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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Munich sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation du pianiste Daniil Trifonov à la Philharmonie de Paris.

Le pianiste phénomène
© Dario Acosta / DG

Après le souvenir cuisant de son concert au TCE avec les Wiener, Valery Gergiev était attendu au tournant à la tête des Münchner dont il a pris la direction en 2015. Heureusement, avant une Première de Mahler sans âme, un petit miracle se produit dans le Troisième Concerto de Rachmaninov aux côtés du phénoménal Daniil Trifonov.
 

Philharmonie, Paris
Le 22/02/2017
Yannick MILLON
 



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  • Alors que sa venue éveillait une immense attente il y a une décennie, on se rend aujourd’hui avec une certaine appréhension aux concerts de Valery Gergiev, le maestro ossète, qui se produit à une cadence effrénée, présentant de plus en plus souvent des concerts sous-préparés écornant sa légende, à l’image de son passage avenue Montaigne avec les Wiener il y a un an.

    Ce soir, avant d’évoquer une première partie digne du tsar de la baguette, commençons dans la même lignée par la déception éprouvée face à la Première Symphonie de Mahler programmée après l’entracte, avec un très bon Philharmonique de Munich mais dans une optique symphonique pure, dénuée du moindre mystère et d’une vigueur tenant lieu de seule colonne vertébrale.

    Car si certains passages affichent une belle énergie rustique (un Ländler aux cordes graves bien empoignées), manquent en revanche partout les arrière-plans, l’émerveillement, le doute, notamment dans un Feierlich bien prosaïque et concret – le thème de Frère Jacques joué fila, par tout le pupitre de contrebasses –, mais aussi une première trompette plus affirmée, qui ferait la différence dans la tenue du Finale.

    De même, les attaques, constamment émoussées, refusent toute verticalité à des passages dramatiques survolés dans un tempo au contre-la-montre, sacrifiant par trop les transitions, ainsi que le climat de naissance du monde de l’introduction, d’emblée sur-nuancé. Une lecture non sans quelques moments d’électricité typiques du chef donc, mais bien superficielle.

    Par chance, la première partie avait été parée de toutes les attentions, et d’abord le Prélude à l’après-midi d’un faune, que Gergiev avait déjà parfaitement réussi avec le LSO à Pleyel, ce soir toujours dans un climat fauviste riche de silences habités, et d’une réalisation inattaquable – avec la flûte solo de Herman van Kogelenberg, sur une Böhm en bois aux teintes opalescentes – quoique souvent plus proche du climat de la Shéhérazade de Rimski que de Debussy.

    Puis dans une confrontation passionnante avec le phénomène Daniil Trifonov. Dès l’entrée en scène du jeune pianiste, le visage fermé, droit comme i, pas lents et cérémonieux, barbe de post-adolescent, cheveux dans les yeux et nez tendu vers le ciel, on comprend qu’on a affaire à une personnalité hors normes, qui ne se démentira à aucun moment de l’exécution du Troisième Concerto de Rachmaninov.

    D’abord dans un rapport physique presque douloureux au clavier, tête baissée, corps recroquevillé sur l’instrument à la manière des caricatures de Gershwin, tantôt agrippant sa banquette pendant les tutti d’orchestre, tantôt se cabrant, presque debout, et avec autant de feulements que Gergiev, dans les pages les plus virtuoses, ne lâchant un sourire qu’au moment où la flûte illumine ses arpèges dans le mouvement central.

    Puis dans le jeu lui-même, accentuant la lenteur du chef dès le premier thème, modal, égrené au ras du clavier, dans une rectitude liturgique, avant de produire des cascades de notes frénétiques avec une puissance qui ne fait jamais claquer l’instrument, et de dénicher dans les tenues des épisodes solistes de l’Allegro ma non troppo initial, grâce à une pédalisation très nerveuse, des résonances imitant une doublure de clarinette ou de basson.

    Le détaché perlé de la fin de l’Intermezzo, l’extrême mobilité des épisodes les plus redoutables du Finale confirment une absolue maîtrise, une concentration extrême et un engagement physique à même de baigner le clavier de sueur. Et le pianiste de vingt-cinq ans, à l’issue de cette démonstration phénoménale, d’arborer un large sourire enfantin qui ne le quittera plus, y compris dans l’extrait du mouvement lent de la Première Sonate de Rachmaninov donné en bis.




    Philharmonie, Paris
    Le 22/02/2017
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Munich sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation du pianiste Daniil Trifonov à la Philharmonie de Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Prélude à l’après-midi d’un faune
    Sergei Rachmaninov (1873-1943)
    Concerto pour piano n° 3 en ré mineur op. 30
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 1 en ré majeur
    Münchner Philharmoniker
    direction : Valery Gergiev

     


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