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CRITIQUES DE CONCERTS 30 septembre 2020

L'Orfeo de Claudio Monteverdi

Savall revisite l'Orfeo à Madrid

Le violiste et chef Catalan ne manque d'affinités avec la musique de Monteverdi, Vêpres de la vierge et Huitième Livre de Madrigaux à l'appui. On guettait avec impatience son Orfeo, il s'est révélé à la hauteur de l'attente.
 

Teatro Real, Madrid
Le 11/10/1999
Roger TELLART
 



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  • Avec plus de vingt ans de recul, l'Orfeo que signa, √† Zurich, l'√©quipe Ponnelle-Harnoncourt demeure l'un des chefs-d'oeuvre incontournables de la relecture musicologique
    Un moment de gr√Ęce o√Ļ l'instinct visuel de Ponnelle, rejoignait l'invention musicale d'Harnoncourt r√©veillant une c√©l√©bration humaniste et pluraliste, √©cho peut-√™tre utopique mais fascinant de ce que la r√©alit√© historique a pu √™tre √† la cour des Gonzague, √† Mantoue, en 1607.
    Pourtant, depuis cette production mémorable, intimement accordée à un ouvrage qui a scellé jusqu'à aujourd'hui la destinée de l'" opéra en musique " (comme on disait alors) par le mariage indéfectible de l'oratione et de l'harmonia, les montéverdiens n'ont pas eu vraiment l'occasion de pavoiser.
    Par la faute de sc√©nographies trop souvent incons√©quentes sous leurs couleurs modernisantes, esth√©tisantes, et qui tendent √† √©garer le spectateur dans le no man's land d'un espace non identifi√© (le litt√©ralisme, voil√† l'ennemi pour le clan progressiste) o√Ļ chanteurs et danseurs, devenus amn√©siques, semblent en manque de rep√®res tangibles et d'une action √† projeter. Dans ce processus de d√©tournement, un sommet fut atteint, l'an pass√©, √† Aix-en-Provence, avec l'Orfeo mis en sc√®ne par la chor√©graphe Trisha Brown, dans une indiff√©rence quasi totale au probl√®me, fondamental ici, du " parler en musique ").
    Fort heureusement, de vraies intelligences veillent encore dans la place baroque sur l'oeuvre-symbole du Cr√©monais. Parmi elles, Jordi Savall, attentif √† ne pas escamoter ce jeu du chant et du " dire " o√Ļ la musique est tout ensemble servante et ma√ģtresse du verbe, et √† f√©d√©rer talents et ardeurs √† l'enseigne des Espagnes. Traduisez : la Capella Reial de Catalunya et le Concert des Nations, en fait, l'un et l'autre reflet d'une Europe artistique en passe de devenir r√©alit√©.

    Pietro Spagnoli incarne Orfeo


    En tout cas, les repr√©sentations vibrantes qu'il vient de diriger √† Madrid, avec la complicit√© tr√®s agissante du metteur en sc√®ne Gilbert Deflo, compteront dans l'histoire de l'op√©ra mont√©verdien. Un choc qu'on n'esp√©rait plus en ces temps o√Ļ les lois de la mode sont tyranniques et qui rend l'" op√©ra des Commencements " √† son double projet musical et dramatique et au spectateur comme une virginit√©, dans le regard et dans l'√©coute.C'est le superbe site (enti√®rement r√©nov√©) du Teatro Real qui accueillait cet Orfeo √† hauteur d'homme, √† hauteur d'√Ęme. Un Orfeo immerg√© dans le paysage culturel, pictural, de son si√®cle (dans ce bonheur visuel, la tr√®s belle imagerie du d√©corateur William Orlandi a sa part) et o√Ļ Deflo dilate jusqu'√† l'incantation le message all√©gorique, magique, christique. Mais surtout, associ√© √† cet exaltant travail sur le geste et le signe (gage d'une th√©√Ętralit√© qui, tout autant, questionne notre modernit√©), il y a le formidable engagement musical de Savall qui le compl√®te, le parach√®ve. √Ä l'√©coute d'un son habit√© qui lib√®re le mot avec l'affetto et se fait respiration du dramma per musica ; et, √©galement, d'un rythme primordial inspir√©, tout au long de la partition et jusqu'√† l'orchestre (un Concert des Nations virtuose, √©mu, color√©), de la parole.Sous l'autorit√© d'un tel intercesseur, le choeur de la Capella Reial et le concert des voix solistes sont port√©s √† embrasement.S'agissant d'un travail d'√©quipe, on a scrupule √† saluer tel (le) ou tel (le) protagoniste, au d√©triment du collectif. Distinguons pourtant l'Orph√©e de Pietro Spagnoli qui ne cesse pas d'√™tre en phase avec le recitar cantando et d√©cline vaillamment un Possente Spirto √† risques. Et l'on ne saurait passer sous silence la Musica fervente de Montserrat Figueras, la Messag√®re enfi√©vr√©e de Sara Mingardo, saisissant " double " du Destin √† l'acte II, la Proserpine extravertie de Gloria Banditelli, face au Pluton d'Alessandro Guerzoni qui impressionne moins que le Charon de Daniele Carnovitch, t√©n√©breux, glac√©, tellurique (et quelle formidable vision que cette caverne des Enfers, digne des confins hyperbor√©ens tant redout√©s du monde antique !). Aussi bien - et bis repetita - l'intuition de Savall fait le reste, jouant de tous les arguments du style " d'√©poque " (entre autres, un continuo improvis√©, d'un soir √† l'autre) ; pour nous rapprocher incroyablement de cette musique fondatrice qui palpite, telle un corps vivant, et dont l'urgence, l'unit√© secr√®te et l'intemporelle beaut√© d√©fient, dans cette production inspir√©e, la froide logique et la raison.




    Teatro Real, Madrid
    Le 11/10/1999
    Roger TELLART

    L'Orfeo de Claudio Monteverdi
    Direction musicale : Jordi Savall
    Mise en scène : Gilbert Deflo
    Décors : William Orlandi
    Avec Pietro Spagnoli (Orfeo), Montserrat Figueras (La Musica), Sara Mingardo (La Messagiera), Gloria Banditelli (Proserpina), Daniele Carnovich (Plutone).
    La Capella Reial de Catalunya
    Le Concert des Nations

     


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