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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2018

Nouvelle production d'Il Giasone de Cavalli dans une mise en scène de Serena Sinigaglia et sous la direction de Leonardo García Alarcòn à l'Opéra de Genève.

Ciel, mon Giasone !
© Magali Dougados

Dans sa salle éphémère de l'Opéra des Nations, le Grand Théâtre de Genève propose un ouvrage rare de Francesco Cavalli : Il Giasone. D'une durée généreuse, la partition brode autour des frasques amoureuses du chef des Argonautes une trame assez mince, mise en scène façon théâtre de boulevard par Serena Sinigaglia.
 

Opéra des Nations, Genève
Le 28/01/2017
David VERDIER
 



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  • Le Grand Théâtre de Genève propose à l'Opéra des Nations le rare Il Giasone de Cavalli, vaste fresque qui s'étend sur trois heures et développe sa trame autour de l'aventure des Argonautes lancés à la poursuite de la Toison d'or. Tourné en dérision dès les premières scènes, le héros est montré pris au piège de deux mariages consentis sans que les épouses ne soient au courant – mariages compliqués par la présence d'encombrants marmots que le valeureux Jason découvrira tardivement.

    La mise en scène de Serena Sinigaglia joue explicitement sur des codes visuels qui rappellent la comédie de genre et le théâtre de boulevard avec au passage, des allusions à la bande dessinée, à commencer par la redingote indigo, le gilet écarlate et la casquette blanche de Giasone-Corto Maltese. Un Feydeau ne fait pourtant pas le printemps et le crêpage de chignon entre Médée et Hypsipyle peine à occuper la durée déjà généreuse des débats, malgré les coupures opérées par Leonardo García Alarcòn.

    Le ton est invariablement satirique et humoristique – un humour potache dans un cadre référentiel marqué par l'allusion aux décors baroques avec faux rochers et ciels sur panneaux peints. Si Médée exhibe des attributs de tragédienne antique, sa rivale semble tout droit sortie de Tintin au Congo, avec casque colonial et saharienne. Les Argonautes roulent leurs faux muscles en latex et leurs tatouages, dont les douze travaux qui constellent la poitrine d'Hercule. Égée a tout du héros fellinien, éternel amoureux à la poursuite de sa bien-aimée. La présence d'autres rôles semble plus problématique, comme cet Oreste qui n'apporte pas vraiment de relief à un récit déjà très confus.

    Contrepoids bienvenu, le plateau présente des qualités qui redonnent de l'intérêt à la production, à commencer par le rôle-titre tenu par l'excellent Valer Sabadus. Le contre-ténor se démarque de l'image traditionnelle du héros grec, jouant de son timbre et de la douceur de son émission pour caractériser un personnage de doux rêveur, victime (consentante) des deux reines et peut-être aussi d'Hercule…

    Kristina Hammarström campe une Médée aux contrastes subtils et véhéments. La scène où elle invoque les puissances infernales lui donne l'occasion de jouer sur une puissance et une longueur de notes remarquables. Tutoyant les sommets, la Hypsypile de Kristina Mkhitaryan réussit brillamment ses débuts sur la scène genevoise, alternant une couleur profonde et une élasticité étourdissante dans les changements de registres.

    Doublé gagnant pour les deux rôles bouffes tenus par Dominique Visse (Delfa) et Migran Agadzhanyan (Démos). Le premier fait oublier son improbable accoutrement de nourrice nymphomane pour offrir un jeu d'acteur qui comble avantageusement des moyens vocaux désormais relatifs. Le second fait du bégaiement de son personnage, un gimmick hilarant et moteur de l'action. Le vétéran Willard White en Oreste ne rivalise ni avec la belle Alinda de Mariana Flores, ni surtout avec le somptueux Hercule d'Alexander Milev. On préfèrera également l'élégance virtuose de Mary Feminear en Amour et le Besso de Günes Gürle à l'Égée trémulant de Raúl Giménez.

    Leonardo García Alarcòn mène sa Cappella Mediterranea à bon port, sans brio excessif ni effets superflus. Le dialogue des cordes et de l'harmonie affirme avec autorité un flux et une pulsation qui file droit et sans contours. Énergiques dans les changements de climats, les percussions se taillent la part du lion, jusqu'à cette machine à vent qui s'invite sur scène pour jouer les premiers rôles.




    Opéra des Nations, Genève
    Le 28/01/2017
    David VERDIER

    Nouvelle production d'Il Giasone de Cavalli dans une mise en scène de Serena Sinigaglia et sous la direction de Leonardo García Alarcòn à l'Opéra de Genève.
    Francesco Cavalli (1602-1676)
    Il Giasone, drame musical en un prologue et trois actes (1649)
    Livret de Giacinto Andrea Cicognini

    Cappella Mediterranea
    direction : Leonardo García Alarcòn
    mise en scène : Serena Sinagaglia
    décors & costumes : Ezio Toffolutti
    éclairages : Ezio Toffolutti et Simon Trottet

    Avec :
    Valer Sabadus (Giasone), Kristina Hammarström (Giasone), Kristina Mkhitaryan (Isifile),
    Alexander Milev (Hercule), Günes Gürle (Besso), Raúl Giménez (Egée), Willard White (Oreste, Jupiter), Migran Agadzhanyan (Démos, Volano), Dominique Visse (Delfa, Eole), Mariana Flores (Alinda), Kristina Mkhitaryan (Sole), Mary Feminear (Amour).

     



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