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CRITIQUES DE CONCERTS 21 mai 2018

L'Orfeo de Claudio Monteverdi

Savall revisite l'Orfeo à Madrid

Le violiste et chef Catalan ne manque d'affinités avec la musique de Monteverdi, Vêpres de la vierge et Huitième Livre de Madrigaux à l'appui. On guettait avec impatience son Orfeo, il s'est révélé à la hauteur de l'attente.
 

Teatro Real, Madrid
Le 11/10/1999
Roger TELLART
 



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  • Avec plus de vingt ans de recul, l'Orfeo que signa, à Zurich, l'équipe Ponnelle-Harnoncourt demeure l'un des chefs-d'oeuvre incontournables de la relecture musicologique
    Un moment de grâce où l'instinct visuel de Ponnelle, rejoignait l'invention musicale d'Harnoncourt réveillant une célébration humaniste et pluraliste, écho peut-être utopique mais fascinant de ce que la réalité historique a pu être à la cour des Gonzague, à Mantoue, en 1607.
    Pourtant, depuis cette production mémorable, intimement accordée à un ouvrage qui a scellé jusqu'à aujourd'hui la destinée de l'" opéra en musique " (comme on disait alors) par le mariage indéfectible de l'oratione et de l'harmonia, les montéverdiens n'ont pas eu vraiment l'occasion de pavoiser.
    Par la faute de scénographies trop souvent inconséquentes sous leurs couleurs modernisantes, esthétisantes, et qui tendent à égarer le spectateur dans le no man's land d'un espace non identifié (le littéralisme, voilà l'ennemi pour le clan progressiste) où chanteurs et danseurs, devenus amnésiques, semblent en manque de repères tangibles et d'une action à projeter. Dans ce processus de détournement, un sommet fut atteint, l'an passé, à Aix-en-Provence, avec l'Orfeo mis en scène par la chorégraphe Trisha Brown, dans une indifférence quasi totale au problème, fondamental ici, du " parler en musique ").
    Fort heureusement, de vraies intelligences veillent encore dans la place baroque sur l'oeuvre-symbole du Crémonais. Parmi elles, Jordi Savall, attentif à ne pas escamoter ce jeu du chant et du " dire " où la musique est tout ensemble servante et maîtresse du verbe, et à fédérer talents et ardeurs à l'enseigne des Espagnes. Traduisez : la Capella Reial de Catalunya et le Concert des Nations, en fait, l'un et l'autre reflet d'une Europe artistique en passe de devenir réalité.

    Pietro Spagnoli incarne Orfeo


    En tout cas, les représentations vibrantes qu'il vient de diriger à Madrid, avec la complicité très agissante du metteur en scène Gilbert Deflo, compteront dans l'histoire de l'opéra montéverdien. Un choc qu'on n'espérait plus en ces temps où les lois de la mode sont tyranniques et qui rend l'" opéra des Commencements " à son double projet musical et dramatique et au spectateur comme une virginité, dans le regard et dans l'écoute.C'est le superbe site (entièrement rénové) du Teatro Real qui accueillait cet Orfeo à hauteur d'homme, à hauteur d'âme. Un Orfeo immergé dans le paysage culturel, pictural, de son siècle (dans ce bonheur visuel, la très belle imagerie du décorateur William Orlandi a sa part) et où Deflo dilate jusqu'à l'incantation le message allégorique, magique, christique. Mais surtout, associé à cet exaltant travail sur le geste et le signe (gage d'une théâtralité qui, tout autant, questionne notre modernité), il y a le formidable engagement musical de Savall qui le complète, le parachève. À l'écoute d'un son habité qui libère le mot avec l'affetto et se fait respiration du dramma per musica ; et, également, d'un rythme primordial inspiré, tout au long de la partition et jusqu'à l'orchestre (un Concert des Nations virtuose, ému, coloré), de la parole.Sous l'autorité d'un tel intercesseur, le choeur de la Capella Reial et le concert des voix solistes sont portés à embrasement.S'agissant d'un travail d'équipe, on a scrupule à saluer tel (le) ou tel (le) protagoniste, au détriment du collectif. Distinguons pourtant l'Orphée de Pietro Spagnoli qui ne cesse pas d'être en phase avec le recitar cantando et décline vaillamment un Possente Spirto à risques. Et l'on ne saurait passer sous silence la Musica fervente de Montserrat Figueras, la Messagère enfiévrée de Sara Mingardo, saisissant " double " du Destin à l'acte II, la Proserpine extravertie de Gloria Banditelli, face au Pluton d'Alessandro Guerzoni qui impressionne moins que le Charon de Daniele Carnovitch, ténébreux, glacé, tellurique (et quelle formidable vision que cette caverne des Enfers, digne des confins hyperboréens tant redoutés du monde antique !). Aussi bien - et bis repetita - l'intuition de Savall fait le reste, jouant de tous les arguments du style " d'époque " (entre autres, un continuo improvisé, d'un soir à l'autre) ; pour nous rapprocher incroyablement de cette musique fondatrice qui palpite, telle un corps vivant, et dont l'urgence, l'unité secrète et l'intemporelle beauté défient, dans cette production inspirée, la froide logique et la raison.




    Teatro Real, Madrid
    Le 11/10/1999
    Roger TELLART

    L'Orfeo de Claudio Monteverdi
    Direction musicale : Jordi Savall
    Mise en scène : Gilbert Deflo
    Décors : William Orlandi
    Avec Pietro Spagnoli (Orfeo), Montserrat Figueras (La Musica), Sara Mingardo (La Messagiera), Gloria Banditelli (Proserpina), Daniele Carnovich (Plutone).
    La Capella Reial de Catalunya
    Le Concert des Nations

     


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