dans le Boléro, Immerseel opte pour la lenteur, proche d’un Celibidache, mais tout simplement conforme aux deux enregistrements du compositeur lui-même.

    Imperturbable, très assise dans un statisme plein de mystère, la pulsation s’installe en campant d’emblée un climat loin de la jubilation ibérique traditionnelle. À l’opposé du soleil rêvé de la péninsule, on aurait tendance à crever de la chaleur caniculaire de cette Andalousie qui menace sans cesse la vie végétale. On lorgnerait plutôt du côté de Soleil vert. Et le poids des pizz de contrebasses, la sensation de puits sans fond du contrebasson, ces violons non-vibrés, comme assoiffés, qui n’écrasent jamais l’harmonie dont on redécouvre le génie des mixtures, sont tout simplement grisants.

    La battue, d’une économie de moyens qui pourrait passer pour un manque d’implication, réserve ses éclats à une modulation finale en mi majeur dantesque, aux percussions ravivant les pires cauchemars tribaux, dignes du Sacre du printemps. La Rhapsodie espagnole qui suit sonnera avec la même modernité, ouvrant un espace de sonorités glauques génialement mises en lumière, dans un mélange de cuivres graves et de gong pétrifiant, laissant présager les dangers d’un monde beaucoup plus sauvage qu’on le croirait de prime abord.

    Fantomatique, la Habanera possède une finesse de traits à se damner, face aux nuances millimétrées d’un Prélude à la nuit angoissant comme rarement, et à une Feria conclusive en rien joviale. C’est tout une part de la psychologie ravélienne qui revient à la surface à travers cette manière de déceler du malaise sous des atours séduisants. Il est jusqu’à Tzigane, admirablement défendu par la jeune violoniste arménienne Chouchane Siranossian, dont le jeu met l’accent sur les ruptures de ton, sur l’étrangeté, de se parer d’atmosphères sonores entêtantes – avant de très généreux Airs bohémiens de Saraste, avec orchestre, proposés en bis.

    On regrettera donc que tant de richesses, de profondeurs psychanalytiques, échappent aux Nuits dans les jardins d’Espagne de Manuel De Falla, dont l’univers paraît en comparaison bien simpliste et purement pittoresque, malgré le magnifique Erard de 1905 résonnant sous les doigts de Claire Chevallier, qui opte pour le piano obbligato plutôt que pour le rôle de véritable soliste concertant.

    Cap sur l’Europe centrale enfin avec la Rhapsodie roumaine n° 1 d’Enesco, page la plus célèbre d’un compositeur qui avait fini par souffrir du succès démesuré de cette pièce de caractère dont raffolent chefs et orchestres depuis un siècle. Là encore, plutôt que la pure virtuosité, Immerseel cherche à déceler des alliages inattendus, des couleurs Mitteleuropa, tournant le dos aux chocs de timbres et à l’avancée à la cravache que les plus grands chefs hongrois, tchèques et roumains ont toujours su insuffler à la partition.

    Aucun excès de vitesse donc dans cette lecture prenant le temps nécessaire à l’articulation des thèmes sans que l’on souffre à un aucun moment d’un manque de tension ou d’énergie, avec même quelques tutti enthousiasmants de caractère dansé. Point final d’une soirée exemplaire, où l’on n’aura en rien perdu son temps face aux grandes artères du répertoire symphonique.




    Auditorium, Dijon
    Le 11/03/2016
    Yannick MILLON

    Concert d’Anima Eterna Brugge sous la direction de Jos van Immerseel, avec la participation de la violoniste Chouchane Siranossian et de la pianiste Claire Chevallier à l’Auditorium de Dijon.
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Boléro
    Rhapsodie espagnole
    Tzigane
    Chouchane Siranossian, violon
    Manuel De Falla (1876-1946)
    Nuits dans les jardins d’Espagne
    Claire Chevallier, piano
    Georges Enesco (1881-1955)
    Rhapsodie roumaine n° 1 op. 11
    Anima Eterna Brugge
    direction : Jos van Immerseel

     


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