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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2018

Neuvième Symphonie de Mahler par l’Orchestre de la SWR Baden-Baden und Freiburg sous la direction de Günther Herbig à l’Auditorium de Dijon.

Sans rancune

À l’issue de cette très belle exécution mahlérienne, on est partagé entre l’émotion d’entendre l’un des meilleurs orchestres de radio allemand pour la dernière fois et la colère contre les décideurs politiques ayant programmé la fusion avec l’Orchestre de la Radio Stuttgart d’une phalange qui a tant œuvré pour la musique moderne.
 

Auditorium, Dijon
Le 16/03/2016
Yannick MILLON
 



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  • Il n’y a rien eu à faire contre la sottise des gouvernants de notre époque qui n’ont jamais pris la mesure, avec leur vision comptable étriquée, du vide écrasant que laisserait la disparition de l’Orchestre de la SWR de Baden-Baden und Freiburg, prochainement fusionné avec celui, si différent de tradition, de la Radio de Stuttgart, où les tripatouillages romantiques rarement aboutis de Sir Roger Norrington ont emmené les musiciens aux antipodes des terres fertiles de la création et de l’excellence dans l’exécution de la musique du XXe siècle qui a toujours été la spécificité même de la SWR.

    À Salzbourg, en août 2013, Michael Gielen donnait à sa tête une Sixième Symphonie de Mahler anthologique, moderniste jusqu’à la fureur, d’une noirceur indélébile, qui dénotait une envie de se battre chez des musiciens faisant alors leur possible pour sensibiliser le public, en dehors même de la musique, à leur situation. Trois ans plus tard, las quoique jamais démissionnaires et jusqu’au bout du plus parfait professionnalisme, les frontaliers semblent avoir accepté leur destin.

    Grâce soit donc rendue à Laurent Joyeux, directeur de l’Opéra de Dijon, de les avoir soutenus jusqu’au bout de leur agonie musicale, en programmant cette saison trois ultimes concerts dévolus à Mahler que le vieux maître autrichien devait au départ diriger, avant de renoncer en raison de forces défaillantes. Mais celui qui a choisi personnellement chacun des chefs prévus pour le remplacer a tenu à honorer la tradition allemande en confiant, pour le tout dernier concert de l’orchestre à Dijon, la Neuvième à Günther Herbig.

    Pour les discophiles, le nom de Herbig est souvent associé à l’ancienne maison du bloc de l’Est Berlin Classics, pour qui il a beaucoup enregistré, dans la même écurie qu’Herbert Kegel, avec qui le grand public le confond souvent, au point de le croire disparu depuis longtemps comme ce dernier. Du haut de ses 84 ans, Herbig, héritier d’une tradition en passe de disparaître, celle des Kapellmeister enfermés de l’autre côté du rideau de fer, défend encore les couleurs d’un Mahler élevé au confluent des influences.

    Battue à quatre temps limpide jusque dans les plus complexes développements rubato de l’Andante comodo initial, le premier mouvement aborde le seuil de la mort avec une forme de résignation sans noirceur, acceptant son sort sans tension excessive, avec une mise en valeur des cuivres graves de la plus belle matière et des cordes se refusant à toute densité extrême. L’architecture globale souffrirait ici ou là d’un certain morcellement, mais l’intelligence de la pâte sonore, typiquement mahlérienne, et le respect des rouages de la dramaturgie, sans la moindre velléité de coquetterie tant à la mode, entraînent une adhésion sans réserve.

    Né dans l’actuelle République tchèque, Herbig défend un Ländler aux racines brucknériennes, lent, sculpté et assumant fièrement son origine terrienne, phrasé très long aux cordes, et assez peu vertical dans le deuxième motif, mais en écho génialement pensé du premier mouvement dans le troisième motif, rêveur, assis dans l’herbe à contempler l’effet du vent dans les arbres ou un ciel d’été mouvant très Europe centrale.

    Un moment envisagé comme un manque d’énergie du chef, ce deuxième mouvement révèle sa vraie nature a posteriori, quand la terrible machine orchestrale du Rondo Burleske se met en route, d’emblée plus nerveuse et cassante, univers aussi urbain que le précédent était rural, avec une pulsation d’une tension sous-jacente permanente, et des chocs de timbres portés à leur paroxysme après un épisode central à la trompette idéale de rêverie.

    Mais surtout, l’Adagio final montre à quel point Herbig en avait gardé sous la semelle, en exigeant des cordes un torrent de lyrisme, un jeu tendu, très au talon de l’archet, en écho inversé d’un premier mouvement dans l’acceptation de la fatalité quand la mort fait ici mal au point de se révolter, de s’accrocher à la vie, avec cette densité de la pâte sonore du quintette qui n’appartient qu’aux formations d’outre-Rhin. Le contrôle du vibrato, quasi inexistant dans les nuances ténues, ferait même penser à la désolation des Chostakovitch de Kurt Sanderling, ce qui n’est pas une mince comparaison.

    Ces racines orchestrales d’antan, très éloignées bien entendu de l’art infinitésimal si subtil et choyé, à juste titre, d’un Abbado, n’en possède pas moins un pouvoir d’attraction sonore comme émotionnel à nos oreilles intact, et d’autant plus en situation pour cet adieu d’un orchestre qui aura joué jusqu’au bout sans rancune, avec une passion humaine et une authentique tradition mahlérienne. Comme elles manqueront désormais dans le paysage orchestral européen !




    Auditorium, Dijon
    Le 16/03/2016
    Yannick MILLON

    Neuvième Symphonie de Mahler par l’Orchestre de la SWR Baden-Baden und Freiburg sous la direction de Günther Herbig à l’Auditorium de Dijon.
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 9
    SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg
    direction : Günther Herbig

     


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