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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2019

Nouvelle production de la Juive d’Halévy dans une mise en scène d'Olivier Py et sous la direction de Daniele Rustioni, dans le cadre du Festival pour l’Humanité de l'Opéra de Lyon.

Festival pour l’humanité (1) :
Une renaissance

© Bertrand Stofleth

Belle réussite que cette Juive de Fromental Halévy donnée à l'Opéra de Lyon à l'occasion du bien nommé Festival pour l'Humanité. Si la mise en scène d'Olivier Py ne surprend pas grand monde en imposant des codes bien connus, on se plaira à découvrir un plateau vocal de qualité, bien soutenu en fosse par le geste éclatant de Daniele Rustioni.
 

Opéra national, Lyon
Le 19/03/2016
David VERDIER
 



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  • Le Festival pour l'Humanité organisé par l'Opéra de Lyon est l'occasion de saluer le retour sur scène d'un des joyaux du Grand Opéra à la française. Avec la Juive de Fromental Halévy renaît une époque de la vie musicale où la fréquentation de l'opéra s'apparentait à celle des salles de cinéma et des films à grand spectacle quelques années plus tard. On venait alors admirer dans des décors dispendieux et gigantesques, des péripéties à l'improbabilité délirante sinon revendiquée du moins totalement assumée.

    Si le style du livret d'Eugène Scribe ne se démarque pas des ouvrages littéraires et des vaudevilles à la mode, il sert de modèle à bon nombre de compositeurs montés faire carrière à Paris durant la Monarchie de Juillet. Contemporain des Puritains et de Lucia di Lammermoor, la Juive aura un tel retentissement qu'on retrouvera encore des allusions et des références plusieurs décennies après – la plus célèbre dans la Recherche du Temps perdu avec la fameuse citation Rachel quand du Seigneur… que le narrateur utilise pour évoquer la maîtresse de Robert de Saint-Loup.

    La signature visuelle du décor de Pierre-André Weitz impose moins un univers qu'une convention – convention dans laquelle la scénographie d'Olivier Py souscrit et répond par le déploiement d'artefacts, gestes et images qui ne surprennent plus personne et qu'on finirait par croire interchangeables d'un spectacle à une autre. Ainsi, ce monumental escalier qui barre la scène fait office de piédestal à l'action se déroulant au sommet. De part et d'autre s'élèvent jusqu'aux cieux les rayonnages d'une immense bibliothèque figurant l'atelier du bijoutier Eléazar.

    La lisibilité des scènes est soulignée par effet de grossissement symbolique : l'immense étoile de David à laquelle répondent les crucifix ou les slogans politiques brandis par la foule des Chrétiens, le paysage d'arbres déchiquetés à la Caspar Friedrich, substitués aux habituels troncs calcinés… pour ne rien dire des allusions à la Shoah avec ces guirlandes de chaussures tombant des cintres ou le bûcher final, représenté par une fumée s'élevant des sous-bois comme d'une fosse commune dans laquelle on fait disparaître les corps.

    Une milice aux faux airs fascisants arpente le plateau à la suite du cardinal de Brogni. On assiste en arrière-scène aux interrogatoires musclés d'Eléazar et Leopold, tandis que la princesse Eudoxie, blonde platine et en nuisette, aiguise ses aigus en balançant ses jambes gainées de soie couleur fuchsia. La subtilité viendra des superpositions des panneaux et du découpage de certains profils en ombres chinoises, inventant une sorte de commentaire muet des péripéties se déroulant à l'avant-scène.

    Le plateau soutient de belle manière la tension dramatique de l'ouvrage et le chant français avec la Rachel de… Rachel Harnisch et le Leopold d'Enea Scala, deux beaux représentants. La première fait oublier une projection écourtée par un engagement de tous les instants. Se jetant sur ses interventions avec la vivacité et l'énergie d'un fauve, elle n'a aucun mal à donner toute la crédibilité nécessaire à son rôle. Le ténor italien campe un Leopold à la brillance bien naïve, et qui révèlera toute sa couardise quand il s'agira de laisser sa bien aimée aller au bûcher. La ligne est aérée et superbe, le timbre d'une originalité très séduisante.

    Paradoxalement, c'est la diction du seul francophone du plateau qui laisse le plus perplexe : Le Ruggiero de Vincent le Texier n'a pas son pareil pour incarner un personnage rogue et autoritaire, mais l'intelligibilité s'embrume à plusieurs reprises. Sabina Puértolas se tire brillamment des airs périlleux de la princesse Eudoxie, tout comme Roberto Scandiuzzi avec les graves ténébreux du Cardinal Brogni. Eléazar trouve en Nikolai Schukoff un interprète à la vaillance bien récompensée, malgré une tendance habituelle à forcer les aigus et un timbre au charme relatif.

    Triomphe garanti pour la direction du jeune Daniele Rustioni. L'écriture particulièrement délicate et complexe des scènes de groupe gagne une lisibilité et une énergie peu communes. On se plaît à entendre la manière avec laquelle la trame narrative vit et progresse, piquant des deux pour affronter avec la virtuosité requise les redoutables traits d'orchestre et capable d'allonger les notes pour en souligner l'expressivité. De beaux débuts pour le successeur de Kazushi Ono à la tête de l'orchestre de l'Opéra de Lyon.




    Opéra national, Lyon
    Le 19/03/2016
    David VERDIER

    Nouvelle production de la Juive d’Halévy dans une mise en scène d'Olivier Py et sous la direction de Daniele Rustioni, dans le cadre du Festival pour l’Humanité de l'Opéra de Lyon.
    Fromental Halévy (1799-1862)
    La Juive, opéra en cinq actes (1835)
    Livret d'Eugène Scribe.

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Lyon
    direction : Daniele Rustioni
    mise en scène : Olivier Py
    décors et costumes : Pierre-André Weitz
    éclairages : Bertrand Killy

    Avec :
    Nikolaï Schukoff (Eléazar), Rachel Harnisch (Rachel), Sabina Puértolas (Eudoxie), Enea Scala (Leopold), Roberto Scandiuzzi (Cardinal Brogni), Vincent Le Texier (Ruggiero), Charles Rice (Albert), Paul-Henry Vila (Le Crieur), Brian Bruce (Un officier), Alain Sobieski (Le bourreau), Dominique Beneforti, Charles Sailloforest (Deux hommes du peuple).

     



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