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CRITIQUES DE CONCERTS 29 mars 2017

Concert du Chamber Orchestra of Europe sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, avec la participation du violoncelliste Jean-Guihen Queyras à la Philharmonie de Paris.

L’Europe idéale
© Marco Borggreve

L’entente dont on rêve. En 1981, sous l’aile de Claudio Abbado, des musiciens issus de l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne fondent le Chamber Orchestra of Europe. Aujourd’hui constitué de soixante musiciens des plus brillants, treize d’entre eux en font toujours partie. Union exemplaire au plus haut niveau, heureusement vitalisée par Yannick Nézet-Séguin.
 

Philharmonie, Paris
Le 07/02/2017
Claude HELLEU
 



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  • De Haydn à Beethoven, sans baguette, brassant l’orchestre, il imprègne du même enthousiasme les œuvres qu’il dirige. Admirablement suivi par le Chamber Orchestra of Europe, Yannick Nézet-Séguin en éclaire certaines d’une lumière parfois inattendue. Ainsi la Symphonie n° 44 en mi mineur, dite « Trauer » de Haydn a-t-elle échappé à son classicisme et révélé un romantisme bousculant son titre.

    Le tutti enflammé de son Allegro con brio initial, la passion exaltée par les violoncelles face au public au centre de l’orchestre, le chant des vents, tous solistes éminents, témoignent d’une vitalité en aucun cas funèbre. La sensibilité du Menuetto se nuance d’une expressivité charmeuse. Les longs phrasés se renouvellent et s’opposent sans drame mais avec légèreté, se prolongent dans la respiration d’un Adagio au premier violon entouré d’amour. La détermination conquérante du Presto final couronne ce lyrisme radieux. Corps totalement engagé, Nézet-Séguin illumine son bonheur d’un feu triomphal.

    Humeur à la joie tout au long de cette soirée. L’arrivée de Jean-Guihen Queyras plein d’une aisance désinvolte participe à ce climat. Le Concerto pour violoncelle n° 1 de Haydn l’associe à la fusion idéale, au cœur du Chamber Orchestra of Europe, d’instrumentistes engagés par ailleurs dans de brillantes carrières individuelles. Les yeux dans les yeux, le soliste et le chef ne cesseront de se sourire. Même attaque décidée d’un des premiers concertos pour violoncelle écrits, notamment par le compositeur qui sut promouvoir cet instrument dans ses quatuors à cordes.

    L’autorité des coups d’archet prime sur l’articulation de phrasés un peu courts et les emporte du même coup vers plus de tonus. La cadence consacre un défi jubilatoire. Suite à un incident dans la salle, la cantilène du deuxième mouvement connaît une longue pause. Tant au violoncelle qu’à l’orchestre, sa reprise personnalise une grande intériorité, dont la respiration pourrait gagner en ampleur. S’ensuit un dernier mouvement dont le panache exulte. L’ardeur ravageuse et communicative, à l’apogée du plaisir de jouer, entouré de l’orchestre complice, le soliste s’y immisce, s’en échappe, le retrouve partenaire de chaque éclat, s’amuse sans retenue d’accumuler les risques d’un parcours dédaigneux de la moindre uniformité, tout à chaque victoire insolemment gagnée.

    Beethoven fut l’élève de Haydn. Une filiation soulignée par le romantisme dont Yannick Nézet-Séguin a imprégné son interprétation du maître, ouvrant la voie à celui de la Symphonie Pastorale, œuvre radieuse, sereine, « plutôt expression du sentiment que peinture », indique Beethoven sur sa partition. La brise souffle, légère, sur les pastels d’un climat bucolique. Des tutti joyeux, des pupitres solistes et fondus, des bois enchanteurs ravissent l’oreille. Chef et orchestre joints suscitent des impressions toutes de paix et de plaisir. Les frémissements de l’Andante molto mosso mêlent murmures, bruissements et émergences d’un hautbois particulièrement remarquable, de ses duos idylliques avec le basson, la flûte, la clarinette.

    La poésie de ce festival de mélodies ne cesse de se renouveler avant que cuivres et cordes graves se singularisent dans la pulsation rythmique d’un Scherzo plus terre-à-terre. Danse populaire de paysans qui vont s’émouvoir à l’approche de l’orage. Grondements des contrebasses, suspense… effroi des violons, roulement de timbales, crépitements, coups, rafales… silences soudains, crescendi furieux, forte saisissants… decrescendo mystérieux… l’Allegretto dissipe les derniers nuages. La clarinette célèbre le calme revenu qu’un tutti conclut pianissimo.

    Si les sous-titres finalement inscrits par le compositeur en tête des mouvements de la Pastorale suggèrent les mêmes évocations à ses interprètes, Yannick Nézet-Séguin et le Chamber Orchestra of Europe ont réussi à ressusciter et subjectiviser leur fraîcheur miraculeuse.




    Philharmonie, Paris
    Le 07/02/2017
    Claude HELLEU

    Concert du Chamber Orchestra of Europe sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, avec la participation du violoncelliste Jean-Guihen Queyras à la Philharmonie de Paris.
    Joseph Haydn (1732-1809)
    Symphonie n° 44 en mi mineur « Trauer » Hob.I :44
    Concerto pour violoncelle n° 1 en ut majeur Hob.VIIb :1
    Jean-Guihen Queyras
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonie n°6 en fa majeur op. 68 « Pastorale »
    Chamber Orchestra of Europe
    direction : Yannick Nézet-Séguin

     


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