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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2018

Nouvelle production de Manon de Massenet dans une mise en scène d'Olivier Py et sous la direction de Marko Letonja à l'Opéra de Genève.

Ah ! Quel beau diamant !
© Carole Parodi

En s'offrant les débuts de Patricia Petibon dans le rôle-titre de Manon de Massenet, le Grand Théâtre de Genève mise sur une carte gagnante. Le rôle tombe sans faux plis sur la voix de la belle excentrique, bien secondée il est vrai, par la mise en scène d'Olivier Py, fidèle à l'artiste et l’institution lyrique genevoise.
 

Opéra des Nations, Genève
Le 27/09/2016
David VERDIER
 



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  • On retrouve d'emblée l'univers très codifié d'Olivier Py, dominé sans surprise par la permanence d'un noir charbonneux qui sert de fond continu à l'action. En ouverture et en clôture du drame, un ciel étoilé scintille au-dessus des deux amants comme un écrin sensible. Lorsque Manon meurt, la nuit tombe tout à fait, laissant les cinq lettres de son prénom briller dans le firmament comme dans les contes d'enfants.

    C'est dans cet univers de fable pour grands enfants que Py trouve son inspiration, n'hésitant pas à puiser dans les accessoires de son imaginaire pour moderniser d'abbé Prévost. Le fidèle Pierre-André Weitz fait défiler néons bigarrés et giratoires, enseignes d'hôtels borgnes et roue de la fortune… On est visiblement ici chez une proche parente de Lulu et d'Olympia, avec de subtiles variations entre sexe et religion, autour de cette immense grille, à la fois incitation au voyeurisme tarifé ou bien séparation et retrait du monde – tant pour le couvent de Manon que Saint-Sulpice pour Des Grieux.

    Javotte, Poussette et Rosette se démultiplient en autant de call-girls de celluloïd maquillées comme des voitures volées, aux poses alanguies et aguicheuses. Lescaut n'en finit plus de compter des liasses de billets, rappelant qu'avec la prostitution, l'argent est le second fil rouge de cette mise en scène. La naïveté assumée d'une plage avec mer turquoise sous les cocotiers contraste violemment avec le marasme des maisons closes, et sert de refuge à Manon et Des Grieux pour y cacher leurs amours au II.

    Naïfs et poétiques seront ce train et bateau, tous deux à vapeur et traversant l'arrière-scène pour signifier par un clin d'œil les transitions narratives et les changements de lieux. Cette triste pluie tombant sur les parapluies multicolores du chœur rappelle l'art de la comédie musicale façon Jacques Demy, manière subtile et variée de camper l'un des plus célèbres couple d'amants de la littérature et de l'art lyrique.

    Le plateau affiche des bonheurs contrastés, à commencer par un tonitruant Des Grieux de Bernard Richter, déséquilibrant Ah, n'est-ce plus ma main… avec des ports de voix appuyés et des fins de phrases peu soignées. Son travestissement en cocotte à l'hôtel de Transylvanie ne laisse vocalement rien percer de l'équivoque infériorité morale et sexuelle que lui assigne la mise en scène. La voix est rude et invariablement poussée, aux antipodes de la grâce aérienne de sa voix parlée dans les dialogues et les rares monologues déclamés face au public.

    Rodolphe Briand affiche bonhommie et abattage en Guillot ; loin du terne Bretigny de Marc Mazuir ou du décevant Bálint Szabó en Comte des Grieux. Pierre Doyen est un bel et fier Lescaut, cynique à souhait dans Regardez-moi bien dans les yeux, tandis que les pétulantes Saraina Perrenoud (Poussette), Mary Feminear (Javotte) et Marina Viotti (Rosette) font merveille.

    Des lauriers sans réserve enfin pour Patricia Petibon, dont l'annonce d'un précédent remplacement avait pourtant fait planer quelques doutes sur sa présence ce mardi soir. La soprano française tire brillamment son épingle du jeu – rarement Adieu, notre petite table n'aura eu autant de ligne et de galbe, rehaussé par les diamants reflétés de cette boule à facettes que Manon tient dans ses bras à cet instant. Moitié star en lamé, moitié lorette tout de noir et de soie vêtue, cette Manon-là porte haut le rôle-titre et l'on espère déjà la revoir dans trois ans à Favart pour la reprise de la production.

    Pour ne rien gâcher du plaisir de la soirée, Marko Letonja donne à l'Orchestre de la Suisse romande une carrure rythmique et des couleurs qui font sonner ce Massenet sans fausses pudeurs. Quel brio !




    Opéra des Nations, Genève
    Le 27/09/2016
    David VERDIER

    Nouvelle production de Manon de Massenet dans une mise en scène d'Olivier Py et sous la direction de Marko Letonja à l'Opéra de Genève.
    Jules Massenet (1842-1912)
    Manon, opéra-comique en cinq actes (1884)
    Livret de Henri Meilhac et Philippe Gille d’après l’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut de l’abbé Prévost

    Chœur du Grand Théâtre
    Orchestre de la Suisse Romande
    direction : Marko Letonja
    mise en scène : Olivier Py
    cécors et costumes : Pierre-André Weitz
    éclairages : Bertrand Killy
    préparation des chœurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    Patricia Petitbon (Manon Lescaut), Pierre Doyen (Lescaut), Bernard Richter (le Chevalier des Grieux), Bálint Szabó (le Comte des Grieux), Rodolphe Briand (Guillot de Morfontaine), Marc Mazuir (Monsieur De Brétigny), Saraina Perrenoud (Poussette), Mary Feminear (Javotte), Marina Viotti (Rosette), Romaric Braun et Phillip Casperd (deux gardes), Omar Garrido (l’Hôtelier).

     



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