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CRITIQUES DE CONCERTS 17 février 2018

Récital de Radu Lupu dans la série Piano **** à la Philharmonie de Paris.

Sagesse et vérité
© Fred Toulet

Grand maître du piano parmi les plus grands, Radu Lupu est venu donner le meilleur de la musique aux auditeurs de Piano**** à la Philharmonie de Paris. Réunir deux mille quatre cents personnes sur un programme loin de toute facilité et de toute démagogie prouve la fidélité des vrais amateurs pour les vrais interprètes.
 

Philharmonie, Paris
Le 23/05/2016
Gérard MANNONI
 



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  • Allure de gourou tranquille, il entre en scène sans se hâter. Le terme légende vivante est bien galvaudé, mais si on peut oser encore l’appliquer à quelqu’un, dans le monde du piano et même de la musique en général, c’est bien au très grand pianiste roumain. On ne vient pas l’entendre pour savoir s’il joue plus vite encore que tel autre lauréat d’un récent concours, ou s’il va tenir la distance de quelque intégrale athlétique.

    On vient s’enfermer avec lui dans le lieu clos de cette si belle salle en forme de cercle en sachant que deux heures durant, loin du tumulte du monde extérieur et de la vibrante circulation du périphérique tout proche, on renouera avec l’essentiel de la musique dans sa pureté et sa vérité. Une sorte de contact régénérescent, de retour aux sources, quasiment un bain de jouvence.

    La première partie du programme était consacrée à trois séries de variations. Très habilement, Radu Lupu avait choisi de les jouer dans un ordre inversement chronologique. Encore un retour aux sources. Très prisé dès l’époque baroque mais pratiqué avec volupté par les romantiques, le genre permet au compositeur de montrer à la fois son imagination et son habileté à manipuler l’écriture.

    Brahms vint en premier dans ce programme, avec ses Variations sur un thème original op. 21 n° 1 de 1860, en plein romantisme donc, avec ses couleurs souvent sombres, sa complexité de structure, un monde sonore bien particulier. Venaient ensuite les 32 Variations sur un thème original en ut mineur que Beethoven a composé en 1806. Là, nous avions effectué un intéressant parcours dans la machine à remonter le temps jusqu’à l’aube d’un romantisme commençant juste à s’affirmer et à chercher des modes d’expression plus généreux, plus libérés faisant évoluer les formes fixées par l’époque précédente. Bien différent de l’univers brahmsien nettement plus affirmé dans cette voie.

    Et puis, pour terminer, encore quelques pas en arrière, avec les 9 Variations en ré majeur pour piano KV 573, d’après le Menuet de la Sonate pour violoncelle op. 4 n° 6 de Duport, de 1789, d’un Mozart brillant, ludique, s’amusant de faire scintiller les modifications de la forme, moins métaphysique que ses successeurs, mais d’un charme irrésistible. Une leçon parfaite nous mettant en face de la vie d’une forme musicale, les contrastes étant encore plus nets en présentant les œuvres dans cet ordre car l’effet de surprise s’en trouvait décuplé.

    Interprétation magistrale d’intériorité, de vérité en tous domaines, sans l’ombre d’un effet inutile, avec ce toucher d’un moelleux incroyable dans toutes les nuances possibles, et en distinguant bien ce qui est possible chez Brahms, par forcément chez Beethoven, pas forcément chez Mozart. Tout cela avec des pages qui ne sont pas les plus souvent joués ni les plus connues de ces trois compositeurs.

    La deuxième partie était l’une de ces plongées totalement enivrantes dans le monde de Schubert avec la Sonate n°18 en sol majeur « Fantaisie ». S’y côtoient, s’y affrontent, en dialogue ou en francs contrastes, la force d’humeurs très sombres, voire violentes, et des moments aux couleurs et aux rythmes paysans, traversés et soutenus par ces phrases d’une apparente simplicité mais d’un dessin que personne d’autre que Schubert de sut créer et qui caractérise aussi ses Lieder.

    La nature du toucher de Lupu, sa sagesse, son expérience, sa sensibilité musicale qui a tout vécu, lui permettent de nous livrer ces pages avec un naturel et une luminosité qui les rendent absolument bouleversants. Quel art de faire chanter une phrase comme celui d’opposer deux accords qui modulent ! Une expérience vraiment hors du temps, si éphémère et pourtant éternelle, dans ce lieu lui aussi classique et futuriste et dont le pianiste contribue à écrire l’histoire.




    Philharmonie, Paris
    Le 23/05/2016
    Gérard MANNONI

    Récital de Radu Lupu dans la série Piano **** à la Philharmonie de Paris.
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Variations sur un thème original op. 21 n° 1
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    32 Variations sur un thème original en ut mineur WoO80
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    9 Variations en ré majeur pour piano KV 573 (sur le menuet de la Sixième Sonate pour violoncelle de l’op. 4 de Duport)
    Franz Schubert (1797-1828)
    Sonate n° 18 en sol majeur D894 « Fantaisie »
    Radu Lupu, piano

     


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