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CRITIQUES DE CONCERTS 12 juillet 2020

Création de Benjamin, dernière nuit de Michel Tabachnik dans une mise en scène de John Fulljames et sous la direction de Bernhard Kontarsky dans le cadre du Festival pour l’Humanité de l'Opéra de Lyon.

Festival pour l’humanité (2) :
Fin de partie

© Bertrand Stofleth

Ce deuxième volet du Festival pour l'Humanité de l’Opéra de Lyon, Benjamin, dernière nuit, attise toutes les curiosités. Malgré un livret aux prétentions assez creuses, l'ouvrage tient sur la musique très dense de Michel Tabachnik et la mise en scène efficace de John Fulljames. Sans pour autant parler de chef-d'œuvre, l'opéra résonne d'un écho singulier dans notre triste actualité.
 

Opéra national, Lyon
Le 20/03/2016
David VERDIER
 



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  • Ami de longue date, le compositeur et chef d'orchestre Michel Tabachnik a proposĂ© Ă  l'Ă©crivain RĂ©gis Debray de composer un opĂ©ra sur un texte destinĂ© Ă  l'origine au théâtre. On ne s'improvise pas librettiste, en tĂ©moigne la candeur assez peu rassurante avec laquelle RĂ©gis Debray dĂ©crit son projet dans le programme de salle : un ouvrage musical d'une « veine expressionniste, sur un mode cabaret, parlĂ© chantĂ©, avec des songs, un limonaire et un accordĂ©on sur un coin de plateau. Façon jeune Brecht et Kurt Weill. Â»

    Le destin dramatique du philosophe allemand Walter Benjamin avait déjà inspiré au compositeur Brian Ferneyhough un opéra en sept parties, d'après un livret de Charles Bernstein. Le fait de mettre en scène les épisodes de sa vie et de son suicide a pour corollaire de saisir le personnage aux dépens de l'œuvre. De fait, cette Dernière nuit élève le fugitif au rang de mythe de la lutte contre l'injustice et l'oppression.

    Cette Europe devenue un immense cachot à ciel ouvert ne lui offrait plus d'autres solution que de chercher le moyen de retrouver la liberté de l'autre côté de l'Atlantique. Une chambre d'hôtel miteuse sera la dernière étape de son chemin de croix, dans le village de Port-Bou, à la frontière franco-espagnole. La morphine qu'il avale fait surgir de son passé une galerie de personnages au premier rang desquels son grand amour, la Russe Asja Lacis, ses amis Arthur Koestler, Gershom Sholem, Bertolt Brecht, Hannah Arendt, Max Horkheimer, mais également André Gide.

    Ce récit de quatorze stations bénéficie d'une mise en scène particulièrement vivante et séduisante signée John Fulljames. Coupée à mi-hauteur par un écran de projection, le plateau scénique combine théâtre et extraits vidéos. À l'arrière-scène, les souvenirs sont archivés sur des étagères… depuis les artefacts jusqu'aux personnages eux-mêmes, manipulés à vue par des figurants chargés d'organiser les scènes. Un peu à l'écart, sur une table, deux opérateurs composent des effets visuels filmés en gros plan et projetés en temps réel.

    La minceur du livret achoppe à plusieurs reprises sur la volonté de faire passer au forceps des vers de mirliton dans des enchaînements dialogués souvent assez plats. Le personnage-titre est dédoublé, tantôt chanteur tantôt acteur, ce qui donne la possibilité d'un savoureux jeu de miroir entre le ténor Jean-Noël Briend et le comédien Sava Lolov. On regrette toutefois la falsification de certains détails-clés, à commencer par l'invention romantique de l'Angelus novus de Paul Klee sur la table de chevet de Walter Benjamin au moment de son suicide.

    Musicalement, Michel Tabachnik use d'une polyphonie stratifiée à l'envi à partir de collages de thèmes et de climats. Les shofars résonnent dans la rencontre avec Gershom Sholem comme un appel à la prière, élément citationnel pris dans un réseau rythmique très dense. Autre signature musicale, cet impavide prélude de Chopin qui annonce le personnage d'André Gide, croqué dans toute son ignominie bourgeoise et son mépris du désespoir de Walter Benjamin. La scène de Bertolt Brecht est sans doute la plus réussie : glissement imperceptible entre l'ambiance cabaret, Ange bleu et boa-plumes… jusqu'aux marches militaires et citations du Crépuscule des dieux.

    Le plateau réunit des voix puissantes et charpentées, capables de passer l'écran orchestral pour pouvoir se projeter. Jean-Noël Briend est un rôle-titre très crédible dans la façon de déclamer par un timbre lacéré son découragement et son désespoir. Michaela Kustekova campe une Asja Lacis aux aigus contondants et autoritaires, loin de la volupté assez sombre des interventions de Michaela Selinger (Hannah Arendt).

    La basse Scott Wilde donne un étonnant relief au personnage de Gershom Sholem tandis que le phrasé de Charles Rice en Arthur Koestler ou la véhémence de Karoly Szemerédy dans le costume de Max Horkheimer, font la part belle au jeu et à la couleur théâtrale. Jeff Martin surmonte de belle manière la ligne tendue de son Brecht, chantant en allemand tout du long, tandis que Gilles Ragon imite à la perfection le timbre étroit et tête à claques de l'insupportable André Gide.

    Le vétéran Bernhard Kontarsky officie en fosse d'un geste large et dynamique. Les rythmes drus et acérés se confondent avec l'épaisseur des vents et des trémolos des cordes. Les extraits enregistrés de chansons populaires font défiler un univers nostalgique, contrastant de vive manière avec le chaos de lignes vocales heurtées et goguenardes. La curiosité est en partie récompensée, même si l'absence de références directes au contenu et à la pensée philosophique du personnage principal finit par donner l'impression qu'à vouloir atteindre au spectaculaire, on contourne les obstacles.




    Opéra national, Lyon
    Le 20/03/2016
    David VERDIER

    Création de Benjamin, dernière nuit de Michel Tabachnik dans une mise en scène de John Fulljames et sous la direction de Bernhard Kontarsky dans le cadre du Festival pour l’Humanité de l'Opéra de Lyon.
    Michel Tabachnik (*1942)
    Benjamin, dernière nuit, opéra en 14 tableaux
    Livret de RĂ©gis Debray

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Lyon
    direction : Bernhard Kontarsky
    mise en scène : John Fulljames
    décors : Michael Levine
    costumes : Christina Cunningham
    Ă©clairages : James Farncombe
    chorégraphie : Maxine Braham
    vidéo : Will Duke
    son : Carolyn Downing
    préparation des chœurs : Philip White

    Avec :
    Jean-Noël Briend (Walter Benjamin, chanteur), Sava Lolov (Walter Benjamin, comédien), Michaela Kustekova (Asja Lacis), Michaela Selinger (Hannah Arendt), Charles Rice (Arthur Koestler), Scott Wilde (Gershom Sholem), Jeff Martin (Bertolt Brecht), Gilles Ragon (André Gide), Karoly Szemeredy (Max Horkheimer), Elsa Rigmor Thiemann (Mme Henny Gurland), Goele de Raedt (La chanteuse de cabaret en allemand), Baptiste Mansot (Joseph Gurland), Emmanuel Amado (Le Patron de l'Auberge), Bruno Froment (Le Médecin), François Leviste (Acteur archiviste).

     



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