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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Création française de la Défense d’aimer de Wagner dans une mise en scène de Mariame Clément et sous la direction de Constantin Trinks à l’Opéra national du Rhin.

Wagner pour adultes consentants
© Alain Kaiser

L’Opéra national du Rhin s'offre la création française du rarissime chef-d'œuvre de jeunesse de Wagner : la Défense d'aimer (Das Liebesverbot). À Strasbourg, la scénographie très enlevée de Mariame Clément et la direction magistrale de Constantin Trinks propulsent au plus haut niveau un plateau de premier choix.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 08/05/2016
David VERDIER
 



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  • Reprocher à Wagner de manquer d'humour, c'est oublier l'ironie grinçante ou distanciée qui parcourt nombre de ses œuvres. Premier parmi les ouvrages dits de jeunesse à avoir été représenté sur scène, cette Défense d'aimer démontre l'intérêt d'un compositeur de 23 ans, prêt à tout pour percer et capable, le cas échéant, à emprunter à Rossini et Auber les recettes de leur succès populaire.

    S'abreuvant à la source Shakespearienne, Das Liebesverbot reprend le schéma narratif de Mesure pour mesure, accommodé très librement à une sauce Singspiel qui saura en garantir les effets bouffe. On sait gré à Mariame Clément d'avoir opté pour la suppression de près de deux heures de passages dialogués afin de garantir le rythme et l'abattage de la pièce.

    Donné pour la première fois en France, on peut légitimement parler d'événement pour saluer cette production strasbourgeoise, deux mois après la proposition de Kasper Holten à Madrid. On retrouve sans surprise la signature de Mariame Clément dans cet empilement de situations multiples convergeant dans un lieu unique signé Julia Hansen, sorte de café Mitteleuropa où se croisent jeux de séduction, bavardages, facéties. Un remarquable travail de direction d'acteurs donne énergie et flamboyance à cet imbroglio couleur vaudeville, sur fond de bruits de vaisselles en coulisses, avec d'incessantes entrées et sorties latérales.

    On aurait apprécié un premier degré moins appuyé pour montrer comment on puise à pleines mains dans le distributeur de préservatifs pour calmer une pulsion amoureuse ou la brutalité de Brighella et ses sbires, placardant des VERBOTEN en entamant un Schuhplattler endiablé. Pied de nez continu à la virilité épaisse, la mise en scène se fait le relais d'une intrigue déjà peu amène avec la gent masculine.

    Le gouverneur Friedrich fera les frais de ce jeu de l'arroseur-arrosé, précipité dans son costume de Zorro au beau milieu d'un épatant cortège de carnavaleux grimés en figures mythologiques wagnériennes… L'affaire se conclura par le triomphe d'Isabella tandis que trois Femen dégrafant leurs corsages viennent rappeler que l'histoire peut encore connaître des rebondissements.

    Acteur principal de cette comédie pour adultes consentants, le chef d'orchestre Constantin Trinks dirige à plein gaz un Orchestre philharmonique de Strasbourg trépidant et truculent dans ses interventions. Évitant aussi bien le comique troupier que le tout-venant, sa battue ne relâche pas la tension, même dans les passages les moins inspirés. Le plateau (très fourni) ne cède en rien aux formats d'une écriture très détaillée et exigeante, y compris chez des seconds rôles qu'on ne parvient pas toujours à séparer des rôles principaux.

    Étonnante basse bouffe, Wolfgang Bankl compose un Brighella très incarné aux côtés duquel la Dorella de Hanne Roos peine un peu à trouver l'ampleur et la véhémence nécessaires à son rôle de vamp lyrique. Malgré la brièveté du rôle, Agnieszka Slawinska impose une Mariana absolument remarquable et classieuse tandis que Andreas Jäggi en fait des tonnes en Pontio Pilato. Très bien servis également, le rôle de Luzio va comme un gant à la voix élancée et brillante de Benjamin Hulett et Thomas Blondelle met tout son talent de coloriste au service de Claudio.

    Marion Ammann (Isabella) doit affronter courageusement un rôle parfois gourmand en volume et brio, parfois beaucoup plus discret. Si certains aigus trop exposés la trouvent en difficulté, l'instrument est remarquable et affiche sur la durée une musicalité de premier plan. Robert Bork complète le tableau de bien belle manière avec un Friedrich dont la froideur péremptoire se fissure et laisse apparaître des sentiments émollients.




    Prochaines représentations les 13, 17, 19, 22 mai à l'Opéra du Rhin, Strasbourg ; les 3 et 5 juin à la Filature, Mulhouse.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 08/05/2016
    David VERDIER

    Création française de la Défense d’aimer de Wagner dans une mise en scène de Mariame Clément et sous la direction de Constantin Trinks à l’Opéra national du Rhin.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Das Liebesverbot, oder die Novize von Palermo (La Défense d’aimer ou la Novice de Palerme), grand opéra-comique en deux actes
    Livret du compositeur d’après Measure for Measure de Shakespeare

    Chœurs de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Constantin Trinks
    mise en scène : Mariame Clément
    décors et costumes : Julia Hansen
    éclairages : Marion Hewlett
    chorégraphie : Mathieu Guilhaumon
    préparation des chœurs : Sandrine Abello

    Avec :
    Robert Bork (Friedrich), Benjamin Hulett (Luzio), Agnieszka Slawinska (Mariana), Thomas Blondelle (Claudio), Marion Ammann (Isabella), Wolfgang Bankl (Brighella), Peter Kirk (Antonio), Jaroslaw Kitala (Angelo), Norman Patzke (Danieli), Hanne Roos (Dorella), Andreas Jäggi (Pontio Pilato).

     



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