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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Création d’Edward II de Scartazzini dans une mise en scène de Christof Loy et sous la direction de Thomas Søndergard à la Deutsche Oper de Berlin.

À bas l’homosexuel !

Créé en première mondiale à Berlin, Edward II d’Andrea Lorenzo Scartazzini utilise la trame de l’œuvre de Marlowe pour la transposer en opéra questionnant l’homophobie au travers d’un roi devenu mythe. Une interrogation intégrée à notre siècle par la mise en scène de Christof Loy et défendue par une équipe musicale de premier plan.
 

Deutsche Oper, Berlin
Le 19/02/2017
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Si l’on oublie de considérer l’opéra comme une pièce de musée d’un autre temps, le prendre à l’inverse comme un spectacle contemporain parfaitement intégré à la société actuelle et à ses problématiques devient une évidence. La Deutsche Oper Berlin se fond dans cette optique en proposant une nouvelle création risquée pour laquelle un scandale aurait été quasi inévitable à Paris. Le texte est basé sur un livret superbement condensé de Thomas Jonigk d’après plusieurs sources autour du roi d’Angleterre Edward II, mort assassiné en prison en 1327 et traité aujourd’hui comme l’un des symboles de l’homophobie, même si les raisons de sa mort sont bien plus complexes et éminemment liées aussi à des guerres de pouvoir.

    Autour de cette toile d’environ une heure trente, Andrea Lorenzo Scartazzini, dont on a déjà entendu à Bâle l’opéra Der Sandmann, développe un tissu musical particulièrement adapté aux situations tendues et violentes. Le traitement dramatique à l’orchestre se coule dans la veine de Wozzeck et surtout du Lear de Reimann, autre roi déchu auquel on pense dans la solitude du personnage, mais aussi dans la musique sur les climax aux cordes et aux percussions ainsi que dans le chant. Le matériau musical montre également l’influence de Ligeti et plus encore de Lachenmann, en plus de laisser entrevoir dans les accords de contrebasses la patte de Wuorinen pour Brokeback Mountain, autre opéra récent traitant d’homophobie.

    En ce soir de première, la direction musicale de Thomas Søndergard apparaît idéale et déploie un Orchestre de la Deutsche Oper dans son élément, tant en termes de rigueur que de capacité à adapter les climats au drame sur scène, avec une mention spéciale pour les cuivres bouchés et les percussions. La mise en scène de Christof Loy trouve une réelle justesse dans la direction d’acteurs, en plus de tourner à nouveau vers les atmosphères sombres d’un Calixto Bieito, dont on a justement récemment vu Lear à Paris et auquel on pense lorsque le roi revient en simple caleçon blanc avant la scène finale.

    Le traitement du livret se fait au travers de costumes modernes, dont seuls déparent les habits des personnages religieux, à commencer par celui de Bischof de Coventry, tenu par un Burkhard Ulrich pas tout à fait à l’aise dans les hauteurs de sa partition. Le tableau de la révolte de la population devient une manifestation anti-mariage gay, exactement comme celles ayant eu lieu en France, avec les mêmes pancartes et les mêmes codes couleurs, engendrant une véritable force au propos développé plus tard dans la violence du supplice d’Edward.

    Pour accompagner le roi, un Ange en strass évolue sur scène à diverses reprises, bien tenu par Jarrett Ott, ainsi que le rôle muet de Spencer Jr très bien joué par la figure androgyne de Gieorgij Puchalski. Les seconds rôles font d’abord ressortir le Gaveston vite massacré de Ladislav Elgr, dont l’horreur du supplice est relatée par la pureté d’adolescent du jeune Prince Edward de Mattis van Hasselt, puis surtout le duo extrêmement complice de Markus Brück et Gideon Poppe, d’abord homophobes avant de se montrer homosexuels patentés aux mœurs libérées.

    À cette excellente distribution s’ajoute un Chœur de la Deutsche Oper des grands soirs, préparé par Raymond Hughes, et surtout les trois rôles principaux. Le Mortimer d’Andrew Harris aux graves puissants autant que bien projetés contrebalance avec la soprano Agneta Eichenholz et ses aigus saturés, magnifiquement portés dans le personnage torturé d’Isabella, tandis que Michael Nagy campe un superbe Edward, aux émotions parfaitement développées toute la soirée jusqu’à l’attente de la mort. Soirée marquante dont on conseillera vivement les reprises à venir !




    Deutsche Oper, Berlin
    Le 19/02/2017
    Vincent GUILLEMIN

    Création d’Edward II de Scartazzini dans une mise en scène de Christof Loy et sous la direction de Thomas Søndergard à la Deutsche Oper de Berlin.
    Andrea Lorenzo Scartazzini (*1971)
    Edward II, théâtre musical en dix scènes
    Livret de Thomas Jonigk d’après la pièce de Marlowe (1593) et les Chroniques of England, Scotland & Ireland de Ralph Holinsheds (1587)

    Chor und Orchester der Deutschen Oper Berlin
    direction : Thomas Søndergard
    mise en scène : Christof Loy
    décors : Annette Kurz
    costumes : Klaus Bruns
    éclairages : Stefan Bolliger
    préparation de chœurs : Raymond Hughes

    Avec :
    Michael Nagy (Edward II), Agneta Eichenholz (Isabella), Ladislav Elgr (Piers de Gaveston), Andrew Harris (Roger Mortimer), Burkhard Ulrich (Walter Langton, Bischof von Coventry), James Kryshak (Lightborn), Jarrett Ott (Engel), Markus Brück, Gideon Poppe (Soldaten / Räte / Geistliche), Gieorgij Puchalski (Spencer jr.), Mattis van Hasselt (Prinz Edward).

     



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