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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Reprise de Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser, sous la direction de Mark Shanahan à Angers-Nantes Opéra.

Don Giovanni au noir
© Jef Rabillon

Reprise angevine de la production nantaise du Don Giovanni de Mozart revu et corrigé par Patrice Caurier et Moshe Leiser. Cette vision décapante entraîne le spectateur dans une Séville urbaine et moderne, où la séduction côtoie les règlements de compte. Éclatant de brio dans le rôle-titre, John Chest emporte la palme de la soirée.
 

Grand Théâtre, Angers
Le 04/05/2016
David VERDIER
 



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  • Personnage de tous les excès et de toutes les dérives, Don Giovanni affiche sans vergogne une modernité glaçante et désenchantée. Il n'en fallait guère plus pour que Patrice Caurier et Moshe Leiser – fidèles à leur réputation de facétieux enfants terribles de la mise en scène – s'emparent du burlador mozartien. Leur proposition déplace Da Ponte entre un hall d'immeuble et une cour fermée, univers clos et gris mastic qu'on peut facilement imaginer comme le versant HLM des mises en scène urbaines de Michael Haneke ou Krzysztof Warlikowski.

    S'ils empruntent à leurs prédécesseurs certains détails comme l'atmosphère de beuverie nihiliste ou la désormais classique consultation du catalogue sur smartphone, on peut noter une volonté d'exploiter de manière assez originale le rapport lieu-action-psychologie. Par exemple, la proximité Don Giovanni-Leporello dépasse les similitudes d'âge et d'apparence physique. En montrant le couple à travers des allusions à leur relation homosexuelle ou l'effacement du lien hiérarchique, Caurier et Leiser trouvent un moyen efficace de renouveler les stéréotypes du donjuanisme.

    L'odor di femmina ne suffit pas à exciter, sauf à saupoudrer les conquêtes de cocaïne pour les rendre plus appétissantes. Franchissant allègrement le pas qui sépare l'opéra des films noirs et des séries policières, on s'accoutume à une certaine forme d'ultra violence qui fait de Don Giovanni un lointain descendant d'Alex dans Orange mécanique (la scène des masques et le jeu d'acteur de John Chest).

    La lecture psychanalytique du révolver comme engin de mort et de pulsion court d'un bout à l'autre de la scénographie. Dans cette société désabusée et agressive, il n'est pas un personnage qui ne s'apprête à un moment donné à appuyer sur la gâchette pour faire valoir ses droits ou défendre ses intérêts. On notera certains détails qui ponctuent une direction d'acteur lancée à toute vitesse : le recours au Grand-Guignol sanguinolent pour la mort du Commandeur, l'astucieuse séduction du Deh vieni alla finestra via interphone ou encore les sordides sandwiches triangle en guise de banquet.

    Ces trouvailles trouvent dans le rire des spectateurs une réjouissante réponse à la question du renouvellement et l'actualité de ce que nous donne à voir un opéra aujourd'hui. Dans la scène du cimetière digne d'un Scorcese, le personnage court après une réalité qui se dérobe et laisse la place à des hallucinations. Le Commandeur préférant l'étranglement à l'usage du révolver, on se contente d'effleurer la référence mafieuse de l'assassinat par balle de la victime creusant sa propre tombe.

    Cette reprise angevine est dominée par l'excellente prestation de John Chest, Don Giovanni à la fois brutal et fragile. Évitant les joliesses d'usage dans des tubes comme Finch'han dal vino ou Là ci darem la mano, il sait varier et élargir sa palette vocale dans un final confondant. Leporello sonore et tonnant, Ruben Drole donne un relief efficace à son air du catalogue, un brin limité par une couleur générale assez mate. Philippe Talbot (Don Ottavio) réussit Il mio tesoro, mais trop discret dans les ensembles, il ne trouvera plus d'occasion pour briller.

    La Donna Anna de Gabrielle Philiponet se brûle les ailes dans une ligne généralement trop vibrée et parfois stridente tandis que Rinat Shaham fait entendre une grande Elvira – avec mention spéciale à l'ultra théâtral Mi tradi chanté rideau fermé. L'homogénéité du couple Zerlina-Masetto laisse à désirer, malgré la netteté du timbre d'Élodie Kimmel et l'engagement de Ross Ramgobin tandis qu'Andrew Greenan bougonne son Commandeur en guise d'émission.

    La direction assez ronde et efficace de Mark Shanahan se perd un peu dans les ensembles mais donne à la partition l'élan et le brio qui donnent la saveur nécessaire, à défaut de densité et de tension. À l'étroit dans une fosse réduite, l'Orchestre national des Pays de la Loire gagne par la petite harmonie et la chaleur des cuivres des lettres de noblesse mozartiennes de premier plan.




    Grand Théâtre, Angers
    Le 04/05/2016
    David VERDIER

    Reprise de Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser, sous la direction de Mark Shanahan à Angers-Nantes Opéra.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)
    Livret de Lorenzo da Ponte

    Chœur d’Angers Nantes Opéra
    Orchestre national des Pays de la Loire
    direction : Mark Shanahan
    mise en scène : Patrice Caurier & Moshe Leiser
    décors : Christian Fenouillat
    costumes : Agostino Cavalca
    éclairages : Christophe Forey
    préparation des chœurs : Xavier Ribes

    Avec :
    John Chest (Don Giovanni), Andrew Greenan (le Commandeur), Ruben Drole (Leporello), Gabrielle Philiponet (Donna Anna), Philippe Talbot (Don Ottavio), Rinat Shaham (Donna Elvira), Ross Ramgobin (Masetto), Elodie Kimmel (Zerlina).

     



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