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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Nouvelle production de l'Orfeo de Monteverdi dans une mise en scène d’Yves Lenoir et sous la direction d'Etienne Meyer à l'Opéra de Dijon.

Une favola façon pop song
© Gilles Abegg

L'Opéra de Dijon présente un étonnant et onirique Orfeo selon Yves Lenoir, qui signe sa première mise en scène. La soirée est portée par un plateau d'exception avec, à sa tête, un éclatant Marc Mauillon dans le rôle-titre. Les Traversées baroques d'Étienne Meyer croisent le fer de belle manière avec les touches chorégraphiques d'Émilie Bregougnon.
 

Auditorium, Dijon
Le 04/10/2016
David VERDIER
 



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  • On l'avait découvert assistant dans l'inoubliable Castor et Pollux de Barrie Kosky, on le retrouve aux commandes de sa première mise en scène lyrique dans ce même opéra de Dijon. Yves Lenoir porte sur cet Orfeo un regard à la fois dérangeant et original qui invite le spectateur à voir derrière le mythe antique un réseau référentiel et multiple. Cette lecture déplace vers la poétique et le contemporain ce que la tradition limitait au strict espace emblématiquement mythologique et musicologique.

    En laissant au placard les toges, la lyre et les lauriers, Yves Lenoir cherche moins dans les accessoires que dans l'actualité d'une œuvre qui passe (à tort) pour être le premier opéra. Cette favola in musica lorgne du côté de la pop culture et troque une certaine idée de l'artiste sprezzatura pour l'esprit contestataire et rimbaldien. Il en résulte une vision à tiroirs, faite d'une suite ininterrompue d'images ou de flashbacks sur le mode cinématographique du biopic ou film biographique.

    Cet Orfeo en rock star est autant objet de culte que d'admiration. Entouré d'une troupe de bergers-artistes façon velvet underground, on le suit autant dans ses crises de création que dans ses joyeux délires dans un espace largement inspiré du Chelsea Hotel de New-York. Les nombreux changements à vue laissent penser que Pluton et Proserpine tirent les ficelles de cette tragi-comédie et sont complices de la disparition d'Eurydice – disparition assez mystérieuse que l'on peut assimiler à un meurtre ou une overdose.

    Trois étonnants danseurs (Farid Ayelem Rahmouni, Marc Brillant, Onofrio Zummo) jouent le rôle des trois sbires patibulaires qui environnent le maître des Enfers. Le voyage d'Orfeo vers sa bien-aimée disparue peut s'apparenter à une descente aux enfers tant métaphorique que mélancolique. Avec un art consommé du suspens et de l'entre-deux, Yves Lenoir nous laisse au milieu du gué quand il s'agit de trancher entre rêve et réalité. Les fantômes tiennent ici du fantasme et l'on ignore s'il faut s'y fier ou les fuir.

    Orfeo compose ses pop songs à la lumière d'une bougie et d'un crâne sous verre, accessoires d'une vanité moderne au service d'un esprit créateur. La présence d'une seringue et d'un bandeau au moment d'amadouer Caron fait référence à l'usage indifférencié d'un narcotique ou d'une injection d'opiacée pour apprenti junkie. Des liasses de billets auront plus d'effet encore… Les passions du héros sont plus dangereuses que le danger qui rôde aux portes de cet enfer. L'Espérance fait les frais de cette triste aventure – grimée en emblématique Marylin, elle subira les assauts des hommes de main de Pluton tandis qu'Apollon sortira de la coulisse, humain biographe, compagnon et témoin des péripéties d'Orfeo.

    Le rôle-titre est marqué par la réussite éclatante de Marc Mauillon, dont la joie irrésistible irradie Rosa del ciel chanté les lèvres sur le micro en guise de lyre. L'originalité du timbre et de la couleur apporte au personnage une dimension inusitée et précieuse. Sans surprise, on trouve sur des sommets identiques la magnifique Emmanuelle de Negri qui étire sa Musica aux confins du suave et de l'extatique. La mise en scène la place aux deux extrémités de l'œuvre pour souligner le rôle qu'elle y joue.

    Capucine Keller et Eva Zaïcik, respectivement Nymphe aérienne et rayonnante Messagère, font les beaux jours d'un plateau de qualité. L’Espérance de Kangmin Justin Kim se débarrasse de ses habituelles minauderies vocales pour offrir une interprétation de haut vol. La Proserpine Claire Lefillâtre domine Frédéric Caton assez terne en Pluton, tout comme l'anodin Caron de Renaud Delaigue. La courte et noble intervention de Tomáš Král en Apollon donne envie de l'entendre plus longuement. À virtuosité vocale du Chœur de l'Opéra de Dijon s'ajoute une dimension chorégraphique que l'on doit à Émilie Bregougnon – déjà à l'origine des interventions remarquables des trois danseurs cités ci-dessus.

    Le Monteverdi d'Etienne Meyer est ouvertement plus madrigalesque qu'opératique. La carrure et le rythme cèdent à une richesse sonore et un volume généreux. La lecture ralentit dans l'extase contemplative une action qui demande à oublier ce que la danse lui apporte. De bien modestes bémols en regard de la réussite incontestable de cette production.




    Auditorium, Dijon
    Le 04/10/2016
    David VERDIER

    Nouvelle production de l'Orfeo de Monteverdi dans une mise en scène d’Yves Lenoir et sous la direction d'Etienne Meyer à l'Opéra de Dijon.
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    L'Orfeo, favola in musica en un prologue et cinq actes (1607)
    Livret d'Alessandro Striggio

    Les Traversées baroques
    direction : Étienne Meyer
    mise en scène : Yves Lenoir
    scénographie : Céline Perrigon
    costumes : Marie La Rocca
    éclairages : Victor Egée
    chorégraphie : Émilie Bregougnon

    Avec :
    Emmanuelle de Negri (La Musica, Ninfa), Marc Mauillon (Orfeo), Marine Chagnon (Euridice), Claire Lefilliâtre (Proserpina), Eva Zaïcik (Messaggiera), Kangmin Justin Kim (Speranza), Capucine Keller (Ninfa), Frédéric Caton (Plutone), Renaud Delaigue (Caronte), Tomáš Král (Apollo), Antonio Giovannini (Pastore 1), Benjamin Alunni (Pasdtore 2, spirito 1), Vincent Bouchot (Pastore 3, Spirito 2), Guilhem Worms (Spirito 3).

     



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