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CRITIQUES DE CONCERTS 20 mai 2018

Reprise de la Traviata de Verdi dans la mise en scène de Robert Carsen, sous la direction de Francesco Ivan Ciampa au Théâtre de la Fenice, Venise.

D’yeux que pour les oreilles
© Michele Crosera

On dit souvent qu’une institution lyrique se jauge à la qualité de ses reprises plutôt qu’au rayonnement des premières. Occasion rêvée de vérifier l’adage face à la Traviata de Robert Carsen qui avait défrayé la chronique à la réouverture de la Fenice en 2003. Treize ans plus tard, bien plus que la scène, c’est la musique qui assure le spectacle dans la Serenissima.
 

Teatro La Fenice, Venezia
Le 20/05/2016
Yannick MILLON
 



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  • Après l’incendie criminel qui avait anéanti en janvier 1996 l’un des plus purs joyaux lyriques du continent, La Fenice avait dû attendre 2003 pour renaître de ses cendres avec l’un des ouvrages phares de Verdi créé in loco en 1853, la Traviata, dans une nouvelle mise en scène de Robert Carsen qui devait cabrer l’arrière-garde par sa prétendue modernité outrageuse. Treize ans et des dizaines de relectures décapantes plus tard, comment ne pas sourire devant le souvenir des cris d’orfraies d’un public très conservateur face à une mise en scène qui, n’était une légère transposition, avait tout d’une production bien classique ?

    Souvent alibi de modernité pour les frileux, Carsen est devenu l’un des metteurs en scène du grand circuit les plus prévisibles, avec son esthétique de papier glacé faussement décadente, la prudence de sa direction d’acteurs et ses tics branchouille dans les scènes de foule. Qu’importe donc une scène du bal façon revue, où call-girls et chippendales se succèdent en une pantomime gentiment irrévérencieuse, quand le duo Violetta-Germont se résume à un monument d’académisme, les deux chanteurs plantés vingt minutes à l’avant-scène dans des poses convenues, devant une forêt peinte.

    Surtout, à notre sens, la fixation faite par le Canadien sur la prétendue obsession du moindre personnage de l’intrigue pour l’argent, billets volant en tous sens à toute occasion, dénonçant jusque chez l’héroïne une forme de vénalité, nous semble éminemment contestable, jurant trop souvent avec le texte et ne dépassant jamais en scène l’anecdote face à des enjeux psychologiques largement sous-exploités.

    Ce travail fort peu théâtral s’oublie toutefois face à une exécution musicale d’abord prudente mais faisant monter petit à petit la pression. Très fort potentiel, la volcanique Sicilienne Jessica Nuccio se lance dans la représentation à vannes ouvertes, non sans stridences mais déjà avec un vrai feu, qu’elle maîtrisera beaucoup mieux passé le premier entracte, jusqu’à tenter dans son agonie d’ineffables pianissimi. Et si elle donne parfois l’impression de lâcher par trop le soutien dans Sempre libera, c’est pour mieux couronner sa cabalette d’un éclatant contre-mib.

    L’Alfredo d’Ismael Jordi apparaît en comparaison parfois univoque dans le phrasé ou les accents, mais doté de la voix du bon Dieu, d’un timbre qui est la lumière méditerranéenne même, ardent, accrocheur, le volume jamais dans l’épaisseur, le contre-ut à la Flórez, d’une belle ardeur juvénile. Face à eux, Luca Grassi est parfait en empêcheur de tourner en rond, Giorgio Germont beaucoup plus clair que le Baryton-Verdi traditionnel, émission mordante mais à taille humaine, jamais inutilement scrogneugneu, aigus bien placés, et surtout le plus bel italien du plateau, déclamation parfaitement al dente.

    Si le couple principal avait besoin d’un acte pour rentrer à plein dans les exigences de la vocalité verdienne, la prestation du chœur de La Fenice est en revanche source de satisfaction de la première à la dernière note, d’une précision constante dans une partition plutôt piégeuse, d’une réactivité rythmique et d’une discipline de rêve soudant jusqu’à un orchestre initialement en ordre un peu dispersé.

    Alors que les cordes, et notamment des violons au legato de miel, s’épanouissent dans l’acoustique si généreuse de la salle, les cuivres sonnent dans un premier temps déconnectés de la pâte sonore, et la direction du jeune Francesco Ivan Ciampa, qui accélère souvent en fin de phrase et privilégie d’abord un tempo médian manquant à la fois de contrôle dans le sostenuto et de flagellation dans les scènes de foule, commence à trouver sa vitesse de croisière à partir du duo beau-père-belle-fille.

    Le train lancé ne s’arrêtera plus, dans une scène chez Flora au staccato exceptionnel, tempi prestissimes et rebond constant, jusqu’à un concertato final chauffé à blanc, avant un III idéalement morbide et désolé (les pizz des violoncelles et contrebasses), à la conclusion tragique qui va chercher au fond des tripes avec un relief orchestral grisant. Vraiment, ce soir, la Traviata n’avait d’yeux que pour les oreilles.




    Teatro La Fenice, Venezia
    Le 20/05/2016
    Yannick MILLON

    Reprise de la Traviata de Verdi dans la mise en scène de Robert Carsen, sous la direction de Francesco Ivan Ciampa au Théâtre de la Fenice, Venise.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    La Traviata, opéra en trois actes (1853)
    Livret de Francesco Maria Piave, d’après la Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils

    Coro e Orchestra del Teatro La Fenice
    direction : Francesco Ivan Ciampa
    mise en scène : Robert Carsen
    décors & costumes : Patrick Kinmonth
    éclairages : Peter Van Praet & Robert Carsen
    préparation des chœurs : Claudio Marino Moretti

    Avec :
    Jessica Nuccio (Violetta), Ismael Jordi (Alfredo), Luca Grassi (Giorgio Germont), Elisabetta Martorana (Flora Bervoix), Sabrina Vianello (Annina), Iorio Zennaro (Gastone), Armando Gabba (Il barone Douphol), Francesco Milanese (Il dottor Grenvill), Matteo Ferrara (Il marchese d’Obigny), Roberto Menegazzo (Giuseppe), Giampaolo Baldin (Un domestico di Flora), Salvatore Giacalone (Un commissionario).

     



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