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CRITIQUES DE CONCERTS 18 octobre 2018

Concert du Gustav Mahler Jugendorchester sous la direction de Philippe Jordan, avec la participation du baryton Christian Gerhaher au festival de Salzbourg 2016.

Salzbourg 2016 (6) :
Mahler asséché ?

© Marco Borrelli

Programme dévolu au dernier Mahler par Philippe Jordan et le GMJO, qui avant une belle exécution de la Neuvième Symphonie, se livrent à une expérimentation déroutante dans l’Adieu du Chant de la Terre transformé en laboratoire de la Seconde École de Vienne, aux côtés d’un Christian Gerhaher effrayant d'expressionnisme résigné.
 

Felsenreitschule, Salzburg
Le 24/08/2016
Yannick MILLON
 



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  • C’est dans le décor très urbain de West Side Story appuyé sur les arches du Manège des rochers de Salzbourg que s’installent, dans un long cérémonial d’entrée en file indienne et en prenant tout leur temps pour s’accorder, les jeunes instrumentistes du Gustav Mahler Jugendorchester, qui feront toute la soirée preuve d’une superbe discipline dans deux partitions extrêmement complexes du Mahler de la maturité.

    Même si la Neuvième Symphonie se suffit amplement à elle-même, la faire précéder du seul Adieu du Chant de la terre dont elle semble la suite naturelle était plutôt une riche idée. Plus improbable sera la volonté de Philippe Jordan de lui conférer un chambrisme extrémiste, dans la droite ligne de l’écriture en touches éparses d’un Webern, ambiances à peine audibles (kaum hörbar) généralisées et fragmentation extrême du discours à l’appui, dans un tissu sonore d’une atomisation radicale.

    Reste qu’à trop vouloir polir sa porcelaine chinoise, le directeur musical de l’Opéra de Paris finit par effacer tout postromantisme, par retirer à cette page crépusculaire toute expressivité propre, par en assécher considérablement la portée littéraire, à l’aide d’un orchestre aux cordes blanches, où seuls trois accents de cuivres dans la marche centrale dépassent la nuance piano, dans un climat raréfié à l’envi.

    La Seconde École de Vienne est aussi convoquée par la déclamation fantomatique, proche du Sprechgesang, d’un Christian Gerhaher semblant incarner un Wozzeck prostré, décharné, en hachures du souffle, en absence de vibrato, d’un modernisme sans concessions. Et si cette approche du chef et du baryton titille l’oreille, à aucun moment on ne parvient à ressentir quoi que ce soit dans ce tête-à-tête hermétique, flatteur pour le seul intellect.

    Le cœur sec, on aborde l’entracte avec la crainte d’avoir à subir le même traitement dans la Neuvième, dont les premiers instants affichent en effet une approche purement instrumentale et conceptuelle, et à nouveau un son de cordes bien mince. Mais rapidement Jordan laisse aux instrumentistes plus de latitude à remplir la dynamique du traditionnel couple tension-détente.

    Parfois encore, on perd la ligne des violons dans la polyphonie incroyablement dense de l’Andante comodo initial, mais le discours est au moins émaillé de vraies saillies de vents, de cuivres, et de soli d’une extraordinaire musicalité – la flûte, divine d’intelligence, de modulation du vibrato ; le violon, d’une douce décadence sécessionniste parfaitement adaptée.

    Dans les mouvements centraux, le chef suisse sait tout du long insuffler de la vie et une mise en exergue des mixtures de timbres, d’abord à un Ländler où les cordes trouvent enfin un grain accrocheur, où l’autodérision typiquement juive du compositeur est traduite à merveille, puis à un Rondo-Burleske au motorisme idéal, malgré un dernier épisode à un tempo vertigineux aux limites des capacités pourtant en rien négligeables de l’orchestre.

    Pour qui garde le souvenir de la même œuvre par le même orchestre avec Abbado il y a une dizaine d’années, il faut admettre toutefois que l’on évolue à des hauteurs moins stratosphériques, particulièrement dans un Adagio final par ailleurs remarquable de sobriété, qui malgré son beau legato n’empêche pas les spectateurs de gigoter sur les fauteuils bruyants de la Felsenreitschule, couronnant cette exécution d’un silence d’une trentaine de secondes. Le ciel ne s’ouvre pas grand tous les jours.




    Felsenreitschule, Salzburg
    Le 24/08/2016
    Yannick MILLON

    Concert du Gustav Mahler Jugendorchester sous la direction de Philippe Jordan, avec la participation du baryton Christian Gerhaher au festival de Salzbourg 2016.
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Abschied (Das Lied von der Erde)
    Christian Gerhaher, baryton
    Symphonie n° 9 en ré majeur
    Gustav Mahler Jugendorchester
    direction : Philippe Jordan

     


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