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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Nouvelle production de Parsifal de Wagner dans une mise en scène d’Uwe Eric Laufenberg et sous la direction de Hartmut Haenchen au festival de Bayreuth 2016.

Bayreuth 2016 (1) :
Un Parsifal anecdotique

© Enrico Nawrath

Dans un climat politique tendu, le nouveau Parsifal de Bayreuth n’offre pas de quoi fouetter un chat, mollement mis en scène dans un spectacle ne s’élevant jamais au-delà de l’anecdote, malgré quelques images fortes. La musique, en revanche, est à la fête, entre une distribution de haut vol et la direction philologique, d’un magnifique fondu, de Hartmut Haenchen.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 15/08/2016
Yannick MILLON
 



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  • Après les attaques terroristes de Würzburg et d’Ansbach, les autorités franconiennes ont mis le paquet pour assurer la sécurité du festival de Bayreuth 2016 : camions de forces de l’ordre barrant les principaux accès à la Colline, policiers en faction partout dans le parc, murs provisoires pour accéder à l’arrière-scène, contrôle systématique des sacs et billets, jusqu’à l’interdiction d’entrer en salle avec son propre coussin.

    Comme la presse allemande s’était fait l’écho d’une possible islamophobie du nouveau Parsifal par Uwe Eric Laufenberg, on s’attendait à une mise en scène choc. Au final, on aura surtout vu un spectacle sans grand relief, transposition dans un Proche-Orient où les Chrétiens ne sont guère en sécurité, sans que jamais le propos ne dépasse l’anecdote.

    La scénographie n’aide certes pas à la divagation mystique, décor unique de coupole de lieu de prière au milieu des snipers, où Gurnemanz évoquerait le frère Christian des moines de Tibhirine, qu’on nous ressert modifié en bain turc avec jeunes musulmanes tombant le voile pour des bikinis de princesses persanes afin d’aguicher un Parsifal de troupe d’assaut, avant de retrouver l’univers initial caricaturalement vieilli, investi par d’improbables plantes grasses géantes qui tiendront lieu d’Enchantement naturel au Vendredi saint.

    Réfugiés religieux, foi chrétienne persécutée, l’idée pouvait se tenir, n’était une réalisation plutôt molle. Pour deux images fortes, le calice géant où Amfortas prend son bain devenant lieu de la Cène sur lequel le roi maudit se vide littéralement de son sang, et l’ouverture du cercueil de Titurel ne refermant que les cendres du défunt avant d’accueillir des offrandes de croyants des trois grands monothéismes, combien de détails outrés, comme cette Kundry passant de la femme fatale à une petite vieille parkinsonienne, ce Klingsor se flagellant devant sa collection de crucifix, ces filles de harem se baignant nues sous un rideau de pluie pendant le Karfreitagszauber ?

    Plus cheap encore, la projection vidéo façon Google Earth partant du calice pour reculer jusqu’à Mossoul puis à l’univers tout entier sur la Musique de transformation, dans une évocation cosmogonique façon Terrence Malick du pauvre. Bref, un spectacle qu’on regarde les yeux engourdis, et qui ne décolle qu’in extremis en rallumant la salle sur la conclusion orchestrale pour inviter le spectateur à la communion spirituelle, au moment où les oreilles ont été flattées tout du long par la musique.

    © Enrico Nawrath

    Il y a d’ailleurs longtemps que Bayreuth n’avait affiché une distribution aussi homogène du Bühnenweihfestspiel. On se demande même tout simplement si l’on a jamais entendu Gurnemanz mieux chanté que celui de Georg Zeppenfeld : phrasé, nuances, ligne, allemand parfait, médium, grave, aigu et vraie présence vocale qui lui valent une ovation délirante aux saluts. Chez ce jeune chanteur qu’on a toujours admiré, manquerait peut-être encore un soupçon d’onction et de maturité pour le vieux chevalier.

    Impressionnant de noir éclat, Ryan McKinny, toute musculature dehors en Christ en croix, ne passionne pourtant pas dans un Amfortas trop monolithique pour incarner la vulnérabilité du roi. Le Klingsor très gris de Gerd Grochowski est à ce titre son double négatif, doté des mêmes caractéristiques exsangues. Intervention autrement impressionnante par le seul relief du timbre du Titurel de Karl-Heinz Lehner, à même de faire ouvrir la châsse du Graal.

    Belle découverte aussi que la Kundry d’Elena Pankratova, seulement perfectible d’allemand dans cet emploi si difficile où elle se montre apte à la douceur comme à la furie, avec un instrument séducteur et vénéneux autant que capable de darder des aigus de grand soprano dramatique. Une belle partenaire pour le Parsifal convalescent de Klaus Florian Vogt, pas encore remis (la fêlure du timbre, les limitations de l’aigu) du mal qui lui avait fait déclarer forfait la semaine dernière. Légère déception compréhensible au vu des circonstances, mais qui nous laisse loin de l’éblouissement de son chaste fol de Genève en 2010.

    En fosse, Hartmut Haenchen, qui nous avait confié rêver de diriger à Bayreuth, ce dont sa jeunesse est-allemande l’a privé, s’offre une belle revanche sur le destin grâce au départ tardif d’Andris Nelsons en conflit avec la direction du festival, en réalisant enfin pleinement (à la synchronisation près avec des chœurs absolument sublimes) sa vision du dernier chef-d’œuvre wagnérien, qu’il n’avait pas réussi à traduire en sons face à l’Orchestre de l’Opéra de Paris, et déjà mieux avec celui de la Monnaie de Bruxelles.

    On retrouve cette fois toutes ses déclarations d’intention sur la fluidité du tissu orchestral, sur le fondu des timbres n’empêchant pas l’avancée des récits et du discours, sur la modération des nuances ne donnant que plus d’impact aux climax, sur les alliages sonores inédits, enfin sur le tempo giusto recherché comme le Saint Graal, très proche au final des durées du tableau d’affichage de la création de 1882. Un juste retour des choses pour un maestro qui avait jusque-ici peiné à confirmer la théorie par la pratique.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 15/08/2016
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Parsifal de Wagner dans une mise en scène d’Uwe Eric Laufenberg et sous la direction de Hartmut Haenchen au festival de Bayreuth 2016.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, ein Bühnenweihfestspiel en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Hartmut Haenchen
    mise en scène : Uwe Eric Laufenberg
    décors : Gisbert Jäkel
    costumes : Jessica Karge
    éclairages : Reinhard Traub
    vidéo : Gérard Naziri
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Ryan McKinny (Amfortas), Karl-Heinz Lehner (Titurel), Georg Zeppenfeld (Gurnemanz), Klaus Florian Vogt (Parsifal), Gerd Grochowski (Klingsor), Elena Pankratova (Kundry), Tansel Akzeybek (1. Gralsritter), Timo Riihonen (2. Gralsritter), Alexandra Steiner (1. Knappe), Mareike Morr (2. Knappe), Charles Kim (3. Knappe), Stefan Heibach (4. Knappe), Anna Siminska, Katharina Persicke, Mareike Morr, Alexandra Steiner, Bele Kumberger, Ingeborg Gillebo (Klingsors Zaubermädchen), Wiebke Lehmkuhl (Eine Altstimme).

     



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