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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Nouvelle production de Cavalleria rusticana de Mascagni et de Sancta Susanna de Hindemith dans une mise en scène de Mario Martone et sous la direction de Carlo Rizzi à l’Opéra de Paris.

Devant la croix
© Elisa Haberer

Pour la première fois à l’Opéra de Paris, le court opéra de Hindemith Sancta Susanna succède à Cavalleria Rusticana dans sa production de la Scala de Milan. Un enchaînement que légitime le metteur en scène Mario Martone au nom du sacré et du désir exacerbé présents dans les deux œuvres. Une réussite des plus intéressantes sous la direction lumineuse de Carlo Rizzi.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 30/11/2016
Claude HELLEU
 



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  • Le Christ en croix unit leurs drames : dans une église où la passion exacerbe l’amour et la souffrance des jeunes gens coupables du drame de Mascagni, Cavalleria rusticana, dans la cellule où prie et s’enflamme par une chaude nuit de mai la religieuse d’Hindemith, Sancta Susanna. Mais avec elle le crucifix ne restera pas accroché au mur. Ce que Mario Martone réalise alors tient du prodige : le corps en demande de la religieuse tout de blanc vêtue qui peu à peu s’exalte et se déshabille et saisit la croix atteint la sensualité voulue sans la moindre lourdeur.

    L’érotisme auquel accède ensuite Sancta Susanna n’agresse jamais ses témoins. Anna Caterina Antonacci l’habite corps et âme, entourée de l’attention de la nonne plus âgée, Sœur Klementia (Renée Morloc), aussi justement présente et inquiète. Sa ferveur déchirée, le sinistre aboutissement des égarements scandaleux auxquels arrive Sancta Susanna garde la même acuité érotique exempte de toute complaisance.

    La fusion entre l’expressionnisme du compositeur et celui du metteur en scène, lumineusement portés par la direction de Carlo Rizzi, crée un moment d’une rare puissance psychologique. La présence des seconds rôles, la chorégraphie symbolique dans l’ombre de l’étreinte de la jeune femme sur le corps du Christ, la détermination finale transcendent de leur perfection visuelle les tumultes de la chair et les excès du sacré, sublimés par la transparence de la musique orchestrale.

    La direction d’acteurs est évidemment à la source d’une telle réussite. Et de celle de Cavalleria rusticana auparavant. Ses personnages, simples, modestes, de noir vêtus, femmes fichus sur la tête, qui vivent dans un petit village dont on ne sait rien (le folklore sicilien n’a plus aucune importance), ces personnages ont des traditions et une morale précises, le dimanche de Pâques ils vont à la messe, comme dans tous les lieux semblables que rien ne particularise.

    Chacun arrive avec sa chaise, cela permet aux chœurs de prendre place sur le plateau nu. Ils y sont remarquables, élément essentiel de la tragédie qui va se jouer sous nos yeux. Devant le crucifix sur le mur en fond de scène, l’intensité de l’atmosphère suscitée sera le seul décor après le lever du rideau noir derrière lequel montaient des chants poétiques. Atmosphère née d’un Orchestre de l’Opéra complice de la direction légère et profondément expressive de Carlo Rizzi dès l’ouverture de l’œuvre revisitée par l’épure du spectacle ainsi revu avec Mario Martone.

    L’humanité de Santuzza y atteint une vérité bouleversante grâce à Elina Garanča. La mezzo-soprano est tout naturellement exceptionnelle de sensibilité quoiqu’elle chante. La beauté du timbre n’a d’égale que l’expressivité d’une voix émanant du cœur et du désir d’une femme belle, vraie, malheureuse, implorante, jalouse, bouleversante. Son Turidduu n’est malheureusement pas à sa hauteur. Yonghoo Lee a des gestes de ténor caricatural, et si la voix ne faillit pas, son jeu à l’emporte pièces fausse toute l’ambigüité de sa vie double.

    Antoinette Dennefeld est sa jolie maîtresse secrète, épouse d’un charretier plein de faconde, Vitaliy Bilyy. La mère de Turiddu, Elena Zaremba, partage avec Garanča la profondeur d’une conscience essentielle au vérisme ainsi condensé. Passion, trahison, amertume, vengeance, fureur, remords, pardon, troubles en sont le seul sujet. Traité avec un dépouillement de moyens qui révèle sa force.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 30/11/2016
    Claude HELLEU

    Nouvelle production de Cavalleria rusticana de Mascagni et de Sancta Susanna de Hindemith dans une mise en scène de Mario Martone et sous la direction de Carlo Rizzi à l’Opéra de Paris.
    Pietro Mascagni (1863-1945)
    Cavalleria rusticana, mélodrame en un acte
    Livret de Giovanni Targioni-Tozzetti, Guido Menasci, d’après Giovanni Verga
    Paul Hindemith (1895-1963)
    Sancta Susanna, opéra en un acte op. 211
    Livret d’August Stramm

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Carlo Rizzi
    mise en scène : Mario Martone
    décors : Sergio Tramonti
    costumes : Ursula Patzak
    éclairages : Pasquale Mari
    préparation des chœurs : José Luis Basso

    Avec :
    Elina Garanca (Santuzza), Yonghoon Lee (Turiddu), Elena Zaramba (Lucia), Vitaliy Bilyy (Alfio), Antoinette Dennefeld (Lola) ; Anna Caterina Antonacci (Susanna), Renée Morloc (Klementia), Sylvie Brunet-Grupposo (Une Nonne).

     



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