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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Liederabend Schumann du baryton Christian Gerhaher accompagné au piano par Gerold Huber dans le cadre de la biennale d’art vocal à la Cité de la musique, Paris.

Schumann sans concession
© Jim Rakete / Sony

Merveilleux programme Schumann pour ce week-end Lied à la Cité de la musique, confié au meilleur attelage du moment, le tandem formé par un Christian Gerhaher lunaire et un Gerold Huber prodigieusement à l’écoute. Un véritable événement dont la qualité couronne une biennale d’art vocal riche de concerts alléchants, mais surtout un modèle d’intransigeance. Noir et fort.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 27/01/2017
Thomas COUBRONNE
 



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  • Avouons d’emblée notre méfiance instinctive envers les podiums et les classements d’artiste ; il faut pourtant bien admettre que le tandem formé par Christian Gerhaher et Gerold Huber ne souffre actuellement aucune véritable concurrence dans le domaine du Lied. On ne s’attardera donc guère à disserter sur les bons et les mauvais points d’un savoir-faire sans faille et d’une intelligence évidente : Schumann et les interprètes méritent mieux que ça.

    Programme somptueux et grave : autour de l’aigre-doux Liederkreis op. 24 ruminant les amours malheureuses du jeune Heine pour sa cousine Amalie, les cycles comportant les Lieder écartés de la version définitive des Dichterliebe sur des poèmes de Heine également (les opus 127, 49 et 142) esquissent une toile de fond de larmes ravalées et de persiflage amoureux, sur laquelle flamboient quelques noirs trésors de Rückert, Eichendorff (opus 83), Kerner ou encore le grave recueil d’après Lenau (opus 90).

    La tonalité de base du tandem, en parfaite harmonie, est une sonorité de piano très raffinée, mélodie bien timbrée, médium transparent, basses légères, soutenant la matière vocale volontiers lunaire d’un baryton ciselant le mot sans concession. Mais la main gauche se fait au besoin tempétueuse et l’aigu du piano glacial (Es leuchtet meine Liebe), amenant le cas échéant des enchaînements brutaux et d’un tragique saisissant (après Schlusslied des Narren).

    Toujours dans la simplicité (opus 90 en particulier), le duo fait la part belle à la radicalité, la folie sous-jacente de ces pages en forme de journal intime des deux grands jaillissements du Lied schumannien : 1840, année du mariage dans l’adversité avec Clara et acmé de l’espoir et de l’angoisse (opus 49, opus 24) et les années 1850-1854, l’amertume d’une inspiration douloureuse et la dépression croissante. Dans une couleur parfois désespérément grise, Gerhaher ne s’attendrit guère sur le printemps de l’amour.

    Son Liederkreis est aussi glaçant, grinçant, dépourvu de sourire même à l’évocation des rêves d’amour de jadis, que la féminité presque maladive de Die Blume der Ergebung ou Die Nonne, manifeste féministe avant l’heure au sein d’un opus 49 totalement théâtralisé, est assumée. Sans effets, Mein altes Ross ou Lied eines Schmiedes distillent une tristesse absolue dans sa fragilité naïve, tandis que Schlusslied des Narren, et Die beiden Grenadiere (notamment dans la coda) assument le geste lamentable de personnages piteux.

    Si l’ironie affleure ici ou là (fin de Berg’ und Burgen schau’n herunter), l’attendrissement presque absent tire cependant l’ensemble du programme vers un désespoir sec et radical : d’un Schöne Wiege meiner Leiden presque parlé à un Mit Myrten und Rosen grondeur, il est jusqu’à Mein Wagen rollet langsam de conclure dans une innocence sans émerveillement un opus 127 brutal et noir, à l’instar des deux bis proposés, Warnung op. 119 n° 2 (d’après Gustav Pfarrius), et Mein schöner Stern op. 101 n° 4 (Rückert).

    Seul l’hymnique Requiem atteint quelque lyrisme, poème catholique pariant sur la béatitude, et un opportun lapsus sabote même le sourire doux-amer de Ich wandelte unter den Baümen, dont Gerhaher intervertit la chute avec la troisième strophe, la plus douloureuse. D’évidence, on n’est pas là pour s’amuser, quitte à atténuer la tension de l’ironie – en marge d’une traduction lisse dans le surtitrage. Contestable, au fond, mais génial et assumé.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 27/01/2017
    Thomas COUBRONNE

    Liederabend Schumann du baryton Christian Gerhaher accompagné au piano par Gerold Huber dans le cadre de la biennale d’art vocal à la Cité de la musique, Paris.
    Robert Schumann (1810-1856)
    Drei Gesänge op. 83
    Fünf Lieder und Gesänge op. 127
    Sechs Gedichte und Requiem op. 90
    Romanzen und Balladen op. 49
    Liederkreis op. 24
    Vier Gesänge op. 142
    Christian Gerhaher, baryton
    Gerold Huber, piano

     


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