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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2018

Nouvelle production de Don Carlo de Verdi dans une mise en scène de Robert Carsen et sous la direction de Daniele Callegari à l’Opéra national du Rhin.

Coup d’état en fosse
© Klara Beck

Peu de surprises dans cette mise en scène efficace et conventionnelle de Don Carlo par Robert Carsen pour l’Opéra du Rhin, sinon un coup d’état in extremis à même de recentrer une attention jusque-là portée sur une belle distribution et la direction en fulgurances, tout feu tout flamme, typiquement italienne de Daniele Callegari.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 17/06/2016
Yannick MILLON
 



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  • Nous évoquions le mois dernier, à l’occasion de la reprise de la Traviata à la Fenice, à quel point l’art de Robert Carsen tend à se confiner dans un conformisme, un classicisme sans risque guère stimulant. Ce nouveau Don Carlo pour l’Opéra du Rhin ne fera pas exception, ne cherchant jamais à approfondir les situations archétypales de la dramaturgie verdienne en une lecture très belle, avec scénographie noir-ébène au décor unique oppressant, qui laisse apparaître depuis ses parois fenêtres, portes et mobilier au gré des nécessités.

    Narration limpide, costumes contemporains lorgnant vers la Renaissance espagnole, on se contente de variations chromatiques du noir au blanc, d’éclairages rasants et de tout l’attirail des hommes d’église pour dire l’importance d’une religion occupant les moindres pensées du très catholique Philippe II. Hormis le jeu de séduction du roi et de la princesse Eboli, qui ne gagne guère à être dévoilé avant que cette dernière n’en fasse la confession à Elisabeth, rien jusqu’à la scène du cachot du III ne laissait présager le coup d’état final, sinon un Rodrigo aux airs d’intrigant, s’asseyant comme par une pulsion irrépressible sur le trône du roi.

    Pas sûr que l’ouvrage, largement basé sur des données historiques, sorte grandi de ce tableau final où Posa, ayant feint la mort, fait assassiner Don Carlo et son père par un Moine complice n’ayant plus rien du fantôme de Charles Quint, surtout avec une direction d’acteurs aussi traditionnelle. Mais toute la soirée durant, l’attention aura été stimulée par la musique, et notamment par une distribution honorable.

    Andrea Carè propose un Infant viril, loin des introvertis hésitants, d’une absolue générosité vocale, timbre latin typique, presque plus espagnol (cela tombe bien) qu’italien, évoquant le jeune José Carreras, jamais en rade d’énergie ou de sentiment et pourtant stylistiquement desservi par des attaques négligentes, par-dessous, qui donnent un sentiment d’émission par trop relâchée.

    L’Elisabeth d’Elza van den Heever est sans doute celle qui propose le plus un personnage, vulnérable, touchant, qu’elle amoindrit en chantant à vannes de plus en plus ouvertes au cours de la soirée, ne tenant pas les promesses initiales d’une belle ligne expressive sacrifiée dès lors qu’elle cherche à faire du volume au détriment de tout le reste, avalant consonnes et voyelles dans une pleine voix aux aigus larges et sans grâce.

    Comparaison sans pitié sur ce point avec ceux, incomparablement plus brillants et canalisés, d’Elena Zhidkova, princesse Eboli sans italianità mais d’une beauté ravageuse, d’une ligne de top model, voix dardée à la perfection, puissante mais encore agile, jamais alourdie de rythme comme sa consœur et au bas registre poitriné avec un art incomparable, sonore mais dénué de toute vulgarité (O don fatale).

    Pas plus italiens de couleur, le Rodrigo de Tassis Christoyannis est dans la lignée des barytons intelligents mais peu mordants à la Thomas Hampson, campant ici parfaitement le traître voulu par la scène, sans justifier une manière inélégante de quitter les sons ; et le Philippe II noir, imposant et sonore de Stephen Milling ouvre ses voyelles plus que son cœur dans son air auquel il confère davantage de colère que de résignation. Plus clair que le roi, le Grand Inquisiteur d’Ante Jerkunica s’étrangle comme tous les autres dans l’aigu sans laisser une empreinte crédible de sa supériorité politique et intellectuelle sur son monarque.

    Malgré ces imperfections individuelles, et par-delà des chœurs souvent un peu blancs, le geste fulgurant de Daniele Callegari emporte tout sur son passage dans la version en quatre actes de Milan sans coupures. La tendance répandue à wagnériser l’ouvrage pourrait faire passer cette battue pour peu subtile, mais on sait gré à l’Italien de ne pas nous faire prendre les vessies pour des lanternes en privilégiant l’électricité théâtrale et les tensions paroxystiques qui sont le sel même du théâtre verdien.

    Avec une énergie toscaninienne, une manière de fouetter sans cesse le discours, le maestro ne relâche jamais la tension – une scène de l’autodafé d’un seul trait, un premier duo Carlo-Elisabeth électrique –, d’un geste qui bouscule souvent un Orchestre philharmonique de Strasbourg fragile mais faisant corps avec quelques pupitres de très beau calibre – le cor anglais si timbré accompagnant la princesse d’Aremberg congédiée.




    Prochaines représentations les 21, 23, 25, 28 juin à Strasbourg, 8 et 10 juillet à Mulhouse.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 17/06/2016
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Don Carlo de Verdi dans une mise en scène de Robert Carsen et sous la direction de Daniele Callegari à l’Opéra national du Rhin.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Don Carlo, grand opéra en quatre actes (1867)
    Livret de Joseph Méry et Camille Du Locle d’après le poème de Schiller et la pièce d’Eugène Cormon
    Version de Milan (1884)

    Chœurs de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Daniele Callegari
    mise en scène : Robert Carsen
    décors : Radu Boruzescu
    costumes : Petra Reinhardt
    éclairages : Robert Carsen & Peter Van Praet
    préparation des chœurs : Sandrine Abello

    Avec :
    Stephen Milling (Philippe II), Andrea Carè (Don Carlo), Tassis Christoyannis (Rodrigue, marquis de Posa), Ante Jerkunica (le Grand Inquisiteur), Elza van den Heever (Elisabeth de Valois), Elena Zhidkova (La princesse Eboli), Patrick Bolleire (un Moine), Rocío Pérez (Thibault), Camille Tresmontant (le Comte de Lerme), Francesca Sorteni (Une voix céleste), Diego Godoy (un héraut royal), Dominic Burns, Emmanuel Franco, Jaroslaw Kitala, Jaesun Ko, Laurent Koehler, Nathanaël Tavernier (Six députés flamands).

     



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