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CRITIQUES DE CONCERTS 21 novembre 2018

Version de concert de la Walkyrie de Wagner sous la direction de Valery Gergiev au festival d’été de Baden-Baden 2016.

Baden-Baden 2016 :
Le chaud et le froid

© Joachim Ladofaged

Soirée déconcertante avec un Gergiev offrant de la Walkyrie une lecture de concert minimaliste et chirurgicale dans laquelle René Pape se moule avec avantage mais où les torches vives Eva-Maria Westbroek et Evelyn Herlitzius, investies comme jamais, détonnent presque. Stuart Skelton s’en sort avec les honneurs en remplaçant Jonas Kaufmann.
 

Festpielhaus, Baden-Baden
Le 07/07/2016
Pierre-Emmanuel LEPHAY
 



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  • Valery Gergiev est un habitué de Baden-Baden. Il y vient chaque été pour un festival programmant un opéra représenté deux fois et deux concerts, le tout sur quatre jours. Autant dire que les forces du Mariinski sont mises à rude épreuve ! Si cela ne s’entend guère, il faut bien avouer que le chef (qui dirige lui-même les quatre soirées) connaît quelques moments de creux et que cette représentation de la Walkyrie le trouve parfois peu concerné. Face à une battue tenant souvent dans un mouchoir de poche et un manque criant de souffle, de dramatisme, de contrastes, on pouvait être légitimement surpris par une conception aussi calme et dénuée d'émotion.

    Si le III trouve le chef un peu plus engagé, les rythmes de la chevauchée paraissent par moments comme étrangement lissés, ce qui concourt à aplatir le discours. On n’est certes pas obligé de diriger Wagner avec la flamme d’un Karl Böhm, mais avouons tout de même avoir ressenti un certain ennui dans cette soirée déconcertante, par exemple dans l’ultime affrontement entre Wotan et Brünnhilde.

    Revers, positif, de la médaille : une lecture très claire, presque chirurgicale. Certains détails ressortent ainsi particulièrement, et Gergiev peut se permettre une telle précision grâce à son excellente formation où brillent particulièrement les vents (extraordinaire clarinette basse et premier hautbois, vibrante première trompette) et deux timbaliers d’une musicalité parfaite, notamment dans l’Annonce de la mort, page emblématique dans la littérature de l’instrument.

    Tous les chanteurs ne se sont en revanche pas pliés au calme de la vision du chef russe. Difficile en effet de refroidir les bêtes de scène Eva-Maria Westbroek et Evelyn Herlitzius, cette dernière étant vraiment Brünnhilde dès son entrée en scène : jeune, guerrière, fougueuse, malgré une voix toujours encombrée d’un large vibrato, que la chanteuse sait domestiquer au mieux. On est ainsi complètement emporté par sa prestation dont les aigus emplissent sans problème la vaste salle du Festspielhaus.

    Quant à Westbroek, elle est une Sieglinde toute de féminité, investie à corps perdu dans son personnage. La voix, égale sur tous les registres, est toujours aussi belle. Seul l’aigu, élargi, peut paraître forcé et dur mais là encore, on est emporté par une prestation intense qui tranche d’autant plus avec la quasi impassibilité du chef. Côté femmes, évoquons encore la superbe Fricka d’Ekaterina Gubanova, au timbre somptueux et qui évite de tomber dans l’histrionisme, ainsi que huit extraordinaires walkyries dont les plus aiguës ont une projection dont la puissance le dispute à la splendeur.

    Chez les hommes, immense est la déception de devoir compter sans Jonas Kaufmann, souffrant, remplacé ce soir par Stuart Skelton. D’un format vocal modéré (on le sent à la recherche de la puissance dans les Wälse !) et d’un timbre un peu terne, il campe malgré tout un Siegmund héroïque et dramatique. De même, le Hunding du saisissant Mikhaïl Petrenko impressionne par son autorité fruit non d’un format imposant (tout le monde ne s’appelle pas Matti Talvela ou Matti Salminen) mais d’une très bonne prononciation et une grande intelligence rendant le personnage relativement sobre mais fort inquiétant.

    Mais s’il en est un qui saisit encore plus au jeu de la diction, c’est René Pape. A-t-on jamais entendu un si beau diseur dans Wotan (si ce n’est peut-être Fischer-Dieskau) ? Le grand monologue du II est à ce titre une merveille, d’autant que le chanteur est, là encore, extrêmement intelligent et le timbre absolument superbe. Seul quelques phrases un peu tendues (Pape est plus une basse que le Heldenbaryton requis ici) et un aigu qui se rétrécit parfois entachent une prestation qui convient particulièrement à une version de concert.




    Festpielhaus, Baden-Baden
    Le 07/07/2016
    Pierre-Emmanuel LEPHAY

    Version de concert de la Walkyrie de Wagner sous la direction de Valery Gergiev au festival d’été de Baden-Baden 2016.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Walküre, opéra en trois actes (1870)
    Livret du compositeur

    Stuart Skelton (Siegmund)
    René Pape (Wotan)
    Eva-Maria Westbroek (Sieglinde)
    Ekaterina Gubanova (Fricka)
    Evelyn Herlitzius (Brünnhilde)
    Mikhaïl Petrenko (Hunding)
    Zhanna Dombrovskaya (Gerhilde)
    Irina Vasilieva (Ortlinde)
    Natalia Yevstafieva (Waltraute)
    Ekaterina Krapivina (Schwertleite)
    Oxana Shilova (Helmwige)
    Varvara Solovyova (Siegrune)
    Anna Kiknadze (Grimgerde)
    Evelina Agabalaeva (Rossweisse)

    Orchestre du Théâtre Mariinski
    direction : Valery Gergiev

     


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