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CRITIQUES DE CONCERTS 14 août 2018

La Passione, théâtralisation de la Passion selon saint Matthieu de Bach mise en scène par Romeo Castellucci et sous la direction de Kent Nagano aux Deichtorhallen de Hambourg.

Nouvelles mythologies
© Bernd Uhlig

En proposant un travail radical et abouti sur la Passion selon saint Matthieu, Romeo Castellucci poursuit à Hambourg ses travaux théologiques en cherchant par la matière et la religion à comprendre l’Homme et le divin. Cette étude trouve en Kent Nagano un interprète parfait pour développer le caractère intemporel de la partition.
 

Deichtorhallen, Hamburg
Le 23/04/2016
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Avant que Leipzig ne découvre les oratorios chrétiens grâce à Johann Sebastian Bach, Hambourg était déjà une habituée du modèle musical. Fondée sur la plus grande des Passions, la Passione participe pleinement à la nouvelle dynamique expliquée en février par Kent Nagano et souhaitée par la ville du Nord, cherchant dans le passé et la tradition l’énergie pour le présent ainsi qu’une intention de marquer l’avenir.

    Faire appel à Romeo Castellucci permet de renouveler notre regard sur l’œuvre créée pour la première fois en 1727, sans en dénaturer son principal propos. Car loin d’être le blasphémateur dénoncé suite à la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu, le metteur en scène offre à l’inverse une démarche fondamentalement théologique. Le Sacre il y a deux ans, Moïse et Aaron cette saison ou Parsifal plus tôt : tout chez l’Italien tend à replacer le rite religieux dans une tentative d’explication de l’Humanité, comme le sont à leurs manières la chimie moléculaire et la physique, autres constituantes de son œuvre.

    Le travail de mise en scène pour la Passion selon saint Matthieu trouve alors un développement très différent et très supérieur à la lecture déjà intéressante de Peter Sellars à Berlin, plus concentrée sur la tragédie humaine et sur un homme en particulier. À la Deichtorhallen de Hambourg, dans une salle servant habituellement de lieu d’exposition, tout est blanchi pour éviter la moindre impureté, des murs aux vêtements des instrumentistes. Devant s’y joue la scène du monde, vaste proposition destinée à questionner sur l’histoire de l’Homme, en commençant par le buste d’un empereur romain ayant gouverné juste avant la naissance du Christ.

    L’ammoniaque y est ensuite associé en tant que composant de l’atmosphère terrestre et régulateur nécessaire à la vie, puis au fil de la représentation un Agneau de Dieu versant son sang près du calice, des lutteurs, un procédé chimique pour rendre une couronne de barbelé de couleur or, ou encore une pierre massive éclatée par un homme pour symboliser la Résurrection. Des plus belles parties retenons le Golgotha, dans lequel des Hambourgeois de tous âges et de tous types se crucifient tour à tour en se pendant par les mains à un trapèze, et la pénultième image d’un homme débout, auquel on enlève ses prothèses jambières pour le laisser toujours debout marcher avec son bâton de berger.

    Ce développement intellectuel fascinant trouve son écho dans une musique pour laquelle Kent Nagano a rejeté les instruments anciens afin de ne pas altérer la pureté des sons, mais propose en même temps une lecture marquée par les travaux de maîtres comme Harnoncourt avant lui. Le continuo est dédoublé tandis qu’on garde le luth et la viole de gambe pour les parties non transcriptibles. La pureté de la scène est maintenue dans des sonorités claires jamais trop appuyées, magnifiées par les soli du Philharmonisches Staatsoper Hamburg (violons et bois), et par les deux chœurs toujours tournés vers le chef lorsqu’ils se lèvent.

    Des chanteurs eux aussi vêtus de blanc se démarque la magnifique alto Dorottya Láng, à la ligne de chant épurée et au timbre délicat. Les deux sopranos passionnent moins, surtout la seconde, Christina Gansch, peut-être encore trop jeune pour maintenir la linéarité de sa voix. Le ténor Bernard Richter déçoit également dans des aigus aigres trop criés, tandis que le baryton-basse Philippe Sly se montre fantastique de chaleur et de présence sans jamais trop s’exalter.

    Enfin, on nommera celui par qui tout arrive, l’Évangéliste du ténor Ian Bostridge, perdant ici toute accentuation trop marquée pour ne garder qu’une humilité de chant idéale. Il clôture un chemin de croix de trois heures sans entracte en quittant son socle pour rejoindre le devant de la scène et montrer un masque en silicone de son propre visage tordu par la douleur et le supplice. Cette passion hambourgeoise trop radicale pour maintenir tous les auditeurs concentrés captive intellectuellement au moins autant que physiquement, et ne semble au regard de la prochaine saison qu’une prémisse à la nouvelle dynamique musicale de la ville.




    Deichtorhallen, Hamburg
    Le 23/04/2016
    Vincent GUILLEMIN

    La Passione, théâtralisation de la Passion selon saint Matthieu de Bach mise en scène par Romeo Castellucci et sous la direction de Kent Nagano aux Deichtorhallen de Hambourg.
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Matthäus-Passion, BWV 244
    Ian Bostridge (Évangeliste)
    Hayoung Lee (soprano I)
    Christina Gansch (soprano II)
    Dorottya Láng (alto)
    Bernard Richter (ténor)
    Philippe Sly (basse)
    Komparserie der Staatsoper Hamburg
    Audi Jugendchorakademie
    Philharmonisches Staatsoper Hamburg
    direction : Kent Nagano
    mise en scène, décors et lumières : Romeo Castellucci
    assistantes : Silvia Costa, Maroussia Vaes
    dramaturgie : Piesandra Di Matteo, Johannes Blum
    préparation des chœurs : Martin Steidler

     


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