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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Première à l’Opéra de Genève du Wozzeck de Berg mis en scène par David McVicar, sous la direction de Stefan Blunier.

Plus jamais ça !
© Carole Parodi

À Genève, en transposant Wozzeck dans l’après-Première Guerre mondiale et le décor unique génialement sinistre d’une place de cité ouvrière où trône un écrasant monument aux morts, David McVicar dénonce l’univers militaire avec une puissance décuplée par une lecture de fosse transcendante de modernité et un plateau tout aussi superlatif.
 

Opéra des Nations, Genève
Le 02/03/2017
Yannick MILLON
 



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  • Pendant la fermeture du Grand Théâtre pour travaux, la saison lyrique genevoise est délocalisée dans l’éphémère Opéra des Nations plus au nord de la Cité onusienne, un édifice provisoire loin des préfabriqués à quatre sous. Mieux, cet auditorium confortable, entièrement en bois, délaissant tout faste bourgeois, offre un écrin idéal à un ouvrage aussi radical que Wozzeck. Et dès les premières secondes, on est rassuré par l’acoustique, d’une précision diabolique sur l’orchestre, qui peut pousser la nuance sans couvrir le plateau.

    Étrennée au Lyric Opera de Chicago, la mise en scène de David McVicar, relativement classique, n’en est pas moins efficace dans une dramaturgie où le contexte militaire est un personnage à part entière. L’Écossais a d’ailleurs eu l’excellente idée, alors que l’on fête le centenaire de la Grande Guerre, de déplacer l’intrigue dans l’après-armistice de 1918 et un univers morbide de murs noircis par l’activité de quelque cité ouvrière, entourant un écrasant monument aux morts égrenant les noms de centaines de héros tombés pour l’Allemagne.

    La forme resserrée, en quinze scènes sans entracte jointes par de courts interludes orchestraux, a inspiré un jeu d’ouverture et fermeture de scène grâce à des rideaux d’hôpital de campagne couverts de moisissures actionnés par d’invisibles figurants, donnant une vraie tension au spectacle, avec comme seul dommage collatéral le bruit répétitif des tringles et des techniciens opérant au plus vite les changements de dispositif à l’arrière pendant les pages instrumentales.

    © Carole Parodi

    Pour le reste, McVicar appuie par le biais de la scénographie l’idée que la Première Guerre mondiale a nettement plus broyé les hommes que grandi les nations, jusqu’à une forme toujours plus odieuse d’inhumanité, tel ce cabinet du Docteur digne d’une chambre de torture, et cette image forte du petit garçon de Wozzeck, au tomber de rideau, à la peine pour faire avancer la machine agricole sur laquelle trimait déjà son père.

    Une bonne direction d’acteurs – le bal populaire et son chef de musique de scène aux allures de Gustav Mahler – et une occupation intelligente de l’espace scénique finissent de convaincre là où des éclairages un peu primaires (le rouge sang du meurtre) ont parfois du mal à transcender le concret de la vie ouvrière. Mais si la radicalité de l’ouvrage est toujours aussi saisissante, c’est aussi grâce à la direction sans concessions de Stefan Blunier, qui porte un Orchestre de la Suisse romande inouï d’impact et de précision.

    Véritable radiographie des parties de vents focalisée sur les cuivres, sa direction évite tout postromantisme, délivrant sans pitié, avec une lisibilité totale et une absolue rigueur, valses éclopées, saillies telluriques et éruptions noires de cette partition parmi les plus fortes sans jamais contourner les écarts dynamiques voulus par le compositeur. Vision de cauchemar, cette lecture d’une terrible violence participe sans doute à la désertion fréquente de spectateurs, preuve que l’opéra de Berg, sous une main de fer, peut n’avoir rien perdu de sa modernité presque un siècle après sa création.

    Le plateau, par chance, ne souffre en rien des déflagrations orchestrales, dont les trombones se marient à la perfection avec le timbre du Wozzeck de Mark Stone, beau métal et projection parfaite, moins anti-héros que l’ordinaire et semblant ignorer les difficultés du rôle-titre. Écorchée vive, la Marie de Jennifer Larmore apparaît plus d’une fois schizophrène, poitrinant avec une couleur de bête blessée à la Hildegard Behrens au milieu de poussées belcantistes fiévreuses, pour un personnage vocalement peu orthodoxe tournant le dos à tout Sprechgesang.

    Excellents comprimari pour ne rien gâcher, du Docteur fascinant d’éraillement du timbre de Tom Fox au Capitaine presque lyrique de Stephan Rügamer, en passant par l’Andrès jeune et solaire de Tansel Akzeybek, qui se maintient sans peine à l’auberge au milieu d’excellents chœurs, et le Tambourmajor idéal de fatuité de Charles Workman. Une production qui semble au final à chaque instant crier « Plus jamais ça ! », mais dont on redemande !




    Opéra des Nations, Genève
    Le 02/03/2017
    Yannick MILLON

    Première à l’Opéra de Genève du Wozzeck de Berg mis en scène par David McVicar, sous la direction de Stefan Blunier.
    Alban Berg (1885-1935)
    Wozzeck (1925)
    Livret du compositeur d’après le Woyzeck de Georg Büchner

    Chœur du Grand Théâtre de Genève
    Orchestre de la Suisse romande
    direction : Stefan Blunier
    mise en scène : David McVicar
    décors & costumes : Vicki Mortimer
    éclairages : Paule Constable
    préparation des chœurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    Mark Stone (Wozzeck), Jennifer Larmore (Marie), Charles Workman (le Tambour-Major), Tom Fox (le Docteur), Tansel Akzeybek (Andrès), Stephan Rügamer (le Capitaine), Dana Beth Miller (Margret), Alexander Milev (Premier Apprenti), Erlend Tvinnereim (Deuxième Apprenti), Fabrice Farina (l’Idiot).

     



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