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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Récital de la pianiste Mitsuko Uchida au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Du sens avant tout
© Richard Avedon

Une maîtrise exceptionnelle de sa pensée caractérise les interprétations de Mitsuko Uchida. Toujours intéressantes, souvent déroutantes, elles privilégient leurs recherches à la sensibilité. Pour certains auditeurs, l’admiration qui en résulte l’est au détriment de l’émotion. Aussi Schubert s’est-il montré étonnamment intellectuel.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 16/04/2016
Claude HELLEU
 



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  • Célèbre parmi les grands depuis des années, Mitsuko Uchida allie une intelligence supérieure à sa quête musicale. Son vaste répertoire et sa technique impressionnent à juste titre un public inconditionnel sans pour autant faire l’unanimité, tant les recherches de ses interprétations interrogent et même parfois gênent l’écoute d’un jeu privilégiant à ce point l’esprit sur la chair.

    La Sonate op. 1 de Berg ouvre ce récital en vagues sonores magistrales. Éclairées d’une grande netteté de jeu, leurs soulèvements s’entrelacent parfaitement, toute sensualité absente de leurs pénétrations. Une interprétation peu réceptive à la sensibilité du premier opus de Berg, mais aux résonnances admirables.

    Impromptu : petite pièce composée à l’improviste. À défaut d’être vraie, cette définition implique un certain caractère d’immédiateté. Uchida en applique une conception différente aux Impromptus op. 90 de Schubert. Dès le premier, la réflexion rompt la spontanéité du phrasé, laisse attendre un déroulement dont le naturel ne coule plus de source. La fermeté du toucher ne se soucie pas de prolonger le pouvoir de certaines sonorités. Sur le sombre climat des basses obsessionnelles, la recherche complique le mystère.

    L’élan du deuxième l’emporte plus naturellement, infaillible mouvement perpétuel dont la détermination efface la grâce. Le charme n’y est pas de mise. La frappe des accords staccato les étrique. Courbe ardente, le troisième s’élève dans une progression admirable. Les triolets chantent sous l’effusion de la mélodie. Mais sa spiritualité se cache derrière la pensée qui la guide. Schubert était-il aussi cérébral ?

    Allegretto, la légèreté du quatrième disparaît dans une virtuosité dont la magnifique précision frise souvent la sécheresse. La main gauche impose une présence magnifique sous les arpèges de la main droite sans que l’on y sente la moindre émotion. La dureté des attaques ravage le clavier. Violences, protestations, brutalités, colères prégnantes intellectualisent les explosions passionnées et interpellent l’écoute en résonnances de plus en plus fastueuses.

    Résonnance… Le mot va s’imposer jusqu’à prendre une puissance orchestrale dans la Sonate n° 1 de Schumann qui marquera l’apogée de ce récital déroutant, tant la perfection se joint aux aléas de ses intentions. Auparavant, Mozart se prend la tête à deux mains dans un Rondo en la mineur KV 511 privé de la grâce qui habite la nostalgie de son épure originelle.

    Extrême, le Première Sonate de Schumann l’est de toute sa puissance amoureuse pour Clara, à qui il vient de se fiancer secrètement. Elle exige qu’on y entre corps et âme. Mitsuko Uchida en pénètre d’emblée la force triomphante. Basses somptueuses, fortissimo, sans crescendo, son énergie unifie les couleurs flamboyantes mais peu nuancées d’une tempête aux rafales dévastatrices auxquelles la pianiste donne une rare cohérence. Leur suit une Aria dont Uchida respecte le naturel avant de la marquer d’appuis bizarres. Martèlements, à-coups surprennent, durcissent l’abandon de son romantisme.

    Autoritairement martelés, les rythmes du Scherzo lui dénient toute souplesse. Les syncopes y sont trop soulignées, les notes piquées le sont au marteau. C'est cette dureté du toucher qui agresse le plus le Finale. La pianiste construit remarquablement les déchaînements de cette immense déclaration d’amour fou, mais les doigts d’acier privent de leur chair ses outrances. Et quand le vertige s’en accélère, on regrette de ne pas y sentir le souffle du désir. Un récital remarquable et frustrant.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 16/04/2016
    Claude HELLEU

    Récital de la pianiste Mitsuko Uchida au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Alban Berg (1885-1935)
    Sonate op. 1
    Franz Schubert (1797-1828)
    Impromptus op. 90
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Rondo en la mineur KV 511
    Robert Schumann (1810-1856)
    Sonate n°1 en fa# mineur op. 11
    Mitsuko Uchida, piano

     


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