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CRITIQUES DE CONCERTS 18 février 2018

Nouvelle production d’Idoménée de Mozart dans une mise en scène de Christophe Gayral et sous la direction de Sergio Alapont à l’Opéra national du Rhin, Strasbourg.

Sous les intentions, la plage
© Alain Kaiser

Semi déception pour cette nouvelle tentative de monter Idomeneo sur une scène française. Une approche hésitant entre épure et premier degré peine à convaincre malgré les qualités intrinsèques de plusieurs protagonistes et de la fosse dirigée par le jeune Sergio Alapont. L'insaisissable ouvrage échappe une fois de plus aux bonnes intentions censées en résoudre la complexité.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 17/03/2016
David VERDIER
 



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  • Dans l'entretien qu'il nous a accordé il y a quelques semaines, Christophe Gayral nous parlait de son amour de la scène et sa manière d'aborder l'opéra comme du théâtre chanté. Confronté au défi de l'opera seria mozartien, cette approche produit un résultat mitigé et laisse le spectateur au milieu du gué.

    L'abstraction épurée des décors de Barbara de Limburg est au centre du dispositif visuel qui tend à simplifier et suggérer les espaces pour mieux se concentrer sur l'action. Deux pans de murs mobiles suffisent à imaginer ici les murs d'un palais, là les geôles sordides ou la plage crétoise. La conséquence directe porte sur la projection des voix, en grande partie modulée en fonction de la position des interprètes par rapport aux cloisons. Les chœurs couvrent souvent les solistes, tandis que les interventions en fond de scène peinent à passer l'orchestre.

    On doit en revanche aux lumières de Philippe Berthomé de faire subtilement varier les contrastes et les arrière-fonds, n'hésitant pas à transformer la scène du monstre marin en extrait de Nosferatu revu et corrigé par Jacques Tati. On regrette cependant que le jeu d'acteur – en partie souligné par l'extrême lisibilité manichéiste des costumes noirs et bleus cobalt – se borne à une vision assez binaire de l'action et des protagonistes.

    Si musicalement l'ombre de la Flûte enchantée plane sur la partition, le parti pris consistant à faire du couple Idamante-Ilia et la méchante Elettra un symétrique de Tamino-Pamina et Reine de la nuit se borne à une intention qui peine à transparaître dans le résultat scénique. Le choix d'un ténor pour Idamante œuvre sans doute à ce rapprochement mais fait regretter en partie l'absence d'un mezzo – plus à même de rendre les accents et la ligne du rôle.

    L'impressionnante copie grand format de la statue du dieu de l'Artémision sert de marqueur visuel majeur, incarnant l'ordre ancien : celui des croyances et des superstitions. Premier représentant de ce monde bientôt disparu, Idoménée arpente la scène égrenant un chapelet et murmurant d'énigmatiques prières. La figure d'Elettra rejoint le long cortège des sorcières maléfiques, n'hésitant pas à sortir du sable une poupée à l'effigie de sa rivale Ilia pour y planter une épingle à cheveux.

    C'est d'ailleurs dans ce même sable qu'elle finira par s'ensevelir tout entière et disparaître corps et âme. La naïveté assumée de cette conclusion s'accompagnera par le démontage de la statue de Poséidon, remplacée par des Crétois enfin libérés du poids des rites et de la peur des monstres. Apparaissent alors frisbees, chapeaux de paille et nappes de pique-nique ; on célèbre avec chips et bonnes bouteilles la disparition de cet ordre ancien dans une imagerie qui ne déplairait pas à un Laurent Pelly !

    Le plateau assez inégal est dominé par la performance majeure de l'Elettra de Agneta Eichenholz. La soprano suédoise domine son sujet, dégageant les contours de son Tutte nel cor vi sento avec une précision quasi chirurgicale, avant de se consumer dans les aigus du D'Oreste, d'Ajace. Judith Van Wanroij est une Ilia de belle tenue, se ménageant dans le périlleux Padre, germani, addio pour mieux s'attendrir dans les très botticelliens Zeffiretti lusinghieri.

    Très expressive dans l'incarnation, elle contraste avec l'Idamante à fleur de notes de Juan Francisco Gatell. Le ténor argentin campe un prince assez boutonné et d'une sensibilité assez distante. Malgré un dernier acte moins exposé et plus favorable, Maximilian Schmitt trouve rapidement ses limites au II dans les ornements incandescents de Fuor del mar, la ligne savonnée et le registre supérieur dans le masque. Déception également pour la Voce de Nathanaël Tavernier, détimbrant sa courte et périlleuse intervention tandis que ni le Grand Prêtre d'Emmanuel Franco ni surtout l'Arbace de Diego Godoy, bien ménagé par les coupures, ne laissent un souvenir impérissable.

    Les saisissants et remarquables Chœurs de l'Opéra national du Rhin donnent un sérieux motif de satisfaction – bien secondés par la direction attentive du jeune Sergio Alapont, manœuvrant dans les méandres et les faux-semblants de cette écriture seria. Si les cordes de l'Orchestre symphonique de Mulhouse sont assez timorées dans les passages dramatiques, faute d'un rayonnement et d'un impact suffisants, cuivres et petite harmonie tirent habilement leur épingle du jeu. Remplaçant au pied levé Hervé Niquet initialement prévu, le chef espagnol n'a pas manqué de se faire remarquer.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 17/03/2016
    David VERDIER

    Nouvelle production d’Idoménée de Mozart dans une mise en scène de Christophe Gayral et sous la direction de Sergio Alapont à l’Opéra national du Rhin, Strasbourg.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Idomeneo, dramma per musica en trois actes KV 366 (1781)
    Livret de Giambattista Varesco

    Chœurs de l'Opéra national du Rhin
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Sergio Alapont
    mise en scène : Christophe Gayral
    décors : Barbara de Limburg
    costumes : Jean-Jacques Delmotte
    éclairages : Philippe Berthomé

    Avec :
    Maximilian Schmitt (Idomeneo), Juan Francisco Gatell (Idamante), Judith Van Wanroij (Ilia), Agneta Eichenholz (Elettra), Diego Godoy-Gutiérrez (Arbace), Emmanuel Franco (Il Gran Sacerdote), Nathanaël Tavernier (La Voce).

     



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