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CRITIQUES DE CONCERTS 05 avril 2020

Prometeo Luigi Nono à la Cité de la Musique.

Nono allume le feu

Composition tardive du regretté Luigi Nono, Prometeo n'est pas un opéra, ni une quelconque forme musicale identifiable mais une méditation sur l'écoute et l'invention. Programmé par le Festival d'Automne à la Cité de la Musique, l'oeuvre demeure un exemple pour la création contemporaine.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 30/09/2000
Olivier BERNAGER
 



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  • D'une durée exceptionnellement longue, deux heures vingt d'un seul tenant, Prometeo se présente comme une atomisation dans l'espace d'effectifs instrumentaux, vocaux et électroacoustiques, chaque groupe n'excédant pas douze musiciens et chanteurs. Le livret (en est-ce un ?) est un assemblage de textes dans le sillage du mythe où l'on retrouve Esiode, Eschyle, Hölderlin, Nietzsche et Walter Benjamin, auteurs familiers du compositeur. Il a été rédigé par le philosophe italien Massimo Cacciari en collaboration étroite avec Luigi Nono. Un projet autant philosophique que musical qui prend appui sur le mythe de Prométhée, et que le compositeur résumait volontiers par une phrase sibylline : "extérioriser l'intériorisation".

    L'oeuvre apparaît comme dans la résonance du mythe : l'enlacement des textes crée un texte nouveau, qui crée une écoute nouvelle, qui crée une attitude nouvelle qui
    Projet prométhéen donc. La musique peut être entendue comme un pliage de réminiscences, d'échos, de renvois. Elle donne l'impression d'une énumération, d'un ressassement, d'une répétition infinie sans cesse modifiée par les détails nouveaux d'une trame sonore échangée par les groupes instrumentaux et vocaux, disséminés dans la belle salle de la Cité de la Musique, idéale pour les oeuvres "spatialisées". Le dispositif électroacoustique qui modifie en direct les événements sonores est d'un effet puissant dans le contexte de cette oeuvre, mais pour qui connaît les procédés d'aujourd'hui, il paraît un peu suranné.

    La durée exceptionnelle, ses longues plages de silence, les passages nombreux à la limite de l'audible, son caractère de rituel, ses échos, la beauté de sa progression finale font de "Prometeo" l'accompagnement d'un retour sur soi. Celui-ci toutefois ne plonge pas ses racines dans le mysticisme naïf des oeuvres répétitives, mais dans la terreur sacrée qui accompagne le souffle de l'Histoire, dans ce que Luigi Nono, en sous-titre, appelle une "tragédie de l'écoute". Donnés dans une interprétation soutenue, ces concerts venaient à point nous rappeler l'exigence intellectuelle morale et artistique indispensable au créateur d'aujourd'hui. Prometeo de Luigi Nono est une expérience musicale salutaire car elle est à l'antipode de trop d'oeuvres culinaires contemporaines dont l'appellation mal contrôlée de "création mondiale" pompe plus dans les subsides institutionnels que dans l'inspiration créatrice.


    Prochains concerts à Vienne (Konzerthaus) le 28 octobre et à Milan (Spazio Antologico) le 4 novembre.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 30/09/2000
    Olivier BERNAGER

    Prometeo Luigi Nono à la Cité de la Musique.
    Prometeo de Luigi Nono
    Sur des textes Massimo Cacciari
    Solistes vocaux et instrumentaux
    Régie électroacoustique
    Choeur de solistes de Freiburg-Breisgau
    Ensemble Modern Orchestra
    Direction : Emilio Pomarico et Yoichi Sugiyama
    Avec Monika Bair-Ivenz et Petra Hoffmann (sopranos), Susanne Otto et Noa Frenkel (contraltos), Peter Hall (ténor), Caroline Chaniolleau et Mathias Jung, (récitants).

     


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