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CRITIQUES DE CONCERTS 15 novembre 2018

Concert Wagner des Berliner Philharmoniker sous la direction de Sir Simon Rattle à la Philharmonie de Berlin.

Noël avant l’heure
© Jim Rakete

Sir Simon Rattle avait choisi pour cette fin de l’Avent un programme cent pour cent wagnérien, avec plus précisément les œuvres du maître de Bayreuth créées dans l’année de guerre franco-prussienne de 1870, à savoir le discret Siegfried-Idyll et la Walkyrie, dont le premier acte en version de concert prend ce soir des airs de cadeau de Noël avant l’heure.
 

Philharmonie, Berlin
Le 17/12/2016
Hermann GRAMPP
 



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  • Le contraste ne pouvait être plus marqué : d’un côté l’extrême discrétion de l’œuvre la plus intime de Wagner, de l’autre le plus pur éclat des passions et du déchirement charnel de l’amour. Il est fort intéressant d’ailleurs de juxtaposer Siegfried-Idyll et la Walkyrie par-delà leur différence de caractère, car les deux partitions furent créées dans la même année 1870.

    D’abord la Première journée du Ring, représentée de manière isolée à Munich le 26 juin, contre la volonté de Wagner, ensuite Siegfried-Idyll, créé le 25 décembre dans les escaliers de la Villa Tribschen de Lucerne au réveil Cosima, l’un des plus beaux cadeaux d’anniversaire imaginés par un artiste. Entre les deux dates, la guerre franco-prussienne avait éclaté, moment décisif du XIXe siècle, à la fois au niveau de la politique européenne et dans la vie et l’œuvre de Wagner, la fondation de l’Empire en 1871 devant accélérer significativement le projet de Bayreuth.

    Ces pensées dans la Philharmonie de Berlin, à cinq cents mètres du monument Wagner du Tiergarten, à un kilomètre de la colonne de la victoire symbolisant la guerre de 1870-1871, sont certainement arbitraires, mais mettent en avant une nouvelle fois le rôle-clé du compositeur dans son siècle, politiquement et musicalement, en particulier en ce qui concerne les relations entre deux nations aussi rivales qu’amies, l’Allemagne et la France.

    Lorsqu’on joue Siegfried-Idyll dans les escaliers de Tribschen, il est pardonnable et même indispensable d’opter pour un effectif minimal d’un musicien par voix, mais dans la grande salle de la Philharmonie, cela devient presque un crime ! Pourquoi diable Rattle a-t-il choisi ce minuscule groupe de treize musiciens (alors qu’ils étaient d’ailleurs à la création au moins quinze) ?

    Du coup, la beauté et la splendeur de cette pièce n’arrivent guère à s’épanouir, avant tout car le quintette à cordes est à peine audible dès que les vents interviennent. Jouer ce petit bijou avec le grand orchestre symphonique ne lui rend certes pas mieux justice, mais quitte à choisir un effectif de chambre, mieux vaudrait tout de même au moins doubler les cordes pour créer une balance digne de ce nom.

    Quel dommage au final quand les solistes, qui auraient pu tout aussi bien jouer sans chef, s’appellent Ludwig Quandt au violoncelle, Matthieu Dufour à la flûte, ou Sarah Willis au cor. Deuxième pièce de la soirée, le premier acte de la Walkyrie n’offre cette fois plus la moindre résistance avec son effectif de quatre-vingt-quinze musiciens. Cette fois, la sonorité est juste, Rattle crée d’emblée une atmosphère de tempête et réussit surtout à établir une montée en tension permanente et stable, qui croît pendant soixante-treize minutes en finissant par un éclat de joie. Les couleurs de désespoir pendant la détresse de Siegmund sont d’ailleurs aussi réussis que les parfums scintillants du printemps de son Winterstürme.

    La nervosité joyeuse de l’orchestre contamine jusqu’aux chanteurs. Pour tout wagnérien ayant vécu grâce à lui tant de magnifiques moments depuis les années 1980, il est très émouvant de voir John Tomlinson pénétrer sur scène à jardin et demander avec la juste noirceur : Du labtest ihn ? Certes, ce chanteur mythique désormais septuagénaire laisse entendre le poids des ans, surtout dans les aigus, mais l’expression féroce qui habitait déjà son premier Wotan pour Bayreuth en 1988 n’a rien perdu de son impact.

    Quant aux Wälsungen, ils sont tout simplement merveilleux : Simon O’Neill en Siegmund angoissé dont la passion et l’héroïsme se gonflent jusqu’à un ultime Wälsungenblut ! prenant une allure métallique victorieuse, Eva-Maria Westbroek en Sieglinde pure, forte et douce à la fois, qui soutient son frère, l’incite et le porte jusqu’au climax musical, dans un moment d’une rare beauté, qui transforme ce concert en cadeau de Noël avant l’heure.




    Philharmonie, Berlin
    Le 17/12/2016
    Hermann GRAMPP

    Concert Wagner des Berliner Philharmoniker sous la direction de Sir Simon Rattle à la Philharmonie de Berlin.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Siegfried-Idyll (1870)
    Die Walküre, acte I (1870)
    Version de concert
    Simon O’Neill (Siegmund)
    Eva-Maria Westbroek (Sieglinde)
    John Tomlinson (Hunding)
    Berliner Philharmoniker
    direction: Sir Simon Rattle

     


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